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Annie Cordy : Adieu Ginette Garcin

Publié le 18 juin 2010

La veille de sa disparition, Ginette Garcin discutait au téléphone avec Line Renaud du "Clan des veuves", le film qu'elle devait réaliser avec Annie Cordy, la troisième de ce trio de choc.La veille de sa disparition, Ginette Garcin discutait au téléphone avec Line Renaud du "Clan des veuves", le film qu'elle devait réaliser avec Annie Cordy, la troisième de ce trio de choc.

Jusqu'au bout, sa famille, ses amis, auront été près de Ginette Garcin. Sa sœur, Jacqueline, et sa nièce, la comédienne Marie Garcin, mais aussi ses deux grandes amies, Line Renaud et Annie Cordy. La veille même de sa mort, le 9 juin, Ginette avait d'ailleurs eu Line au téléphone : « J'ai vaincu le cancer, je vais me reposer, et ensuite on se revoit !» lui avait-elle dit.

Oui, jusqu'à la dernière minute, Ginette y aura cru. L'actrice était persuadée de bientôt pouvoir commencer le tournage de ce film qu'elle cherchait à monter depuis plusieurs années, Le clan des veuves, avec un trio de choc : Line Renaud, Annie Cordy et elle-même !

->Voir aussi - Annie Cordy : Dans les coulisses du bonheur

Bataille

Hélas, le jeudi 10 juin, à l'âge de 82 ans, Ginette Garcin s'est éteinte, après s'être battue courageusement, par trois fois, contre le cancer. La dernière bataille lui aura été fatale, mais jamais, à aucun moment, la comédienne n'aura cédé au désespoir. Ceux qui la connaissaient le savent bien, et l'aimaient également pour cette énergie merveilleuse dont elle a toujours fait preuve.

C'est peut-être la raison pour laquelle, le lundi 14 juin, jour des obsèques, l'émotion était tangible au crématorium du Mont-Valérien, à Nanterre, dans la banlieue de Paris. Toutes ses « familles » étaient réunies pour lui rendre un bel hommage. Celle du sang, représentée par Jacqueline, et Marie, accompagnée de Thierry, son mari, et de leurs enfants. Et les familles du cœur, celles du cinéma, du théâtre, de la télévision, et du music-hall.

C'est parmi une multitude de fleurs blanches, la couleur préférée de Ginette, que chacun a dit adieu à la merveilleuse comédienne. La plupart de ceux qui étaient venus portaient d'ailleurs une tenue immaculée, connaissant le goût de la chère disparue. Malheureusement, ni Line Renaud ni Annie Cordy n'ont pu se déplacer, la première étant retenue à Nice, pour un film, la seconde devant honorer un concert. Mais elles aussi avaient envoyé des fleurs, blanches bien sûr...

Il y avait tant de monde pour dire adieu à Ginette, que la salle s'est révélée trop petite ! L'organisateur des funérailles a même craint une bousculade, ce qui aurait sans doute fait rire la défunte... Perrette Souplex a commenté, songeuse : « Ginette a fait le plein », comme s'il s'agissait de la dernière représentation de son amie. La cérémonie a été suivie par un auditoire qui est resté debout pendant deux heures. Sergio, l'aumônier des artistes, a rappelé : « Si Ginette ne croyait pas en Dieu, elle disait qu'un de ces jours, elle rejoindrait Beauvais, son mari, au ciel ...»

L'émotion a été à son comble quand tous ont chanté en chœur Étoile des neiges, emmenés par la voix de Ginette. Sa voix sortait bien sûr d'une chaîne stéréo, mais on aurait dit que la comédienne était là ! En cet instant, un frisson a parcouru l'assistance, qui s'est mise à reprendre le refrain !

Les larmes ont perlé un peu partout, aussi bien chez les comédiens de Famille d'accueil, au grand complet autour de Virginie Lemoine et Christian Charmetant, que chez ceux de Raphaël Mezrahi, auteur de la pièce Monique est demandée en caisse 12, effondré de chagrin, entouré par deux de ses comédiennes, Nicole Calfan et Évelyne Leclerc. Interviewé le lendemain de l'annonce du décès par Le Parisien, il s'exprimait, les larmes aux yeux : « C'était une personne très forte, toujours optimiste et joyeuse, qui détestait la méchanceté. Je perds une deuxième maman !»

Même tristesse chez les comédiens de Marc et Sophie, représentés par Gérard Rinaldi et sa femme. Des pleurs encore, dans sa famille d'Europe 1, avec Maryse Gildas. Présents aussi Sophie Agacinski, Nicoletta, Alain Turban, Chantal, la femme de Patrick Topaloff, dont Ginette avait fait un comédien.

