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Anémone : Elle flingue à tout-va !

Publié le 3 janvier 2018

Voici cinquante ans qu’Anémone arpente 
les planches et les plateaux de cinéma. Pour ses adieux,
 l’enfant terrible  
du café-théâtre règle ses comptes 
avec une aigreur étonnante…

Quelle mouche a donc piqué Anémone qui, l’âge n’aidant pas, semble de plus en plus aigrie ? Car quelques jours avant de mettre un terme définitif à sa carrière, elle flingue à tout va dans une interview au Parisien !
Un règlement de comptes des plus virulents. Jugez plutôt.

La notoriété ? « Ça m’a fait chier. » Le public ? « Je peux m’en passer. » Les autographes ? « C’est quoi, ce fétichisme à la con ? Je trouve ça débile. » L’état de la planète ? « C’est trop tard. Ça va aller de pire en pire, il n’y a plus d’eau, les sols crèvent, on va sûrement avoir des épidémies, des famines, une guerre nucléaire. »
Jean-Luc Mélenchon, qu’elle a soutenu en 2012 ? « Je me demande si ce n’est pas un vieux stalinien pour finir. Un vieux politicard en tout cas. La politique, c’est un concours de crétins et de menteurs. »
Et notre rocker national, bande-son de nos vies ? « Johnny, il a fait quoi ? À part se déguiser et mentir ? Voter à droite et fuir le fisc ? Il n’a fait que se marier et divorcer. C’était un pantin médiatique. » N’en jetez plus !

Rupture

Pourtant, Anne Bourguignon (de son vrai nom), 67 ans, a plutôt été gâtée par le destin. Née dans le cocon du vaste appartement familial, rue Jacob à Paris, papa est un psychiatre réputé et maman est poétesse. La petite est inscrite au collège Sainte-Marie-des-Invalides, un des établissements les plus huppés de la rive gauche. Elle passe ses week-ends au château Mauras, la propriété de famille en Gironde. On a connu enfance plus difficile. Alors, qu’est-ce qui a transformé la princesse Charlotte du Mariage du siècle en fée Carabosse ?

Sans doute sa querelle avec l’équipe du Splendid après le triomphe de la pièce Le père Noël est une ordure dans lequel elle tient le rôle de Thérèse, grande godiche catho. Le succès est tel qu’après deux cents représentations sur la scène du Splendid, la troupe émigre vers la salle de la Gaîté-Montparnasse, plus vaste, pour accueillir le public qui se presse.

Adapté au cinéma par Jean-Marie Poiré, le film fait un tabac, dépassant le million et demi d’entrées. Cette manne va semer la zizanie au sein de la joyeuse bande. D’autant que le contrat stipule qu’Anémone est la seule à ne pas être rémunérée au pourcentage sur les recettes. Elle ne le pardonnera jamais à ses anciens complices. La rupture est brutale, et l’actrice, malgré quelques négociations avortées, les poursuivra ensuite de sa vindicte. « Une fâcherie définitive car je suis têtue comme une mule. En plus, j’ai découvert avec stupéfaction qu’ils étaient tous de droite. »


Ce clash violent nourrit l’acrimonie d’Anémone envers ses pairs. En 1987, elle décroche son premier rôle dramatique dans Le grand chemin de Jean-Loup Hubert. Incorrigible, elle en remet une couche dans les médias : « J’ai dû me battre pour décrocher des rôles sérieux. Comme j’étais étiquetée comique, pour les gens j’étais forcément moche. Et comme j’étais drôle, on me trouvait vulgaire. »

La profession, bonne fille, lui pardonne ses écarts de langage et lui décerne le César de la meilleure actrice pour ce long-métrage. Mais lors de la cérémonie au Palais des congrès, Anémone monte sur scène habillée en soldat de l’an II, prend son trophée, cite le nom de son bijoutier mais ne dit pas un mot sur le film et sur l’équipe, repose le César et s’en va. La production et les organisateurs font la grimace.

Erreur, car l’actrice en rajoute quelques jours plus tard : « J’aurais dû adopter l’attitude de l’intello et refuser de recevoir mon prix. J’ai préféré me déguiser. À force de fréquenter les gens de cinéma, j’avais de plus en plus envie de faire la révolution. »

Son agent est aux cent coups, le réalisateur est vexé. Qu’à cela ne tienne, la pétroleuse en rajoute : « Ce qui m’a surtout dégoûtée, c’est que Jean-Loup Hubert ne m’a jamais fait travailler le personnage. On m’a juste jeté mon costume à la gueule le matin du tournage. C’est comme ça, généralement, qu’on procède dans le cinéma français. Aux acteurs de se débrouiller tout seuls, et vite en plus : on a déjà perdu tellement de temps à discuter des contrats. Mais moi, l’argent, je m’en fiche. Je ne me ferai pas réduire en purée pour de la verroterie. »

Invitée malgré tout à Cannes, elle commente sa visite sur la Croisette en termes vipérins : « Le Festival c’est le salon de l’Agriculture en beaucoup moins chaleureux. » Dans le métier, sa réputation est faite : chieuse sur les plateaux et archi-emmerdeuse pendant les promos.

Chômage

Elle connaîtra quatorze ans de chômage. « Une vedette c’est un paquet de lessive. On la prend, on la presse, puis on la jette », aboiera la comédienne. Son fils et sa fille, Jacob et Lili, ne sont pas non plus épargnés.

Dans une interview vérité à la télévision, elle choque son public : « Je n’étais pas faite pour avoir des enfants. J’ai avorté trois fois. La quatrième fois que je suis tombée enceinte, j’ai fait un déni de grossesse. Au bout de trois mois, j’ai bien été obligée de garder le bébé. J’aurais sûrement eu une carrière différente sans eux, car la marmaille, ça vous prend beaucoup de temps, d’énergie et de fric. À 22 ans, je voulais me faire ligaturer les trompes. Je me suis dégonflée. Et j’ai regretté toute ma vie d’avoir des gosses. » Fermez le ban !

Dans Les nœuds au mouchoir, sa dernière pièce, au Palais des glaces jusqu’au 31 décembre, elle interprète une vieille mère qui perd la boule.

L’histoire de sa vie ?

Philippe MARGAUX

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