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Annie Girardot : C’était une femme martyre !

Publié le 18 août 2018

À la scène comme à la ville, Annie Girardot a reçu beaucoup de coups. Au sens propre comme au figuré…

On se souvient autant de son rire, nerveux, communicatif, dans les films légers, que de la tragédie qui semblait s’attacher à sa personne.

Girardot, c’était tout l’un ou tout l’autre, et parfois les deux en même temps !

Mais avec un tempérament si entier, on ne peut traverser la vie sans rencontrer de terribles obstacles…

Et hélas, ceux qu’Annie Girardot a trouvés sur sa route ont été nombreux et l’ont beaucoup fait souffrir.

Comme si les réalisateurs sentaient de quel bois tendre était faite l’actrice, ils s’en sont souvent servi pour lui faire jouer le rôle de la femme martyre.

Celle qui prend des coups.

Un reflet de ce qu’elle vivait dans la vraie vie, ainsi que l’avait révélé sa fille, Giulia Salvatori, dans le livre La mémoire de ma mère, paru en 2007 aux éditions Michel Lafon.

La jeune femme y avait recueilli les paroles de son extraordinaire maman.

Jaloux

L’actrice évoquait un jour cette étrange période où, séparée de son mari, Renato Salvatori, les deux comédiens tournaient au même moment, dans la même région, deux films différents.

Près de Pontarlier, Annie tient le rôle principal dans Les feux de la Chandeleur, de Serge Korber.

Son ex, lui, joue dans Les granges brûlées, de Jean Chapot.

Les titres de ces œuvres évoquent le feu, la passion, la destruction…

On croirait que c’est le destin qui a placé là, à quelques kilomètres de distance, les deux artistes, chauds comme des braises.

D’autant que l’acteur tourne avec Alain Delon, un ami de longue date.

Ils se sont rencontrés sur le tournage de Rocco et ses frères, film à l’affiche duquel figurait aussi Girardot.

C’est d’ailleurs à cette époque que commença son histoire d’amour avec Renato.

La fille d’Annie précise que quelques semaines auparavant, son père, bien que vivant séparé de sa mère, avait déboulé d’Italie à l’improviste dans l’appartement que la comédienne occupait place des Vosges, à Paris, et avait
« tout cassé ».

Dans Les feux de la Chandeleur, Annie a comme partenaire Bernard Fresson, qui ne la laisse pas indifférente.

« Dès que je l’ai vu, en muscles et en os, je peux te dire que je me suis sentie toute bizarre », avait-elle confié à Giulia.

Séduite, bien que sentant le danger de la proximité de celui qui est toujours son mari, la comédienne succombe à son charme.

« J’ai aimé cet homme, peut-être encore plus que j’ai aimé ton père, lui avouera-t-elle. Il a failli me démolir, mais je crois que je l’aimerai toujours. »

Mais celui qui l’aime toujours, elle, c’est Renato, qui passe souvent en voisin sur le tournage pour la surveiller.

Suspicieux, très jaloux et violent, il est à mille lieues d’imaginer qu’elle vit une passion torride avec Bernard Fresson.

Quand Annie est sur le plateau, Renato, Fresson et Delon jouent au poker.

Mais dès que Renato tourne les talons, Annie fond dans les bras de Bernard.

Delon ne dit mot, mais enrage de savoir que son ami Renato est dupé.

Annie va jouer ensuite dans Traitement de choc, réalisé par Alain Jessua.

La comédienne y retrouve Alain Delon. Bernard Fresson ne joue pas dans le film, mais vit avec l’actrice dans la villa louée pour elle à Belle-Île.

Et une nouvelle fois, Renato débarque à l’improviste dans la maison !

Mais Annie a été prévenue. Elle a pu cacher, aidée par l’équipe du film, les affaires de Bernard !

Elle a eu chaud. Delon a tenu sa langue.

Mais quelques jours plus tard, lors d’une scène où il doit frapper sa partenaire, les sentiments qu’il retenait depuis si longtemps s’expriment.

Il lui balance une gifle magistrale !

Avec toute la violence  et le ressentiment que Delon éprouve à l’égard de celle qui trahit son ami Renato, il lui inflige un deuxième coup, puis un troisième !

Sur le plateau, tout le monde est figé, médusé.

Annie a bien compris que Delon a voulu régler ses comptes et venger Renato.

Des larmes de rage et de douleur brillent dans ses yeux, elle se jette sur lui et le roue de coups…

Le mot « Coupez ! » met un terme à cette scène épouvantable.

Mais longtemps, Annie sentira encore la trace de la main de Delon sur ses joues.

Oublier

Revivant ce terrible épisode de sa vie au moment où elle le racontait à sa fille, Annie avait ajouté : « Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai toujours pris des claques dans les films […]. Gabin m’en colle une dans Le rouge est mis. Robert Lamoureux me fout une torgnole dans L’amour est en jeu. Daniel Gélin me frappe encore dans La proie pour l’ombre, et plein d’autres encore. […] Même les femmes m’ont battue. Regarde Isabelle Huppert dans La pianiste… »

Mais ce que Girardot ne dit pas ici, c’est que les coups, elle les a surtout reçus loin des tournages.

Comme celui que lui a infligé Renato Salvatori, avec un cendrier, l’obligeant à se faire refaire la bouche.

On le sait, la formidable actrice, atteinte par la maladie d’Alzheimer, s’est peu à peu éteinte, jusqu’à disparaître le 28 février 2011.

Certes, elle aura vécu une existence exceptionnelle, aura été reconnue et aimée.

Mais la violence qui l’a accompagnée tout au long de sa vie a été telle qu’on se peut se demander si, avant de quitter ce monde, elle n’a surtout pas eu besoin d’oublier, et d’oublier encore.

Laurence PARIS

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