France Dimanche > Actualités > Annie Cordy : Dans les coulisses du bonheur

Actualités

Annie Cordy : Dans les coulisses du bonheur

Publié le 19 mars 2010

Après soixante ans de carrière, Annie Cordy arbore toujours le même sourire, cette même joie d'être sur scène, comme en ce moment dans la pièce "Laissez- moi sortir". Mais quel est donc son secret ?Après soixante ans de carrière, Annie Cordy arbore toujours le même sourire, cette même joie d'être sur scène, comme en ce moment dans la pièce "Laissez- moi sortir". Mais quel est donc son secret ?

Elle a enregistré plus de 600 chansons, joué dans une dizaine de comédies musicales, une trentaine de films et de téléfilms, donné plus de 7000 galas dans le monde : elle triomphe depuis soixante ans ! Annie Cordy nous reçoit chez elle, dans les coulisses de sa deuxième maison : la scène.

À chaque représentation, elle y reste durant une heure trente dans la très belle pièce Laissez-moi sortir, un truculent one-woman show À 81 ans, chapeau madame !

->Voir aussi - Annie Cordy : "Je n'ai jamais eu peur de rien"

France Dimanche (F.D.) : Annie, après avoir passé tout ce temps sur scène, comment vous sentez-vous ?

Annie Cordy (A.C.) : Bien, très bien même, car j'en sors ! Je suis heureuse, mais très fatiguée. C'est une sérieuse tension de tenir ce monologue. Il ne s'agit pas de se tromper.

F.D. : La première chose que vous faites en sortant de scène, Annie ?

A.C. : je m'assieds pendant cinq minutes entourée des miens, c'est-à-dire de Mimi et de mon producteur. Puis je regagne ma loge afin de me démaquiller, de me changer, et ensuite je prends la direction de la prochaine représentation, qui se trouve parfois à plus de 500 km. Donc, croyez-moi, ce n'est pas de tout repos !

F.D. : Vous avez 81 ans, vous semblez en pleine forme. Mais ne craignez-vous pas, pour votre santé, d'en faire un peu trop ?

A.C. : Non, sinon, je le ressentirais. Bon, parfois, j'éprouve un petit ras-le-bol, comme tout le monde. Mais ça passe assez vite chez moi. De plus, j'ai toujours fait du sport. Je dois avoir un bon cœur de sportive.

F.D. : Bref, vous ne pourriez pas vivre comme une « mémé » ?

A.C. : Impossible ! Pour moi, ce serait le début de la fin ! Aujourd'hui, je bosse au moins quinze heures par jour. Quand on aime, on ne compte pas.

F.D. : Avez-vous des superstitions particulières lorsque vous montez sur scène ?

A.C. : En fait, je n'ai jamais été superstitieuse. Je ne comprends pas les gens qui doivent avoir des grigris de toute sorte... Luis Mariano, lui, avait plein de petites croix. Moi, ça me faisait rire. Il ne voulait pas non plus qu'on croise le fer sur scène. Imaginez-vous un rôle à ses côtés où vous deviez tricoter ? Eh bien, ça m'est arrivé ! Il ne voulait pas que je tricote sur scène. Je ne pouvais pas croiser le fer. Cela me faisait beaucoup rire.

F.D. : Dans la pièce, vous incarnez une femme heureuse, dans une société qui ne prend plus le temps de vivre. Quel regard portez-vous sur ce monde extérieur ?

A.C. : Les temps ont changé. Et fortement, même ! C'est absolument normal que les gens soient stressés. Avant, le mari travaillait, et la femme restait à la maison. Aujourd'hui, chacun a une vie en dehors du foyer ; les couples doivent faire face à ce changement d'une grande importance. Mais je serais aussi tentée de dire qu'il ne faut pas penser qu'aux vacances. La vie est faite de travail. Il entretient. Parfois, certaines personnes, étonnées de ma longévité, me demandent si nous n'étions pas quatre pour faire tout ce que j'ai fait !

F.D. : Au fait, que cachez-vous derrière votre sourire légendaire ?

A.C. : J'ai toujours été une femme très motivée pour vanter le bonheur du sourire. Bon, il m'arrive de pleurer aussi. D'être en colère. Je peux péter les plombs, mais ensuite, c'est fini : je ne suis pas rancunière. J'ai connu des épreuves douloureuses, qui m'ont marquée à jamais, comme la disparition de mes parents ou celle d'amis très chers que j'ai perdus. J'en ai plein, à commencer par Luis Mariano et Bourvil. Il y a aussi eu la mort de mon mari. Mais, voilà, quand le rideau va tomber sur la scène, je chante Ça ira mieux demain, et toute la salle reprend en chœur avec moi. Là, je suis « reboostée »!

F.D. : Préférez-vous vos souvenirs de 20 ans ou vous imaginez-vous à 90 ans ?

A.C. : Franchement, ni l'un ni l'autre. Je vis au jour le jour, sans me soucier du lendemain. Je ne suis pas une femme nostalgique. Je fonce tous les jours, même si je ne suis pas toujours à l'affût des nouveautés. Par exemple, pour moi, Internet, ce n'est pas évident. Les iPod ? Les mails ? Tout cela, c'est... très peu pour moi.

F.D. : Dans votre riche et longue carrière, regrettez-vous certaines décisions ?

A.C. : Non, aucune ! Je me dis parfois que certains films n'étaient pas terribles, c'est vrai ; mais, à chaque fois, c'était pour faire plaisir à un copain. Donc, ça, ce n'est pas un regret. Je l'ai fait pour lui, et c'était le plus important. Idem pour la musique, je ne regrette rien. Vous savez, je me définis comme une rigolote. Donc, tout le monde peut penser ce qu'il veut de mes chansons. On aime ou on n'aime pas, chacun ses goûts. Normal...

Maxime Quentin

À découvrir