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Anne Alassane : “Il n’y aura pas de neuvième enfant !”

Publié le 20 octobre 2014

Face à la mort de deux de ses petits, la première gagnante de MasterChef a choisi de se battre de la plus belle des façons : donner à nouveau la vie �.

Deux ans après avoir perdu deux filles dans l’incendie de sa maison, la première gagnante de MasterChef en 2010, Anne Alassane, semble avoir retrouvé le sourire. Surtout depuis l’arrivée, le mois dernier, d’Amélie, son huitième enfant. Entourée des siens, la mère courage de 38 ans est loin de se laisser abattre…

France Dimanche (F.D.) : Comment s’est passé l’accouchement ?

Anne Alassane (A.A.) : Très bien ! Mike [son compagnon, ndlr], qui n’aime pas la vue du sang, avait eu beaucoup de mal à supporter la naissance de Margaux. Alors, cette fois-ci, il est resté dans la salle d’attente de la maternité. J’ai donc été assistée par Laura, ma fille de 14 ans. Elle était ravie. C’était une expérience unique, pour elle comme pour moi, même si elle a quand même trouvé ça un peu long ! Elle s’endormait, la pauvre ! Et quand elle ne piquait pas du nez, elle prenait des photos de nous avec son smartphone et envoyait des messages à tout le monde. Ça a duré tellement longtemps que Mike a finalement décidé d’entrer dans la salle d’accouchement. On a donc vécu ce moment inoubliable à trois.

F.D. : Avec l’arrivée d’Amélie dans votre famille déjà bien nombreuse, comment ça se passe à la maison ?

A.A. : Ce n’est certes pas de tout repos. On ne s’attendait pas à ce qu’elle arrive aussi tôt [à peine dix-huit mois après Margaux, ndlr]. Mais ce n’est finalement pas si mal. Au moins, comme ça, Margaux ne se sentira pas trop mise à l’écart. J’aurais trouvé ça triste pour elle de voir ses grandes sœurs et son frère voler de leurs propres ailes les uns après les autres et rester toute seule à la maison. D’ailleurs, ça ne m’aurait pas déplu d’avoir des jumeaux.

F.D. : Il n’est pas trop tard pour y songer…

A.A. : Ouh là, non ! C’est terminé ! Il n’y aura pas de neuvième enfant. Je n’ai plus 20 ans. Je ressens indéniablement de la fatigue. D’autant que mes activités professionnelles me prennent de plus en plus de temps. Des activités qui me poussent en outre à m’absenter de la maison. Car je ne suis pas que mère de famille. Outre la ferme-auberge La Pays’Anne, dont je suis toujours la gérante, je me suis lancée dans une nouvelle activité de traiteur. Je fabrique des plats préparés à base de pâtes fraîches artisanales que je vends notamment au marché couvert de Montauban. À part ça, je suis aussi devenue conseillère municipale. Je suis chargée de mission à la cuisine centrale, qui produit des milliers de repas par jour pour les écoles et les maisons de retraite. Sans oublier mon émission culinaire hebdomadaire [le dimanche sur France 3 Limousin-Poitou-Charentes, ndlr] qui me prend beaucoup de temps, surtout en préparation. Mais j’assume tout ça. J’ai toujours voulu être une femme active, ne pas rester à la maison à ne rien faire. Je tiens sûrement ça de ma grand-mère, agricultrice, et mère de neuf enfants !

F.D. : Comment expliquez-vous ce besoin de multiplier les activités ?

A.A. : Certains peuvent penser que je m’occupe l’esprit pour ne plus penser au drame dont nous avons été victimes il y a deux ans [l’incendie avait coûté la vie à ses deux filles, âgées de 2 et 4 ans, ndlr]. Ça doit sans doute être une raison, mais je n’essaie pas d’oublier pour autant. Au contraire, Louise et Rose sont toujours présentes dans mon cœur. Le stade de la culpabilité est heureusement passé. Je vis désormais avec cette souffrance, c’est comme ça. Si je n’étais pas aussi occupée, je retomberais peut-être dans une grosse dépression. Mais je ne veux pas que ça m’empêche d’avancer, de profiter de mes enfants, de profiter de la vie, tout simplement.

Alassane livreF.D. : Parlez-vous souvent de ce drame en famille ?

A.A. : Oui, beaucoup ! Ça n’a jamais été tabou. Cela n’empêche pas les enfants de demeurer perturbés. Par exemple, celle de 14 ans avait l’air d’aller plutôt bien à l’époque, mais je sens qu’elle a un peu plus de mal aujourd’hui. Je vais peut-être devoir lui prendre un rendez-vous avec un spécialiste. En ce qui me concerne, j’ai été suivie par quelqu’un qui travaille sur les énergies. Écrire mon livre (Pour l’amour des miens, paru l’an passé) m’a aussi servi de thérapie. Mike et mes amis sont également toujours là pour moi.

F.D. : Votre victoire, il y a quatre ans, dans MasterChef doit vous paraître très loin, non ?

A.A. : Curieusement non. Tout est allé si vite depuis l’émission. Si c’était à refaire, je prendrais peut-être un peu plus de temps pour moi. Je n’aurais peut-être pas dû ouvrir mon restaurant dans la foulée. Des cours de gestion et de management n’auraient pas été du luxe. Pour s’occuper d’un restaurant, il ne suffit pas que de savoir cuisiner. Sur le coup, j’avais bêtement peur qu’on m’oublie et que cette aventure ne soit qu’un feu de paille. Force est de constater que j’avais tort, puisque je suis toujours sollicitée de partout.

F.D. : Vos enfants vous reprochent-ils de ne pas être assez à leurs côtés ?

A.A. : C’était le cas. Mais, après en avoir discuté longuement avec eux, ils me comprennent. D’autant plus que j’envisage de fermer prochainement ma ferme-auberge pour ouvrir un autre restaurant, plus petit, en ville. En attendant, mes journées sont certes bien remplies, mais, avec beaucoup d’organisation, j’arrive à gérer le tout. Je ne suis pas non plus du genre à me pomponner pendant des heures. Mon plus grand plaisir reste de passer du temps avec mes enfants et mon compagnon ! Je veux consacrer pleinement mes week-ends à profiter d’eux.

F.D. : Vous en sortez-vous avec l’emploi du temps de chacun d’entre eux ?

A.A. : Heureusement, les grandes arrivent à se gérer elles-mêmes. Il arrive même qu’elles aillent par exemple chercher les plus petits à l’école pour gagner du temps. Sinon, on essaie de regrouper les activités extra­scolaires dans la mesure du possible. Comme on envisage de déménager plus près de la ville, ça devrait faciliter les déplacements et limiter les allers-retours. Et ça permettrait également d’avoir une ou deux chambres supplémentaires ! Nous étions déjà un peu serrés à l’arrivée de Margaux. Alors, forcément, avec un bébé en plus, ça devient compliqué. Cela dit, ils n’ont pas forcément tous envie d’avoir leur propre chambre. Ma troisième, par exemple, ne supporterait pas l’idée de dormir toute seule. Laura a été ravie récemment de prendre Margaux dans sa chambre. C’est l’effet famille nombreuse !

Alassane gâteauxF.D. : Comment arrivez-vous à mener tout de front ?

A.A. : J’ai la chance d’avoir un cerveau bien organisé et un physique solide. Je ne suis jamais malade et n’ai pas besoin de dormir beaucoup. Même l’allaitement ne m’a jamais causé de gros problèmes. Je dois sûrement être hyperactive. Rester dans mon lit à cogiter, ce n’est pas trop mon genre.

Philippe Callewaert

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