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Annie Cordy : Trainée dans la boue !

Publié le 5 avril 2021

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Six mois seulement après sa disparition, la chanteuse Annie Cordy fait l'objet d'une odieuse polémique nationale dans son pays natal…

Elle n'est hélas plus de ce monde pour se défendre. Le 4 septembre dernier, l'inoubliable interprète de Tata Yoyo rejoignait le paradis des artistes. Chacun y était alors allé de son couplet, saluant son incroyable carrière, sa personnalité flamboyante et généreuse, sa bonne humeur si communicative… Annie Cordy pouvait reposer en paix, elle resterait dans les cœurs cette éternelle boute-en-train qui a travaillé toute sa vie à rendre les autres heureux.


Était-il possible d'imaginer que, six mois seulement après sa disparition, son nom serait traîné dans une boue insalubre et sa mémoire salie de la plus odieuse des façons ? Non, d'autant que tout est parti de la meilleure des intentions. Il y a quelque temps en effet, le gouvernement belge annonçait sa décision de rebaptiser l'un des lieux les plus fréquentés de Bruxelles, le tunnel routier reliant la place de l'Yser à la basilique de Koekelberg. D'une longueur de 2 531 mètres (c'est le plus long de Belgique), ce tunnel portait à l'origine le nom de l'ex-roi Léopold II (1835-1909), très controversé pour son passé colonial et ses attitudes jugées racistes par de nombreux Belges.

Un vote en ligne a donc été organisé afin que les citoyens choisissent parmi quatorze personnalités emblématiques – toutes des femmes – celle qui succéderait au monarque controversé. Avec 22 % des voix, c'est le nom de la chanteuse qui s'est hissé en tête, devant Marie Curie, Simone Veil, ou encore Rosa Parks ! Annie, native de Laeken, quartier populaire de la capitale, Annie qui, avant de faire carrière en France, avait fait les beaux soirs du célèbre cabaret bruxellois Le Bœuf sur le toit, Nini la joie, dont le souvenir apporterait un peu de lumière dans ces 2,5 kilomètres de boyau, réputé pour ses bouchons…

Le 8 mars, journée internationale du droit des femmes, la région bruxelloise annonçait donc que le tunnel, conformément au résultat du vote, serait rebaptisé du nom de l'artiste élevée en 2014 au rang de commandeur de l'ordre de la Couronne, un ordre honorifique belge institué… sous Léopold II, récompensant les mérites artistiques ou scientifiques.

Logique, sauf que, très vite, des voix se sont élevées pour contester ce choix. La raison ? La chanteuse aurait elle-même véhiculé des propos racistes dans un titre, sorti en 1985, devenu l'un de ses plus grands tubes : Cho Ka Ka O, dont le refrain débute ainsi : « Cho Ka Ka O / Cho chocolat / Si tu me donnes des noix de coco /Moi je te donne mes ananas ».

Face à l'ampleur de la polémique, un débat a été organisé le 14 mars dernier dans l'émission C'est pas tous les jours dimanche, diffusée sur la chaîne RTLTVI. Parmi les invitées, Mireille-Tsheusi Robert, présidente de BAMKO, un centre féministe de réflexion et d'action sur le racisme anti-noir.e.s., qui s'est vivement élevée contre Annie Cordy : « Ce n'est pas ma chanteuse préférée, surtout sur la chanson que j'estime être raciste dans son esprit ». Un avis que partage Apolline Vranken, une architecte féministe également présente sur le plateau : « On est persuadé qu'il y a beaucoup de figures du matrimoine bruxellois et de féministes qui n'ont pas eu des actions ou des propos problématiques. Donc, effectivement, on remet un peu en question ce choix-là. »

Des accusations révoltantes pour tous ceux qui ont connu et aimé Annie, à commencer par sa nièce, Michèle Lebon, aux côtés de laquelle la chanteuse a passé les dernières années de sa vie. « Je connais la chanson par cœur et je cherche encore ce qu'il peut y avoir de raciste là-dedans », a-t-elle déclaré, indignée. Faut-il rappeler cette petite phrase qui a guidé toute la vie de l'artiste : « Je n'ai aucun a priori.

Mais il est un autre argument, tout aussi blessant, avancé par ses détracteurs : elle serait trop francophone et pas assez flamande pour donner son nom au tunnel le plus emprunté du pays ! Argument balayé par Michèle : en effet, si Annie a vu le jour à Bruxelles, région linguistiquement neutre, elle a des origines wallonnes !

Heureusement, pour le gouvernement belge, la question est tranchée. « Elle a gagné le vote populaire, il n'y a rien à faire, moi, je suis pour la démocratie, elle est gagnante », explique Cieltje Van Achter, cheffe de groupe N-VA au parlement bruxellois. D'ici l'automne prochain, Belges et touristes emprunteront donc le tunnel Annie Cordy…

Lili CHABLIS

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