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Annabelle Mouloudji : Sa déclaration d’amour à son père

Publié le 25 juillet 2014

Mouloudji logoPour les 20 ans de sa mort, les enfants du chanteur publient un livre hommage et un CD de reprises. France Dimanche a rencontré une fille enfin  réconciliée  avec son papa.

Annabelle à 4 ans dans les bras de son papa
Annabelle à 4 ans dans les bras de son papa

Annabelle, 20 ans, joue pour Mouloudji
Annabelle, 20 ans, joue pour Mouloudji

Mouloudji n’écrivait pas que de belles chansons. Il faisait aussi de beaux enfants. En voyant entrer Annabelle, sa cadette, dans la brasserie parisienne, où nous avons rendez-vous, on est d’emblée sous le charme.

Blondeur insolente et sourire timide, l’ex-mannequin est là pour nous parler de Mouloudji. Athée ! Ô grâce à Dieu…, livre d’images et de souvenirs écrit à quatre mains avec son frère, Grégory . Photos, dessins, affiches, peintures retracent le parcours d’un titi parisien pauvre devenu monument de la chanson française.

Mouloudji 4« Si nous n’avions pas réagi, rien n’aurait été fait pour les vingt ans de sa mort, s’insurge sa fille. Pourtant, paradoxalement, on le connaît peu. » Et, elle est bien placée pour le savoir. « Je suis née en 1967… de père inconnu ! Mouloudji était encore marié avec Lola (l’actrice Louise Fouquet). À l’époque, on ne pouvait pas reconnaître un enfant adultérin. Ils n’étaient plus ensemble mais elle n’a voulu divorcer qu’en 1969. »

Pour pouvoir s’occuper de Grégory (né en 1960) et de sa sœur, Mouloudji les a adoptés ! Ils ne porteront son nom qu’en 1972. « J’en ai souffert », admet Annabelle dont la mère, Nicolle Tessier, se sépare du chanteur quand elle n’a que 2 ans. C’est elle qui l’élèvera. Pour compliquer encore les choses, Grégory n’a pas la même maman, puisqu’il est le fruit des amours de l’artiste et de Lilia Lejpuner.

Mouloudji 7Séducteur

Vous l’aurez compris, le discret interprète de Mon pot’ le gitan est un vrai Casanova. « C’était un homme à femmes ! Un grand séducteur avec un sourire merveilleux qui faisait fondre tout le monde », témoigne sa fille. Ces aventures ne sont pas le cœur du livre, qui revient sur le parcours fabuleux de Marcel André Mouloudji, né en 1922 de Saïd, un Algérien de Kabylie, et d’Eugénie une Bretonne, internée pour troubles mentaux quand il avait 12 ans.

« Son enfance, c’était du Zola, explique sa fille. Avec son frère, André, ils dormaient dans le lit des parents. À Belleville, mon père vendait des fruits et n’avait d’autre choix que de voler ses livres. Saïd a toujours poussé ses enfants à sortir de leur milieu. » Avec quelle réussite ! Membre d’une troupe de théâtre ouvrier, il rencontre à 13 ans Jean-Louis Barrault et, un an plus tard, joue dans son premier film.

À 15 ans, il est attablé au Café de Flore avec Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Jacques Prévert ! Les films et les livres s’enchaînent. Le premier album ne sortira qu’en 1951. On connaît la suite.

Tout cela, Annabelle ne l’apprendra pas de la bouche de son père. « Il n’était pas très bavard, affectueux mais taiseux. J’ai plus appris de lui dans ses livres. » Enrico, La fleur de l’âge, Le coquelicot… Mouloudji avait choisi de se raconter avec sa plume. Annabelle le lit mais, adolescente rebelle, échange peu avec lui. « J’ai eu la maturité de le rencontrer quand il est mort », regrette-t-elle.

"La p'tite coquelicot" d'Annabelle Mouloudji, éd. Calman-Levy, 15,15 €

Non-dits

Après son décès, en 1994, elle devient incapable d’écouter ses chansons : « Il y avait trop de non-dits qui me faisaient des nœuds dans l’estomac. » Sa rédemption viendra de l’écriture. En 2011, cette mère de deux petits garçons de 7 et 9 ans publie La p’tite coquelicot, son autobiographie. « Mon enfance est un fardeau qui m’empêche de vivre, y révèle-t-elle. Je vieillis avec ce sentiment d’abandon qui me poursuit partout. »

Du traumatisme de sa naissance à la haine de la dernière compagne de Marcel (surnommée Cruella), Annabelle n’y cache rien de ses douleurs. Jusqu’à évoquer son enfant perdu en 2001 et enterré près de Mouloudji au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Elle constate que « devenir parent soi-même rend plus indulgent. Mouloudji était un artiste qui a fait ce qu’il a pu ».

Mouloudji 5Libérée, Annabelle n’a qu’une envie : que l’on n’oublie pas son père. Parallèlement à la sortie d’Athée ! Ô grâce à Dieu…, elle a orchestré la réalisation de l’album de reprises Hommage à Mouloudji où Alain Chamfort, Louis Chedid et d’autres reprennent les chansons de son père. Enfin, un coffret intégral sortira à la rentrée chez Universal.

« Tous ces projets sont autant de moyens de me rapprocher de lui, reconnaît Annabelle. Y en avait pas deux comme Mouloudji ! »

"Mouloudji. Athée ! Ô grâce à Dieu…", par Annabelle et Grégory Mouloudji, avec la participation de Laurent Balandras, aux éditions Carpentier, coll. Géants de la Chanson, 29,90 €.

Benoît Franquebalme

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