Trop accablé par la douleur pour assister à ces obsèques, son grand ami Henri Tisot, le dernier à l'avoir vue à l'hôpital, nous a transmis un message destiné à sa grande amie, dans lequel il évoque, notamment, le plus grand succès de Ginette : Le clan des veuves. Une pièce que Ginette avait écrite après la mort de son mari, Robert Beauvais, pour ne pas sombrer dans le désespoir, et qui avait fait un carton de 1990 à 1994.

Déjà, en 2006, quand elle avait repris cette pièce, nous lui avions demandé comment elle faisait pour se trouver au Théâtre des Bouffes parisiens, rue Monsigny à Paris, le soir, et sur le tournage de Famille d'accueil, dans la région bordelaise, la journée. « C'est une question d'hygiène de vie, nous avait-elle répondu. Je ne bois pas, je n'ai jamais fumé et je me couche tôt !»

Tonus

Il y avait, chez cette femme énergique, un tonus incroyable, une volonté de fer. Et ce, déjà à ses débuts, lorsqu'elle faisait ses classes au music-hall, et se liait d'amitié avec ceux qui deviendraient les plus grands noms de la chanson et du cinéma, comme Jacques Brel, Jean Yanne, ou Jean-Claude Brialy, avant de se lier avec Bertrand Blier ou Michel Audiard. C'est avec ce dernier qu'elle avait débuté au cinéma, en 1971, dans le film : Le drapeau noir flotte sur la marmite , où elle jouait au côté de Jean Gabin.

Elle a ensuite été de tous les films de Jean Yanne, à commencer par Tout le monde il est beau, tout il est gentil, en 1972, en passant par Les Chinois à Paris, qui avait été inspiré par l'un des livres de Robert Beauvais : Quand les Chinois.

L'amitié, chez Ginette, ignorait la barrière de l'âge. Une attitude qui devait transparaître à l'écran, puisqu'elle comptait des admirateurs dans toutes les générations, et pas seulement parmi les téléspectateurs assidus du feuilleton de France 3, Famille d'accueil ( avec Virginie Lemoine et Christian Charmetant ), dans lequel Ginette incarnait la tante Jeanne depuis 2001.

Michaël Youn, le trublion dont l'image semble pourtant bien loin de celle incarnée par l'actrice, l'avait d'ailleurs choisie pour son film, La Beuze.

"Lâcheur"

Aujourd'hui, nos pensées vont surtout à Jacqueline et Marie, avec lesquelles nous nous associons dans la tristesse. Car c'est bien la première fois que Ginette Garcin ne nous fait pas rire !

Dieu sait pourtant qu'elle pouvait plaisanter de tout. Même de la mort, ainsi qu'en témoigne une anecdote, dernier petit clin d'œil à cette femme hors du commun. Lors des obsèques de Jean Yanne, Ginette avait frappé de la paume de la main le cercueil du grand comédien, et lui avait chuchoté : « Lâcheur !» Et, hélas, aujourd'hui, c'est à son tour de nous laisser tomber ! Sans enfant de celui qu'elle appelait tendrement " Beauvais", elle avait reporté son affection sur sa nièce, Marie.

Et Annie Cordy de conclure : «Quand j'ai appris la mort de Ginette, j'étais... caramélisée. Il n'y a pas d'autre mot. Je l'ai vue deux jours avant sa mort. Elle était toute gaie, me promettant qu'on allait finir par le faire, notre film ensemble. C'était un de nos vieux rêves... On se connaissait depuis si longtemps. Qu'est-ce qu'on a pu rire ensemble, et s'en raconter des bêtises ! Et puis jeudi, quand j'ai appris sa mort en regardant le journal télévisé, j'ai éclaté en sanglots [...]. J'étais bouleversée. Je l'aimais tant. Personne ne m'a appelée pour m'inviter à ses funérailles. De toute façon, j'étais en tournée. Je n'aurais pas pu y aller. Mais, le jour de ses obsèques, j'étais si déboussolée que je lui ai laissé un message sur son portable. Je savais que personne ne répondrait mais j'avais juste envie d'exprimer mon chagrin. Je lui ai dit : " Je suis malheureuse, ma Ginette, que tu ne sois plus là. Malheureuse comme ce n'est pas permis. Si quelqu'un a mon message, qu'il me rappelle. " Et j'ai raccroché, en larmes.

Figurez-vous que quelques jours plus tard, mon téléphone a sonné. Le nom de Ginette était affiché. C'était sa nièce qui avait récupéré le portable et donc entendu mon message. Elle m'a rassurée en me disant qu'elle n'avait pas souffert. C'est ce que j'avais besoin de savoir.

Je garderai toujours le souvenir de nos conversations. Elle était positive, profonde, intelligente... Je vous raconte tout ça mais ça ne sert plus à rien. Elle est morte !»

Dominique Préhu

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