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Aretha Franklin : Divine Diva de la soul !

Publié le 5 septembre 2018

Aretha Franklin s’est éteinte à 76 ans. Son incroyable voix à quatre octaves était entrée dans la légende de son vivant. Respect.

Depuis l’annonce de la nouvelle, l’Amérique est sous le choc.

L’immense Aretha Franklin s’est éteinte le 16 août, chez elle à Detroit, terrassée par un cancer du pancréas à l’âge de 76 ans.

Depuis, sur Twitter, les hommages affluent par milliers. Barack Obama salue la « divine » Aretha Franklin et Donald Trump évoque, lui, une « femme exceptionnelle ».

Pour une fois, l’actuel locataire de la Maison Blanche est d’accord avec son prédécesseur. Tout un symbole !

Depuis plusieurs années, la chanteuse luttait contre la maladie et lors de ses dernières apparitions publiques, elle était apparue très amaigrie.

Mais, pour rien au monde, elle n’aurait révélé la nature du mal qui la rongeait depuis 2010.

Trop fière, trop diva, trop légendaire pour penser à mourir sans doute…

Elle avait même pour projet d’ouvrir un petit club à Detroit, une boîte de nuit à
« Motor City » où elle pourrait chanter de temps en temps et faire venir des amis artistes.

Se lancer dans cette nouvelle aventure lui donnait la force de lutter.

Elle aurait aimé enregistrer un album qui devait être produit en partie par Stevie Wonder.

Alors quand le 13 août dernier, Evrod Cassimy, le présentateur du journal de la chaîne locale 4 de Detroit, a annoncé en exclusivité que la Reine de la soul souffrait d’un cancer en demandant à ses fans de prier pour elle, la nouvelle a fait l’effet d’une bombe.

Comment y croire ?

En février dernier, quand l’infatigable Aretha a annoncé vouloir arrêter la scène, tout le monde s’était dit qu’elle prenait une retraite bien méritée.

Avec 33 albums studios à son actif et plus de 75 millions de disques, l’artiste féminine ayant vendu le plus de vinyles dans le monde avait bien le droit de souffler un peu, non ?

On ignorait qu’elle se battait en secret depuis trop longtemps.

Hymne féministe

Incroyable parcours d’artiste et de femme que celui d’Aretha Franklin.

La diva voit le jour à Memphis, en 1942.

Avec un père pasteur et une mère chanteuse de gospel, sa route est toute tracée.

Entourée de ses deux sœurs et ses deux frères, elle fait ses débuts dans la chorale de papa, dans une église de Detroit, à 12 ans.

Avec sa voix à quatre octaves, aux capacités hors norme, la demoiselle est vite promue soliste.

Précoce en tout, elle accouche deux mois avant ses 13 ans, en janvier 1955, de son premier fils, Clarence, en l’honneur de son papa (qui avait lui-même eu son premier enfant à 13 ans !).

Le géniteur est un camarade de classe, Donald Burk.

Deux ans plus tard, Aretha donne à nouveau naissance à un garçon, Edward, fruit de sa relation avec Edward Jordan, un coureur de jupons.

L’adolescente se retrouve avec deux bébés à charge.

Un sérieux handicap pour faire carrière dans la musique.

Heureusement, sa grand-mère, Rachel, est là pour garder les petits, pendant qu’elle suit sur les routes son père pasteur.

Chez les Franklin, les grands noms du gospel et de la soul, comme Sam Cooke – avec qui elle a eu sa première histoire d’amour à 12 ans – et Dinah Washington, défilent.

Cela parfait l’éducation musicale de la jeune fille, qui ne tarde pas à être repérée par un producteur, et non des moindres.

Après avoir découvert Billie Holiday, John H. Hammond sent qu’il tient là un diamant brut et il lui fait signer son premier contrat chez Columbia Records en 1956.

Sa carrière est lancée mais ne décolle pas vraiment.

La croqueuse d’hommes en profite pour épouser son manager Ted White en 1961.

Elle est vite enceinte de lui et donne naissance à son troisième enfant en février 1964.

Mais son mari s’avère violent et, pour oublier, la chanteuse se réfugie dans l’alcool. 

Il lui reste la musique.

Aretha se met au rhythm and blues. Et ça paye !

En 1967, elle signe chez Atlantic Records, le label de Ray Charles. Et avec le hit
I Never Loved a Man, elle explose.

Mais c’est avec Respect, qu’elle va décrocher le statut de Reine de la soul.

En transformant la chanson d’Otis Redding en un hymne féministe, l’artiste cristallise la fierté de la communauté noire.

Couronnée par deux Grammy Awards (les premiers d’une série de dix-huit), la chanson devient le cinquième meilleur titre de tous les temps, selon le magazine Rolling Stone.

Les paroles, « Respect, juste un peu plus de respect », renvoient à sa propre histoire.

Celle d’une femme malmenée par un mari violent qui veut reprendre sa liberté.

Les larmes d’Obama

En 1968, elle est la deuxième personnalité afro-américaine la plus connue au monde, avec Martin Luther King.

Devenue une légende, elle en profite pour quitter Ted White et tombe sous le charme de Ken Cunningham, l’organisateur de ses tournées, qui lui donne en mars 1970 son quatrième et dernier enfant, Kecalf. Mais son couple ne dure pas.

Après plusieurs aventures, en avril 1978, la diva se marie pour la seconde fois dans l’église de son père, avec l’acteur Glynn Turman, la star du feuilleton Peyton Place.

En 1980, elle touche un nouveau public en apparaissant au cinéma dans la comédie musicale culte The Blues Brothers, où elle interprète son tube Think. Déguisée en serveuse, elle fait le show avec un sens aigu de l’autodérision.

Divorcée en 1984, elle enchaîne les duos avec les plus grands : Keith Richards, Elton John, James Brown, Whitney Houston.

Au fil des années, la divine icône n’avait rien perdu de sa superbe ni de son charisme.

Le 6 décembre 2015, en robe pailletée et manteau de fourrure, elle avait ému aux larmes Barack Obama lors de la 38e cérémonie des Kennedy Center Honors.

Au piano, face à une assemblée subjuguée, elle interprète A Natural Woman.

Touché en plein cœur, le président est bouleversé.

Il ne l’est pas moins aujourd’hui. La légendaire Reine de la soul n’a pas fini de faire couler des larmes…

Sophie MARION

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