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André Rieu : Il fait aussi valser les millions !

Publié le 15 septembre 2019

Le violoniste André Rieu qui popularise les œuvres classiques est un homme d’affaires averti.

Pour la plupart d’entre nous, Maastricht est le nom d’un traité qui a fondé l’Union européenne. Pour d’autres, et ils sont des millions, cette ville des Pays-Bas est avant tout l’endroit où est né et vit leur idole : le violoniste André Rieu. Avec plus de quarante millions d’albums et DVD vendus – dont cinq cents disques de platine, et près de trois cents d’or – l’artiste aux cheveux longs et à la queue-de-pie a su édifier un véritable empire financier ! Des chiffres qui font tourner la tête, comme si l’on dansait une valse effrénée.

Et en matière de valse, André Rieu s’y connaît. C’est même un spécialiste, lui qui a rendu une seconde jeunesse à l’œuvre de son héros, Johann Strauss. « Une valse par jour éloigne le médecin pour toujours ! » se plaît-il à répéter. Mais cet artiste est aussi metteur en scène, en espace et en musique, d’une incroyable réussite : celle d’un rêve éveillé, que vivent, chaque été, le million de personnes qui se précipitent à son festival…


La bonne fortune a souri à ce fils de chef d’orchestre, élevé à la baguette, dans une fratrie de six. C’est en prenant conscience que la musique classique qui lui est enseignée n’intéressait plus grand monde, qu’il décide de la faire vivre autrement. En réarrangeant les accompagnements, en les adaptant, au grand dam des puristes qui méprisent celui qu’ils considèrent comme une starlette de la variété.

Mais Rieu s’en moque. Il est, quoi qu’en disent les esprits chagrins, devenu le roi de la valse. Ce qui lui importe, lui qui a reçu une éducation à la dure, « sans sentiments », avait-il avoué à Libération, c’est l’émotion. « La musique, pour moi, c’est le cœur », avait-il confié. Et du cœur, il en met à jouer, à organiser, à se donner, pour divertir et toucher son public. Pour y parvenir, il ne lésine pas sur les moyens. Quelque 110 personnes sont employées à plein temps dans son équipe, dont soixante musiciens !

De quoi mettre en valeur le plus extraordinaire violon que possède André Rieu, un Stradivarius datant de l’année 1732 ! Quand il part en tournée, ce sont cent autres personnes qui viennent renforcer ce staff déjà très impressionnant ! Et n’imaginez pas que ce monde voyage comme tout un chacun. Non, pour déplacer sa troupe, André possède des avions privés, qui permettent à ses collaborateurs de circuler dans des conditions optimales. Quant au matériel, il suit dans cinq bus et huit semi-remorques.

De quoi offrir des concerts impressionnants au million de fans qui se déplacent pour le voir et l’écouter, lors de la centaine de récitals qu’il donne chaque année. Comme il l’avait confié au média québécois Le soleil en 2018, sa philosophie pourrait se résumer à cette phrase de Walt Disney : « Si tu peux le rêver, tu peux le faire ! »

Et Rieu avait rêvé de faire venir à lui son public, pour un spectacle grandiose, dans sa ville natale… Ce qu’ont fait, l’année dernière, quelque 153 000 personnes, comme le rapporte Le Parisien ! Depuis quinze ans la star leur fixe ce rendez-vous estival. Et chaque année, le même incroyable scénario se répète. La ville de Maastricht se met en quatre pour accueillir ceux qui veulent voir leur idole, en vrai, dans son fief.

L’entreprise que dirige l’homme d’affaires propose d’ailleurs un extraordinaire circuit, en plus d’une très bonne place pour le concert du soir : une nuit dans un hôtel cinq étoiles et… une visite du château de leur star… Le tout, pour 859 euros. Certes, cela fait beaucoup, par personne, pour toucher du doigt l’environnement de Rieu l’enchanteur. 

Mais que ne paierait-on pas pour s’approcher d’un homme qui leur donne tant de joie avec sa vision, unique, de ce qu’est un spectacle ? Et le château où il habite avec sa femme, Marjorie, depuis 1994, est aussi un show en soi. Il fait partie du rêve que veut partager André avec ceux qui l’apprécient. « Quand j’étais enfant, je suivais des leçons de piano dans ce même bâtiment. À cette époque, je lisais les bandes dessinées de Tintin, dans lesquelles le capitaine Haddock achète le château de Moulinsart », avait-il expliqué au Soleil. Et quand André a appris que cette demeure du xve siècle, comportant 27 pièces, juchée sur une colline au bord de la Meuse, était à vendre, il n’a pas hésité.

C’est Pierre, l’un de ses deux fils, qui se charge de faire visiter le rez-de-chaussée aux heureux privilégiés qui ont choisi d’acheter le pack total Rieu. On y trouve sur les murs de nombreux tableaux signés de Marc, son autre garçon, représentant, entre autres, ses parents. Et aussi la magnifique cuisine, où la légende raconte que d’Artagnan aurait pris son dernier déjeuner avant de mourir. Il y a aussi une somptueuse orangerie, une serre qui abrite plantes et fleurs de tous les pays. Ainsi que des oiseaux avec lesquels André aime aussi chanter.

Mais des oiseaux, ceux qui sont venus applaudir le musicien s’en moquent un peu. Ils attendent le soir, et le début du concert, qui démarre à 21 heures précises et dure 3 heures… C’est sur la place Vrijthof, « la plus belle de Hollande », selon André, transformée pour l’occasion en salle de concert en plein air, que les 8 000 spectateurs quotidiens, revêtus de leurs plus beaux atours, assistent au grand événement. Les musiciens sont aussi tous en tenue de bal.

Les quelque quatre mille personnes qui n’ont pas acheté de place profitent de la scène depuis les restaurants et les cafés. Les gens se lèvent, se mettent à danser, à valser, virevolter… Si la magie opère, aux alentours, la joie est aussi de la partie. Car le triomphe d’André Rieu est aussi une véritable manne financière pour Maastricht. « La commune vient de publier une étude qui montre qu’en 2018, mes concerts ont rapporté à la ville près de 30 millions d’euros ! Les hôtels, les restaurants, les taxis et les magasins sont tous très heureux », a ainsi expliqué le musicien au Parisien.

On pourrait ajouter que ce bonheur, il est le premier à en profiter. Pourquoi diable André Rieu envisagerait-il d’arrêter cette vie trépidante ? À 69 ans, il ne pense en tout cas aucunement à ranger son violon.

Laurence PARIS

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