France Dimanche > Actualités > André Verchuren : Le roi du bal musette jouerait son centenaire !

Actualités

André Verchuren : Le roi du bal musette jouerait son centenaire !

Publié le 1 janvier 2021

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

De la libération jusqu'à ses 91 ans, André Verchuren a régné sur les bals à la française. et son célèbre accordéon lui a permis de vendre 80 millions de disques, un record !

Quand « Verchu », comme on aimait l'appeler, s'en est allé en raison d'un malaise cardiaque, à l'âge de 92 ans, dans une pizzeria de Chantilly, dans l'Oise, son département d'origine, c'est comme si la France des Trente Glorieuses avait perdu un pan de sa culture populaire.


Un personnage kitsch à peine esquinté par les 12 kg de son bestiau à soufflets, ses 85 ans de carrière et ses millions de vinyles vendus qui regorgent aujourd'hui dans les brocantes et vide-greniers. Une mort simple, point d'orgue d'une longue vie passée à effeuiller les partitions des Fiancés d'Auvergne, l'un de ses plus grands succès, ou du Chou chou de mon cœur.

Une longévité rare dans une discipline musicale qui exige force, enthousiasme et entrain. Une relation profonde s'était créée avec les Français par la seule magie de son accordéon. Car il en a formé des couples avec son instrument magique et ses doigts agiles qui filaient inlassablement sur les touches et les pistons. Le roi du piano à bretelles fit les beaux jours sous les tonnelles dans la France des années 50 et 60 où le bal musette triomphait. Sa vie, c'étaient les guinguettes, les thés dansants, des millions de kilomètres avalés sans relâche. Dix-huit voitures usées et deux accordéons essoufflés annuellement. André Verchuren était l'accordéoniste français le plus populaire mais aussi le plus décrié par les amateurs et les puristes du genre pour son côté mercantile et pantagruélique.

L'accordéon, c'est un peu comme le cirque, ça se transmet de père en fils. Ce fils et petit-fils d'accordéonistes, né de parents belges le 28 décembre 1920 à Neuilly-sous-Clermont, apprend à jouer de l'instrument à l'âge de 4 ans. Le petit André se met à l'accordéon avec son père, Raymond Verschuere, qui avait lui-même reçu l'instrument de son père mineur et avait monté une école d'accordéon. Deux ans plus tard, il anime son premier bal musette, une discipline tricolore née de la rencontre, à la toute fin du XIXe siècle dans le quartier de la Bastille, des Auvergnats joueurs de musette (la cabrette) et des Italiens immigrés, virtuoses du diatonique. André Verchuren en incarnait la déclinaison nordiste : de la Picardie à la Wallonie, les bals au son de l'accordéon essaimèrent. Des circuits économiques et des écoles se créent et une noria de prix fleurit, celui des Lampistes, créé par la SNCF, le Grand Prix de popularité des Juke-Boxes. Des prix que Verchu a tous remportés haut la main, en plus du Charles-Cros. En 1935, il inaugure « les bals parquets » avec son père à l'accordéon et sa mère à la batterie. Il est embauché dans une usine de tréfilerie, devient garçon de café, puis jardinier. Entre-temps, il compose Perles de rosée et gagne le Championnat du monde de l'accordéon en 1936 en jouant l'ouverture des Saltimbanques debout, à rebours des codes de l'époque.

Entré dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, André Verchuren s'occupe de la récupération de pilotes anglo-américains et les aide à se cacher. Parmi ces soldats qu'il a secourus, un certain Harry, qui devient son ami mais meurt peu de temps après leur rencontre. Il donnera son nom à son fils aîné.

Dénoncé et arrêté par la Gestapo en juin 1944, il est torturé et envoyé au camp de Dachau où il passera treize mois, dont une période où il est affecté au Sonderkommando, la section chargée des fours crématoires. À la Libération, sauvé du tourbillon noir de la guerre, il devra attendre quelques années pour que ses doigts retrouvent toute leur agilité avant de blanchir ses nuits, dans les bals, avec son accordéon. Époque où le son de l'accordéon change, devient plus populaire, parce qu'il faut animer des bals sur les grandes places, les fêtes nationales ou le Tour de France.

À l'aube de sa trentaine, ses lendemains sont plus engageants. Sa carrière prend un nouveau tournant avec sa participation à l'émission Swing contre musette, sur Radio Luxembourg, où l'a inscrit son ami, l'accordéoniste et compositeur Tony Murena.

Sélectionné pour un match organisé sur la scène du Moulin-Rouge, auquel assistent en direct 10 millions d'auditeurs, il emporte les suffrages, signe chez Decca, sa première maison de disques, avant d'intégrer le label Festival. En 1956, il est le premier accordéoniste à se produire à l'Olympia, à Paris, pendant trois semaines.

André Verchuren, suivant le sillage parisien, s'ancre à la radio et en devient une figure régulière. Il hante les studios de Radio Luxembourg pendant dix-sept ans, puis ceux d'Europe 1, où il reçoit des artistes durant treize ans. Parallèlement à ses émissions radiophoniques, il part à la rencontre de ses auditeurs, sillonnant la France entière pour faire chauffer son accordéon, donnant jusqu'à 150 galas par an. Partout, il attire dans ses filets un public de plus en plus large qui s'enfièvre de ses rengaines populaires. « Les bals, la musique et la route sont autant de drogues pour moi », confiait-il. En 1968, l'accordéoniste virtuose publie ses mémoires sous le titre Mon accordéon et moi. Il joue lors du plus grand bal de France devant 125 000 spectateurs. André Verchuren comprend que le public veut un spectacle plus scintillant à base de sons et lumières. Exploitant la formule du « bal music-hall », ses prestations font florès et ne désemplissent pas. Amateur de vélo et de cinéma, André Verchuren était veuf et père de deux fils, également accordéonistes : Harry Williams et André Junior.

Dominique PARRAVANO

À découvrir