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Antoine : “Là-bas, on se sent à l’abri des tracas du reste du monde !”

Publié le 5 novembre 2016

Même si Antoine a visité plus de cent vingt pays, c’est toujours vers ces îles du Pacifique que le � chanteur-voyageur � revient. Pour la gentillesse des habitants et la beauté des paysages…

Après nous avoir fait vibrer au son de ses Élucubrations, cet amoureux des îles est heureux de nous faire voyager autour du globe. Son dernier ouvrage paru aux éditions Gallimard, Escales en Polynésie, est un vrai bijou, réalisé avec sa compagne Francette.

Antoine nous y invite à découvrir la beauté et la diversité de ses atolls préférés. De passage à Paris, nous l’avons rencontré, avant qu’il ne relève l’encre vers d’autres horizons. Confidences d’un aventurier des mers.

France Dimanche (F.D.) : Que trouvez-vous en Polynésie, qui n’existe pas ailleurs ?

Antoine (A.) : La liberté ! La Polynésie française n’est pas plus grande qu’un petit département, mais s’étend sur une surface plus grande que l’Europe ! Là-bas, on se sent à l’abri des tracas du reste du monde. L’insularité apporte cette forme de détachement. Peut-être pas dans les villes très occidentalisées, comme Papeete, mais partout ailleurs j’aime les gens, car ils prennent le temps d’être gentils, aimables. Bien sûr, ils ont leurs soucis, connaissent le chômage. Du coup, ils sont assez nombreux à retourner vers les îles, afin de renouer avec une vie plus simple, récolter le copra, pêcher. Beaucoup ont eu l’idée de faire découvrir les poissons, les baleines et les tortues plutôt que de les tuer. À Fakarava, où j’étais au mois d’août, les habitants se sont reconvertis en moniteurs de plongée, guides d’excursions, sans créer une industrie touristique, comme aux Baléares ou aux Canaries. Il règne là-bas une espèce de douceur vivre et une sensation d’isolement. J’adore la solitude et, quand je suis en Polynésie, c’est pour aller dans les îles les plus reculées. Quand Francette, ma compagne, me rejoint, on est très heureux de ne rencontrer personne durant des mois. Du coup, j’apprécie d’autant plus d’être à Paris, comme aujourd’hui, pour une petite tournée de promo. C’est amusant, mais je n’en ferais pas mon quotidien.

F.D. : Comment avez-vous contracté ce virus des voyages ?

A. : Enfant, j’étais déjà très solitaire. Ma famille changeait sans arrêt de pays et, à chaque fois, il fallait se refaire des copains, auxquels j’essayais de ne pas trop m’attacher, sachant que je les quitterais bientôt. En fait, je suis tombé dedans quand j’étais petit. D’ailleurs, la plupart de mes voyages, je les ai faits en solitaire. D’abord sur les routes d’Europe ; et lorsqu’à 25 ans, j’ai découvert le bateau, j’ai pris la mer ! Toujours seul, ce qui ne m’a pas empêché d’aimer rencontrer du monde partout où je m’arrêtais, mais je ne me serais pas vu partir en bande, ça ne me ressemblait pas.

F.D. : Parlez-nous de vos enfants.

A. : Alors ça, c’est une autre aventure ! J’ai eu trois enfants avec une femme dont la vie m’a ensuite séparé. Néanmoins, j’ai eu la chance de garder avec eux une relation extraordinaire. Ils sont nés à Tahiti, et je les voyais malheureusement peu. Mais quand ils sont venus faire leurs études à Paris, j’étais là, heureux de les avoir près de moi. Je pense qu’on a tous un peu souffert de cette situation. Gamin, j’avais vécu ces mêmes séparations, notamment les absences de mon père, malgré cela, j’ai toujours gardé d’excellents rapports avec lui, jusqu’à sa mort.

F.D. : Que font-ils ?

A. : Ils sont tous passionnés de voyages comme moi. L’aîné, Manea, 30 ans, est concepteur informaticien dans une grosse boîte de jeux vidéo à Montréal. Le deuxième, Teiki, 26 ans, est ingénieur en biologie et fait actuellement une spécialisation à Paris Dauphine. Et ma petite dernière, Vaimiti, 24 ans, passionnée de cuisine depuis toujours, a fait l’institut Paul Bocuse. Elle a travaillé au Bristol, où elle a rencontré son compagnon, qui n’était autre que son chef. Après un an en Australie, un autre à Bora-Bora, ils viennent tous les deux de signer dans un grand restaurant à Saint-Barth. Comme ils aiment aussi beaucoup le bateau, ils ont traversé le Pacifique avec moi, de la Nouvelle-Zélande à Tahiti.

