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Anne Roumanoff : Sa bataille contre la maladie d’Alzheimer !

Publié le 1 juillet 2015

Depuis 2006, en secret, l’humoriste Anne Roumanoff souffrait en silence et tentait de cacher sa douleur derrière le rire… avant de tout révéler le week-end dernier.

Anne Roumanoff fait rire depuis longtemps, et elle aime ça puisqu’elle remonte sur les planches parisiennes pour jouer son nouveau spectacle, Aimons-nous les uns les autres, à l’Alhambra dès le 30 juillet. Mais, comme on le sait, l’humour est souvent un moyen de détourner l’attention de ce qui fait mal.

Et, grâce à lui, on ne s’apitoie pas sur son sort. On va chercher dans les épreuves terribles de la vie leur côté comique, et le rire, telle une baguette magique, change la douleur en sourire. C’est ce que fait Anne Roumanoff. Avec elle, la dérision l’emporte sur tout ce qui pourrait s’apparenter à une plainte.

Pourtant, des souffrances, la jeune femme a en a connues. Comme tout le monde, peut-être plus, comme lorsque, à l’adolescence, les beaux garçons dont elle tombait amoureuse ne la remarquaient même pas.

Mais aujourd’hui, c’est une douleur d’une autre nature qu’Anne Roumanoff a révélée avec une sincérité désarmante. Comme si, l’espace de quelques phrases, elle avait quitté ses habits rouges de show-woman pour se montrer  nue, sans maquillage, livrant la part la plus fragile et tendre d’elle-même.

Il y a quelques jours en effet, elle a publié un petit texte sur Internet, tout à fait bouleversant, qui parle d’un homme qui compte énormément pour elle : Daniel, son père.

Le héros de ses jeunes années, personnage exceptionnel au parcours hors du commun : écrivain, ex-PDG d’une société d’import-export, sorti de HEC, diplômé de sanskrit, mais également de la faculté de droit et de l’École des langues orientales, passionné par l’Inde et sa spiritualité.

À 50 ans, il présente sa thèse de doctorat à la Sorbonne dans laquelle il parle de l’enseignement qu’il a reçu de son maître indien. Le père d’Anne est donc un homme à l’intellect riche et foisonnant.

Seulement, en 2006, la vie de cette famille va être bousculée par un véritable raz-de-marée. Daniel, cet homme si curieux de tout, si passionné par l’existence, est atteint de la maladie d’Alzheimer…

Un choc terrible que les Roumanoff vont affronter à bras-le-corps. Colette, la mère, et Valérie, une des filles (Anne est l’aînée de quatre enfants), vont monter une association, « Alzheimer autrement », se donnant corps et âme pour tenter de changer la perception qu’ont les gens de ce fléau.

Leur credo figure sur leur site Internet : « Nous voulons communiquer de manière positive sur [cette] maladie pour dire, ce qui n’est dit nulle part, que le patient qui perd ses repères de temps, d’espace et de contexte, reste une personne à part entière et peut vivre une vie riche et pleine de sens. »

De son côté, en septembre 2009, Anne Roumanoff offre une représentation de son spectacle Bien plus que 20 ans à la Fondation pour la recherche sur l’Alzheimer. Presque personne ne connaît la raison pour laquelle elle s’est tellement investie…

Mais malgré le combat magnifique que livre chacun des membres du clan Roumanoff, il n’en reste pas moins qu’Anne souffre de voir son papa décliner peu à peu. Et c’est un message d’amour fou qu’elle a décidé de lui envoyer dimanche 21 juin, jour de la fête des Pères. Un message dans lequel elle revient sur les moments clés de sa vie partagés avec lui…

« J’ai 3 ans et je tiens la main de mon papa. Il est fort, il est solide. C’est mon héros, avec lui je ne crains rien. Il me pousse sur la balançoire du Jardin d’acclimatation. J’ai des couettes. Je crie “Encore ! encore !” » Anne évoque ensuite sa crise d’adolescence : « J’ai 13 ans, je suis révoltée contre la terre entière, et contre lui en particulier. On se dispute, je quitte la table, je claque la porte en hurlant : “Je ne suis pas une ado, j’ai 13 ans, je suis une adulte, OK ? […]” »

Puis elle parle de son mariage avec Philippe : « J’ai 30 ans, je rentre dans l’église à son bras. [Papa] a mis son plus beau costume et un nœud papillon qui le fait ressembler à un maître d’hôtel. Il ne me le dit pas mais je sais bien qu’il pense qu’aucun garçon n’est assez bien pour moi. »

Enfin, elle termine par ces mots d’amour bouleversants, qui font que plus jamais on ne pourra voir Anne Roumanoff comme une simple comique qui s’habille en rouge :

« Il a presque 80 ans […]. Il me regarde d’un air absent. C’est toujours la question que les gens posent : “D’accord, ton père a Alzheimer, mais il te reconnaît ou pas ?” Je prends sa main, je la serre. Il n’est plus ce qu’il a été mais il est là, bien vivant. Il me sourit et je retrouve l’étincelle de malice dans ses yeux. Bonne fête des Pères, papa. »

Laurence Paris

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