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Annie Cordy : Manipulée par Dieudonné !

Publié le 10 janvier 2014

La chanteuse Annie Cordy est profondément blessée de voir son tube "Cho ka ka o" plagié par l'humoriste dans un but pas très catholique.

Elle était à Vierzon pour un récital mardi. Ce vendredi soir, elle est à Charleroi pour une représentation de la tournée Age tendre et têtes de bois. Tournée qu’elle poursuivra du 16 au 19 janvier à Paris, au Palais des congrès. Bref, à 85 ans, Annie Cordy n’arrête pas ! Mieux, elle accélère puisque, cette année, elle est attendue sur les écrans dans le film Souvenirs de Jean-Paul Rouve et la série de France 2 Chefs, avec Clovis Cornillac. De multiples projets, un public qui l’aime, une santé au beau fixe, l’artiste belge a tout pour être comblée.

Hélas, tout récemment, ce bonheur a été terni par une odieuse polémique touchant à l’une de ses plus célèbres chansons. À son origine, on trouve l’un des personnages les plus sulfureux de France : Dieudonné. À l’automne 2009, l’ex-comparse d’Elie Semoun, choisissait de reprendre à sa façon le tube Cho ka ka o.

->Voir aussi - Annie Cordy : Une douleur qui ne la lâche pas !

Dans le texte de l’humoriste, les paroles « Si tu me donnes des noix de coco / Moi je te donne mes ananas […] / Rikiki tes petits kiwis / Les babas de mes baobabs / Cho ka ka o / Cho chocolat / Au bord de la plage / Y a des coquillages / Et des caïmans / Des serpents rampants » deviennent : « Tu me tiens par la Shoah / Je te tiens par l’ananas […] / Qu’il te soit donné / Un pays au soleil et des millions de dollars / Pour les millions d’ananas déportés dans leur jus / Pour les millions d’ananas privés de leur famille. »

Cover 3515Holocauste

Ce pastiche est rebaptisé Shoah nanas, référence explicite à l’Holocauste. C’est en tout cas ce qu’en a pensé la cour d’appel de Paris qui, le 28 novembre dernier, condamnait son auteur à 28 000 euros d’amende pour « diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale ». Selon Le Monde, l’humoriste avait soutenu à l’audience que la chanson (dont il attribue la paternité à des détenus, parmi lesquels le terroriste Carlos) faisait en réalité référence à des « chauds ananas ». « Moi je vous parle d’ananas, c’est un fruit qui me passionne », avait ironisé Dieudonné devant ses supporters, dont certains brandissaient le fruit exotique.

Malgré le procès, cette chanson n’avait, jusqu’à présent, pas connu un succès fulgurant au-delà du cercle des fans de Dieudonné. Mais les récents démêlés de l’humoriste avec Manuel Valls lui ont apporté beaucoup plus d’audience. Ce n’est pas un hasard si Dieudonné a choisi de reprendre ce succès de 1985 vendu à 2,5 millions d’exemplaires. Il y a des années, il avait expliqué à Guy Carlier ne pas garder un excellent souvenir des passages télé d’Annie Cordy qui en assurait la promotion.

« Quand tu as 10 ans et que tu vois une chanteuse populaire le visage noirci au cirage danser devant une grande marmite où mijote un explorateur, soit tu en prends pour dix ans de psychanalyse, soit un jour ou l’autre cette blessure remonte à la surface et se transforme en colère. » Nous y sommes. Et maintenant, la colère est partagée.

Blessée, Annie n’a pas souhaité répondre à France Dimanche, mais sa nièce et assistante, Michèle Lebon, l’a fait à sa place : « Elle ne veut pas ajouter encore un peu de publicité à ce monsieur qui n’en a vraiment pas besoin et qui gagne suffisamment d’argent comme ça avec ces horreurs, fustige celle que sa tante surnomme Mimi. C’est moi qui lui ai appris l’existence de sa chanson. Je ne lui en parle que très peu, car cela lui fait de la peine. Annie travaille et va de l’avant. Elle aime les gens et l’humain. C’est lamentable et je n’ai pas envie de la mêler à cette boue. »

Et Michèle de conclure : « Plus on en parle, plus il remplira des salles et ce n’est vraiment pas ce que nous souhaitons. » En outre, Mimi rappelle que sa tante a interprété en 1987 Oh ! Bravo !, chanson de Gilbert Bécaud rendant hommage aux victimes de la rafle du Vél’ d’Hiv de 1942.

En attendant d’interdire les spectacles de Dieudonné, la justice va-t-elle lui interdire de reprendre Cho ka ka o ? Compositeur du morceau, Vivien Vallay le souhaite : « Personne ne peut cautionner ça. C’est n’importe quoi. On est toujours heureux quand on est repris, mais s’il s’agit de faire de l’humour avec ce qui est une des aberrations de l’humanité… Je vais essayer d’appeler Dieudonné pour lui dire que je ne suis pas d’accord. »

Pour sa part, grande dame, Annie Cordy a choisi le silence.

Benoît Franquebalme

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