F.D. : L’un d’eux vous a-t-il déjà fait la joie d’être grand-père ?

A. : Non pas encore, ce n’est pas prévu au programme. Ils ont tous des vies trop passionnantes pour le moment… Mais ça viendra bien !

F.D. : Votre compagne vous accompagne-t-elle dans vos expéditions ?

A. : Elle n’aime pas faire les grandes traversées, elle a le mal de mer ! Elle aime bien être à Paris aussi, passer du temps avec ses filles. Et même quand on est tous les deux ici, on ne vit pas dans le même appartement. Car je suis convaincu que les gens ne sont pas faits pour vivre ensemble, heure après heure, jour après jour, année après année.

F.D. : Existe-t-il encore un endroit que vous rêveriez de découvrir ?

A. : C’est difficile à dire, car j’ai visité plus de cent vingt pays sur les près de deux cents que compte notre planète. Je ne cherche d’ailleurs pas à tous les voir : même la Chine ne me fait pas rêver. Je cherche plutôt les endroits où l’on peut être libre. Tous ceux qui sont sous le joug d’une dictature ne m’intéressent pas. Les pôles non plus, car je crains le froid, Francette encore plus. Par contre, il y a plein d’endroits où j’aimerais retourner, comme à Cuba, avant que tout ne change, les îles Vierges, Porto Rico, la Jamaïque. Je rêve aussi d’emmener Francette à Sainte-Hélène, île magnifique où j’ai des souvenirs inoubliables.

Antoine livreF.D. : Lors de vos périples en solitaire, vous n’avez jamais eu peur ?

A. : La peur est toujours présente, c’est ce qui nous permet de rester attentifs. Comme dans Gravity [film sorti en 2013, ndlr], on est presque en orbite sur un bateau. Avec les moyens d’aujourd’hui, on peut communiquer, appeler à l’aide, mais personne ne viendra vous chercher au milieu de l’océan. Comme dans Alien, « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier ». Mais à part des avaries, je n’ai jamais eu de gros pépins. Je suis tombé à l’eau une fois à cause d’une fausse manœuvre, mais j’ai pu remonter à bord aussitôt, en m’agrippant à la voile qui était tombée en même temps que moi.

F.D. : Vous n’avez jamais le mal de mer ?

A. : Si, parfois, lorsque je redémarre après de longues escales en eaux calmes, mais c’est rare. Et rien à voir avec ce qu’endure Francette !

F.D. : Votre catamaran s’appelle Banana split et Lio en est la marraine…

A. : Oui, mes deux premiers bateaux étaient verts, et celui-là, que j’ai depuis vingt-sept ans, est jaune. En général, la plupart des bateaux sont blancs… Comme beaucoup de gens s’habillent en noir, je trouve ça d’un triste, on dirait qu’ils vont à un enterrement. Moi, j’aime la couleur ! Peut-être parce que j’ai toujours vécu dans des endroits colorés. Cependant, étudiant déjà, dès que j’arrivais dans une chambre ou un appart, je commençais par le repeindre avec des couleurs vives. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai tout de suite porté des chemises à fleurs. Donc j’ai peint mon bateau en jaune et lorsqu’il a fallu lui trouver un nom, j’ai trouvé Banana Split et j’ai proposé à Lio d’en être la marraine, ce qu’elle a accepté avec joie ! Mais elle ne l’a jamais vu. Sauf lors d’une émission de Drucker où nous étions tous les deux. Michel avait fait faire une grande reproduction de mon bateau, du coup Lio était montée sur celui-là. Ensemble, on avait ainsi fait un pot-pourri de Banana Split et des Élucubrations assez atomique !

F.D. : Sur votre bateau, vous chantez ?

A. : Oui, je chante, je danse, il y a beaucoup de musique sur mon bateau. Mais je n’ai aucune nostalgie du show-business, chanter pour gagner ma vie ne me tente plus. J’ai eu de bons moments, c’était plaisant, je l’ai fait de mon mieux pendant huit ans, mais parce que je savais, au fond, qu’après j’allais partir.

F.D. : Et si c’était à refaire ?

A. : Je ne changerais rien et referais tout pareil. Andy Warhol disait : « Chacun aura son quart d’heure de gloire. » Mais moi, j’en ai eu des dizaines de quarts d’heures de gloire !

Caroline Berger

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