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Anouar Toubali : Nain, bègue et arabe !

Publié le 20 avril 2016

Rencontre avec le héros du grand succès cinématographique de l’année, Anouar Toubali, un jeune père de famille qui a su transformer ses différences en autant d’atouts…

Quand Anouar se balade dans le quartier Marie-Blanche, à Ris-Orangis (Essonne), dans la cité où il a grandi, rien ne semble avoir changé. Il a la même adresse, les mêmes potes, et les mêmes barres d’immeubles se dressent autour de lui. Chaque matin, sa journée commence dans son café préféré, chez Dias, situé dans le quartier pavillonnaire voisin.

Avec les gars du coin, autour d’une cigarette et d’un expresso, ça parle de tout et de rien, et ça s’emballe à propos du match diffusé la veille à la télé. Rien n’a changé. Rien, sauf les gamins qui l’interpellent lorsqu’ils l’aperçoivent : «Eh! Pattaya, Pattaya! Comment ça va?» Un brin gêné, mais quand même un peu fier, il leur fait un petit signe de la main.

Car même s’il ne le dit pas, Anouar Toubali est en train de devenir une star. À l’affiche de Pattaya depuis le 24 février, aux côtés de Gad Elmaleh et Ramzy Bédia notamment, le comédien de 29 ans vit un rêve éveillé. Pas moins de 1,6million de spectateurs ont déjà assisté aux aventures du trio qu’il forme à l’écran avec Malik Bentalha et Franck Gastambide, scénariste et réalisateur du film.

Comédie de Franck Gastambide Malik BENTALHA, Franck GASTAMBIDE, Anouar TOUBALI, Ramzy BEDIA Extrai

C’est d’ailleurs ce dernier qui a repéré Anouar quand il est venu passer le casting de son premier film, Les kaïra, sorti en 2012. Même s’il ne lui donne à l’époque qu’un tout petit rôle, Franck a un coup de cœur pour ce petit gars pas comme les autres, qui devient son ami. «Je l’ai peut-être inspiré, explique Anouar, et un soir il m’a appelé pour me dire qu’il avait écrit ce film pour moi, presque sur mesure.»

Car dans ce long-métrage, il interprète un nain bègue. Pas vraiment un rôle de composition donc, puisque c’est aussi le cas dans la vraie vie!

Atteint de nanisme à la naissance, ce fils d’un cuisinier et d’une aide-soignante s’est vu diagnostiquer un sévère trouble de la parole à 7 ans. «Et c’est de pire en pire», soupire-t-il. Mais ne comptez pas sur lui pour s’apitoyer sur son sort. Aussi courageux que combatif, Anouar n’a jamais accepté de subir ses handicaps.

Autant quand il apprenait la break dance que lorsqu’il faisait des animations dans des bars à chicha pour gagner sa vie, il a toujours tout donné pour réussir. «Je dois ça à mon éducation. Quand j’étais enfant, puis adolescent, mes parents n’ont rien changé pour moi. J’étais traité comme mes deux grands frères. Si je voulais attraper quelque chose qui était trop haut pour moi, il fallait que je me débrouille. Alors je prenais une chaise et c’était réglé. Je ne les en remercierai jamais assez, car c’est ce qui fait ma force aujourd’hui.»

Cependant, même si en famille aucun signe ne lui rappelle qu’il est différent, la vie va progressivement s’en charger. À commencer sur les terrains de foot, où ce fan du FC Barcelone s’adonne à sa grande passion. «J’avais une très bonne technique et j’étais très adroit devant le but, donc au début ça allait. Mais quand tout le monde a commencé à grandir sauf moi, c’est devenu trop difficile. Au niveau des contacts bien sûr, mais aussi parce que je ne peux pas courir vite…» Le plus dur commence lorsqu’il s’aperçoit que les filles ne veulent pas de lui. Il a beau être le bon copain, dès qu’il s’agit de conclure, c’est plus compliqué! «J’en étais arrivé à un point où je me demandais même si j’allais réussir à rencontrer quelqu’un et à fonder une famille. Car me mettre en couple avec une femme de ma taille, c’était hors de question, je ne pouvais pas le concevoir», confie-t-il.

Mais un beau jour, il croise enfin celle pour qui sa taille n’a pas d’importance, et c’est le coup de foudre. Marié religieusement depuis 2009, le couple a même eu le bonheur d’accueillir une petite fille prénommée Zaïneb, il y a 14 mois. «Avant moi, il n’y avait jamais eu de nain dans ma famille, donc je n’avais qu’une “chance” sur cinq cent mille de l’être.

En revanche, ma fille avait un risque sur deux! J’ai été inquiet pendant toute la grossesse de ma femme. Mais lors de la dernière échographie, au septième mois, on a eu la joie d’apprendre qu’elle serait de taille normale.»

Quant au regard des autres, Anouar a appris à vivre avec. Plus jeune, si quelqu’un avait le malheur de se moquer de lui, il pouvait vite l’insulter, voire devenir violent pour se faire respecter. Il n’a plus de temps à perdre désormais.

«Aujourd’hui, on me reconnaît de plus en plus dans la rue. Mais ça peut encore me blesser quand je me promène avec ma femme loin de mon quartier. La façon dont on nous regarde, parfois, c’est vraiment horrible… Quand ça arrive, je me dis que ceux qui se moquent ne sont que des minables. Moi je suis fier de ma famille, fier de mon film, et fier de moi! La plupart des gens n’accompliront jamais le quart de ce que j’ai fait…»

Et il n’a pas envie de s’arrêter là. Même s’il sait que ce sera dur, celui qui voulait devenir informaticien dans sa jeunesse rêve aujourd’hui d’une vraie carrière d’acteur. Il semblerait d’ailleurs que son compère, Franck Gastambide, ait un projet dans sa besace, où le comédien d’origine marocaine pourrait être de l’aventure! Mais rien n’est encore sûr…

D’ailleurs, pour l’instant, ses parents, ses frères, et même sa femme évoquent très rarement de sa carrière. «Ils m’en parlent très peu. Je ne sais pas trop pourquoi. Mais j’aimerais bien que ma femme s’y intéresse un peu plus. J’ai envie de l’impressionner… Et j’ai besoin qu’elle soit fière de moi», confie-t-il.

Si l’aventure continue, nul doute que son vœu sera exaucé. Car le petit Anouar pourrait bien devenir un grand acteur…

Florian ANSELME

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