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Anthony Hopkins : Le seigneur des plateaux !

Publié le 23 juin 2021

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Il vient d'obtenir un oscar à 83 ans pour “The Father” de Florian Zeller. Portrait d'Anthony Hopkins, un immortel de la pellicule à la carrière flamboyante.

Je suis capable de vous glacer le sang… C'est instinctif, presque animal… Si je fixe un chien, il finira par m'attaquer, car il se sentira en danger », déclare le magnétique Anthony Hopkins au Monde. Lorsque le terrifiant interprète du Silence des agneaux de Jonathan Demme revient sur ce rôle qui l'a propulsé sur le devant de la scène en 1991, il ne peut s'empêcher de se glisser dans la peau de cet Hannibal Lecter qui procurait bien du fil à retordre à la pauvre Jodie Foster. Une performance qui a donné la chair de poule à des générations de spectateurs et qui fut récompensée de l'Oscar du meilleur acteur.

Terrifiant ? Oui, il l'est assurément lorsqu'il fixe sans ciller son interlocu-teur de ses yeux bleu acier. Mais aussitôt après avoir joué les psychopathes, il se montre tel qu'en lui-même : charmant et charmeur. On pourrait le croire distant, insensible à la fureur du monde et des hommes, surtout depuis qu'il a décroché son deuxième Oscar pour The Father de Florian Zeller, il est tout l'inverse.

Un second Oscar couronne sa prestation dans The Father, qu'il considère comme « l'un de ses meilleurs films ».

L'angoissant Dr Hannibal Lecter aux goûts culinaires si particuliers et à l'intelligence diabolique du Silence des agneaux lui vaut sa première statuette.

Chaleureux, attentif à la personne qui lui fait face, humble même, touchant aussi, Anthony Hopkins, 83 ans, peut être tout et la seconde d'après, son contraire, sombrant dans un silence ombrageux, preuve que son génie d'acteur caméléon capable de se fondre dans une multitude de personnages peut aussi s'exprimer à la ville. Si ce seigneur des plateaux s'est construit une carrière impressionnante au cinéma, impossible d'imaginer qu'il soit devenu ce prodigieux acteur par hasard. Et pourtant… Comme il l'a avoué au Daily Mail en 2017, le Gallois naturalisé américain a embrassé la carrière de comédien parce qu'il n'était « pas très bon à l'école ». « Je n'avais pas non plus ce qu'il fallait pour être boulanger, comme mon père. Je voulais devenir musicien, mais je ne pensais pas être assez doué, donc je suis devenu acteur par défaut. » Et ça lui a plutôt bien réussi ! « J'étais en colère, un garçon instable et empli de rage, ce qui m'a propulsé en avant, ça m'a forcé à réfléchir à ce que je pouvais faire de différent. C'est comme ça que je me suis retrouvé sur scène par accident », confiait-il aussi.

À l'école, le petit Anthony ne se sent pas à sa place. Cet enfant unique, qui a vu le jour à Margam, dans la banlieue de Port Talbot, au fin fond du pays de Galles, préfère de loin dessiner ou jouer du piano plutôt que de plancher sur des problèmes de maths. Sa dyslexie n'arrange pas les choses, les dictées et autres dissertations ne sont pas plus son truc. Le cancre si dissipé semble si irrécupérable que ses parents décident de l'envoyer en pension, à la Jones' West Monmouth Boy's School à Pontypool puis à la Cowbridge Grammar School, dans le comté de Vale of Glamorgan. Deux institutions galloises réputées mais où règne une discipline de fer.

Des années cauchemardesques pour le jeune Hopkins : « J'étais nul à l'école, un vrai raté, un imbécile, révèlera-t-il en 2018 à la chaîne canadienne The Biography Channel. J'étais antisocial et je ne m'intéressais pas aux autres… » Cet élève atypique devient vite le souffre-douleur des autres pensionnaires. Ses camarades de classe le surnomment même « Mad Hopkins » (Hopkins le fou). Mais une rencontre va changer le cours de son destin. Il se trouve que la sœur d'un certain Richard Burton habite juste à côté de la famille Hopkins. Un jour, alors que le mari d'Elizabeth Taylor est de passage dans le coin, il fait la connaissance de ce jeune homme de 15 ans un peu étrange. Décelant chez ce rebelle un brin introverti un immense potentiel, l'acteur l'incite à s'inscrire au Royal Welsh College of Music & Drama à Cardiff afin d'y étudier l'art dramatique. Une révélation pour Hopkins qui a enfin trouvé sa voie. Il se lance ensuite dans le théâtre et fait des débuts remarqués en tant que doublure et remplaçant du grand Laurence Olivier…

