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Aurore Auteuil : Mon père pleure dès qu’il me voit sur scène !

Publié le 17 juillet 2015

  Aurore Auteuil, l’aînée de  Daniel Auteuil, vit son premier festival d’Avignon comme comédienne. Un émouvant retour aux sources dans le fief historique de la famille.Aurore Auteuil, l’aînée de  Daniel Auteuil, vit son premier festival d’Avignon comme comédienne. Un émouvant retour aux sources dans le fief historique de la famille.

« Quel métier de chien ! » Assise à une terrasse d’Avignon par 40 degrés à l’ombre, Aurore Auteuil éclate de rire. Au bout d’à peine quatre jours, elle réalise que ce festival, c’est quasiment le bagne du théâtre !

« Je suis venue avec mes enfants, Manon (6 ans) et Roman (3 ans). Tous les jours, je me lève à 7 heures puis je vais distribuer des tracts avec ma fille. Elle dit : “Bonjour, venez voir ma mère !” Après, je fais les courses, je rentre, je leur fais à manger et je vais jouer. »

À 34 ans, la fille de Daniel Auteuil et de la comédienne Anne Jousset interprète sa pièce, Sahar & Jérémy, dans l’un des théâtres emblématiques de la ville, le Chêne noir. Un lieu qui, depuis quarante ans, a accueilli Laurent Terzieff, Jacques Weber, Léo Ferré, Richard Bohringer et même… Daniel Auteuil.

Applaudissements

« J’ai conscience de la chance que j’ai, sourit Aurore. Avignon, c’est la ville où a grandi mon père. C’est aussi celle où vivaient ses parents qui étaient chanteurs lyriques. » À la fin de son spectacle, elle rend hommage à cette prestigieuse lignée et dit son bonheur de jouer ici pour la première fois. Pourtant, cela faisait huit ans qu’elle n’avait pas mis les pieds dans la cité papale. « Depuis la mort de mes grands-parents, c’était trop difficile de venir… »

En juillet 1990, à 9 ans, elle vit l’un des plus beaux moments de sa vie. Cet été-là, son père triomphe dans Les fourberies de Scapin, joué dans la cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon. « À la fin de la représentation, il me faisait venir sur scène pour saluer avec lui. Je me souviens de la chaleur qui vous inonde avec les applaudissements… J’ai su à ce moment ce que c’était d’être aimée. »

Un jour, pourtant, l’Ugolin de Jean de Florette décide de la sevrer. « Il m’a dit : “Tu es trop grande maintenant pour saluer le public. Les applaudissements, ça se mérite.” » Curieux paradoxe de la part d’un papa qui ne voulait pas que sa fille soit comédienne ! « Il estimait que c’était un métier trop casse-gueule et voulait que je passe mon bac. » Du coup, Aurore le rate deux fois et s’inscrit à des cours de comédie !

De guerre lasse, Daniel la laisse faire mais se donne pour consigne de ne pas la pistonner. Hormis deux tout petits rôles dans 36 quai des Orfèvres et Le placard, Aurore Auteuil trace donc sa route seule. « Je la guide autant que je peux, confiera son géniteur au Parisien. Il faut à la fois ne pas être trop proche et ne pas trop l’inhiber. Son nom est déjà assez lourd à porter. »

Aurore Auteuil portrait« Avec le regard des autres sur mon hérédité, j’ai longtemps eu l’impression de ne pas être légitime, reconnaît Aurore. Mais je comprends que les gens en aient marre des “fils de” ». Très sensible, elle souffre de ces attaques. « Jeune, tout m’affectait », reconnaît-elle. Elle pense d’abord s’occuper des autres. « Quand mon père jouait Le huitième jour, j’ai sympathisé avec les trisomiques sur le plateau. Je voulais être éducatrice. »

Mais les gènes familiaux la rattrapent… Après une nomination au Molière de la révélation théâtrale en 2011, elle trouve sa singularité en écrivant sa propre pièce. Ce sera Sahar & Jérémy, ou la rencontre d’un garçon de café avec la jolie Sahar. Elle joue les deux rôles avec une force impressionnante. « Jimmy, mon mari et père de mes enfants, est garçon de café. Il commence à 6 h 30 et compte les pourboires. J’ai envie d’évoquer ceux dont on ne parle pas. »

Travail

Il faut dire que la comédienne n’a pas vraiment le profil de la fille dont le père gagne 1,5 million d’euros par film. « J’habite un petit appartement dans le XIVe arrondissement de Paris. Nous sommes quatre dans 48 mètres carrés. On voudrait un troisième enfant mais c’est trop petit. Pourtant, ça me va très bien : mon père m’a élevée dans le goût du travail. »

Retenu par un tournage, Daniel ne pourra pas la voir jouer à Avignon. « Mais à Paris [où la pièce s’est jouée l’an dernier, ndlr], il venait un soir sur deux en se glissant discrètement dans la salle. Il pleurait dès qu’il me voyait sur scène ! »

Bien que très pris, l’acteur est aussi un grand-père aimant pour ses petits-enfants, Manon et Roman. Ils jouent avec Zachary, fils que Daniel a eu en 2009 avec Aude Ambroggi, son épouse plasticienne. « Ils le voient plus comme un cousin que comme leur oncle », rigole Aurore.

Aujourd’hui, la jeune fille hypersensible est devenue une femme épanouie. Saluée par la critique pour Sahar & Jérémy, Aurore Auteuil pense à son prochain spectacle, tout en caressant un vieux rêve : « J’adorerais écrire un “seul en scène” pour mon père. »

Benoît Franquebalme

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