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Annie Grégorio : “J’adorerais incarner une serial killeuse !”

Publié le 12 mars 2018

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Avec près de 35 ans de carrière au compteur, Annie Grégorio continue gaiement de nous amuser tout en s’amusant.

Si parfois son nom nous échappe, on reconnaîtrait son visage entre mille. Abonnée aux seconds rôles, elle est cependant devenue incontournable, tant sur les planches qu’à la télévision.

Aujourd’hui, la comédienne de 60 ans nous régale sur la scène du Théâtre de Paris dans Comme à la maison, une comédie délirante de Bénédicte Fossey et Éric Romand. Une pièce que l’on vous recommande d’aller voir sans tarder.

France Dimanche : Comment êtes-vous arrivée dans cette folle aventure ?

Annie Grégorio : Grâce à Pierre Cassignard, le metteur en scène. Et j’en suis enchantée. Avec mes camarades, on forme une sacrée bande d’allumés ! En plus, j’adore mon personnage de Suzanne, à la fois dure et tellement drôle.

F.D. : Vous sentez-vous plus à l’aise dans des rôles comiques ou dramatiques ?

A.G. : Je pense que faire rire les gens est très compliqué, et ce travail n’est pas assez pris au sérieux parce qu’on rit, justement. J’aime ce type d’emploi, mais malgré ça, j’adorerais incarner une serial killeuse !

F.D. : Vous semblez toujours de bonne humeur…

A.G. : Comme tout le monde, j’ai des petits coups de mou, mais j’ai tellement envie d’aller bien que j’utilise la méthode Coué. J’aime trop la vie et les gens pour me laisser abattre. Sur les plateaux de tournage, on me dit souvent : «Toi Annie, tu vas toujours bien !» Mais, comment voulez-vous que ça aille mal ? On vient me chercher le matin, on me maquille, on me coiffe, on me désire et on me paie… Alors non, je ne vais pas faire la gueule ! Je suis tellement heureuse de faire ce métier, de tout ce qui m’arrive.

F.D. : Imaginiez-vous faire une telle carrière lorsque vous avez débuté il y a trente-cinq ans ?

A.G. : Non, bien sûr ! D’autant que ce n’était pas du tout prévu. À l’époque, on ne disait pas : «Tiens, je veux être comédienne !» Et les parents de répondre : «Mais quelle bonne idée !» Un jour, par hasard, j’ai rencontré Roger Louret, qui avait une petite troupe et qui m’a soufflé : «Toi, tu devrais faire ce métier.» Comme je m’emmerdais royalement en fac de lettres et de droit, que je ne savais pas du tout ce que je voulais faire, à part coiffeuse, ce qui ne plaisait pas vraiment à mes parents, je me suis lancée. Je leur ai dit que je voulais faire ce métier et, étonnamment, ils m’ont laissée faire. Ma sœur, de huit ans mon aînée, qui travaillait dans le secrétariat, m’a beaucoup soutenue.

F.D. : Vos parents avaient sans doute pressenti votre potentiel.

A.G. : Sûrement. Mon père, qui était très dur, avait été ému en me voyant sur scène et surtout en entendant la foule rire aux éclats. Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé, mais ce jour-là il a ouvert la porte à mon désir de comédie.

F.D. : Petite fille, étiez-vous à l’image de la femme que vous êtes devenue ?

A.G. : Oui, je crois. Mon père, qui avait beaucoup de qualités, était cependant, en bon macho espagnol, assez dur avec ses enfants. Du coup, on ne rigolait pas souvent à la maison. Alors j’essayais de détendre un peu l’atmosphère en faisant des blagues et des pitreries. Depuis toujours, j’aime rigoler, avec mes copains d’école, mes partenaires, mes amis… On rit de tout et de rien, comme des mômes. Voulez-vous connaître les deux leitmotivs dans ma vie ? Ne rien faire et rire ! Je préfère les gens de bonne humeur, même un peu fous d’ailleurs, aux personnes trop sérieuses. Ils me transmettent leur folie et ça me fait du bien.

F.D. : N’en avez-vous pas assez d’être éternellement abonnée aux seconds rôles ?

A.G. : Non, car c’est un emploi qui me va bien. Et puis, pour quelqu’un qui a commencé par un quatorzième rôle, arriver au second, c’est déjà énorme !

F.D. : Et cet accent chantant reconnaissable entre mille, vous l’entretenez ?

A.G. : De père espagnol et de mère italienne, je suis née par hasard dans le Lot-et-Garonne, d’où cet accent du Sud-Ouest. Mais, si les gens ne m’imitaient pas, je ne m’en rendrais pas compte, car je ne m’entends pas. Quelqu’un m’a dit un jour : «Il faut que tu le gardes cet accent, c’est ton identité !» Il fait partie de moi, et s’il m’empêche de jouer certains rôles, il m’en offre aussi de très beaux. Néanmoins, comme je vis à Paris depuis quarante ans, je le perds un peu. Quand je retourne dans ma famille, ils me disent : «Oh, tu parles pointu !» D’ailleurs, si vous écoutiez ma sœur, vous entendriez la différence !

Caroline BERGER