Mais c'est au cinéma qu'il rêve de percer. En 1980, il décroche le rôle du Dr Frederick Treves dans Elephant Man de David Lynch. Puis, il est à l'affiche du Bounty aux côtés de Mel Gibson, avant de jouer dans 84 Charing Cross Road. Mais il n'a pas encore décroché LE rôle qui va faire de lui une star. C'est en interprétant un tueur en série cannibale qu'il va devenir l'un des acteurs britanniques les plus recherchés du cinéma : l'effrayant Dr Hannibal Lecter du Silence des agneaux en 1991, une interprétation magistrale qui lui apportera la gloire. Mais pas question de se contenter de faire peur ad vitam aeternam. Le voilà qui débarque ensuite là où on ne l'attendait pas : dans l'univers élégant et feutré du réalisateur anglais James Ivory. Dans Retour à Howards End (sorti en 1992), il campe un aristocrate racé, et se révèle bouleversant en domestique incapable de s'abandonner à l'amour dans Les Vestiges du jour, selon lui, sa « meilleure performance au cinéma ».

Dans la vraie vie, cet être torturé aurait-il trouvé le repos auprès d'une épouse aimante et attentionnée ? Ce n'est pas une, mais trois femmes auxquelles l'acteur magnétique a uni son destin. En 1966, il se marie avec Petronella Barker, une actrice qui lui a donné sa fille unique, Abigail, devenue comédienne et chanteuse et avec laquelle il est hélas en froid depuis vingt ans ! Mais Anthony fait face à un sérieux problème qui n'arrange pas son couple : un penchant immodéré pour la boisson qui le rend irascible. « Je n'ai pas été un bon mari ou un bon père », concède-t-il lui-même à propos de cette période de sa vie. Ils divorcent en 1972 lorsque l'acteur quitte Petronella pour une assistante de production, Jennifer Lynton, qu'il épouse l'année suivante.

Là encore, c'est mouvementé, et la séparation survient finalement en 2002. Mais se produit le miracle ! Anthony va enfin tomber sur celle qui va parvenir à faire de lui un agneau… Stella Arroyave, une antiquaire colombienne de dix-huit ans sa cadette, à qui l'acteur passe la bague au doigt en 2003, ne s'étonne guère des sautes d'humeur de son mari. Des troubles du comportement non pas dus à une consommation excessive à l'alcool – il ne boit plus une goutte depuis longtemps – mais au syndrome d'Asperger, une forme d'autisme qu'on lui a diagnostiqué sur le tard. « Je ne fais pas de soirée. Je n'ai pas beaucoup d'amis. Mais j'aime les gens, et surtout comprendre ce qu'il se passe dans leurs têtes », confiait-il en 2017 au Daily Mail.

Aujourd'hui, à 83 ans, cette légende vivante n'a pas l'intention de raccrocher. « Si j'arrête de travailler, je meurs », balance celui qui interprète un vieillard atteint de la maladie d'Alzheimer qui sombre dans la démence dans The Father. Ce rôle où il s'est révélé magistral a fait de lui le comédien le plus âgé à remporter l'Oscar du meilleur acteur. Il prouve, au contraire du personnage de Florian Zeller – qui a reçu lui aussi la précieuse statuette pour cette adaptation de sa pièce Le Père avec l'Oscar du meilleur scénario –, qu'il en a encore sous le pied. « Je sais où je vais, j'ai vécu si longtemps, je sais que la vie est fragile, j'ai beaucoup profité de la mienne, et je m'estime heureux d'être encore vivant… » a-t-il confié au Parisien avant de poursuivre : « Je ne contemple pas la mort pour autant, je trouve la vie si extraordinaire ! »

La preuve, il annonce d'un air triomphant qu'il a d'ores et déjà donné son accord pour trois longs métrages ! « Je vais tourner dans trois films, mais je n'ai pas le droit de vous en parler, a-t-il ainsi confié. Ça m'occupe bien : je fais de mon mieux pour apprendre tous ces dialogues en même temps ! » De là à décrocher très bientôt une autre récompense, il n'y a qu'un pas…

Valérie EDMOND

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