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Benoît Magimel : Il veut s’en sortir

Publié le 26 octobre 2017

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À nouveau  condamné, Benoît Magimel, cet écorché vif, 
si attachant, lutte contre son addiction à la drogue.

Une inexorable descente aux enfers entrecoupée d’espoirs fugaces, tel est, semble-t-il, le parcours chaotique et douloureux de Benoît Magimel au cours de ces dernières années. Des déboires judiciaires qui 
ont envoyé cet écorché vif plusieurs fois derrière les barreaux depuis 2014.

Cette année-là, l’acteur, au volant d’une voiture, avait été pris en flagrant délit de conduite sous l’emprise de la drogue. En mars 2016, encore sous l’influence de stupéfiants, le comédien, dont le permis n’était plus valide, avait renversé une dame de 62 ans en faisant une marche arrière.

->Voir aussi - Benoît Magimel : Sa descente aux enfers continue

Dans la nuit du 17 au 18 septembre dernier, nouvelle rencontre désagréable avec la police, que nous avons évoquée il y a quinze jours. Cette fois, l’acteur emprunte un sens interdit, une grave infraction au Code de la route qui lui vaut d’être interpellé par les agents de la BAC (Brigade anticriminalité). Ces derniers découvrent dans son véhicule des sachets de cocaïne et d’héroïne.

Bien que les tests salivaires effectués sur l’acteur de 
43 ans n’aient pas révélé qu’il en avait consommé, le récidiviste admet avoir prévu d’en acheter à l’homme qui se trouvait avec lui lors de son arrestation…

Autant de tourments successifs qui n’ont pas manqué de faire la une des journaux, présentant Benoît Magimel sous la seule facette de ses différents démêlés avec la justice, de ses diverses condamnations et de son addiction à la drogue…

Cures

Mais derrière cette souffrance évidente, cette image écornée d’un être meurtri ployant sous le joug de ses démons, il y a un homme doté d’un immense talent, continuant malgré tout à tourner avec les plus grands réalisateurs. Il y a surtout un être humain qui, désormais, est bien décidé à sortir de l’ornière dans laquelle il s’est enferré.

Le comédien, que l’on a pu voir, le 19 septembre, regagner son domicile parisien après sa garde à vue, méconnaissable dans une combinaison kaki informe, le visage bouffi sous une casquette à large visière, s’est confié à son avocat, Me Garbarini.

Comme ce dernier l’a expliqué dans l’émission 50 mn Inside, sur TF1, le 24 septembre : « Il me l’a dit en sortant du tribunal, entre deux souffles et deux émotions qu’il avait du mal à contenir : “Je vais y arriver.” C’est très touchant, ça émeut vraiment parce qu’on sent que ça vient de loin », a expliqué l’homme de loi. Et d’ajouter : « Il a entrepris plusieurs cures pour mettre fin à tout cela. Elles ont plus ou moins marché, mais ça va de mieux en mieux. Ce combat n’est pas gagné d’avance, parfois il met un genou à terre, et c’est ce genou à terre qui a été jugé récemment… »

Comment parvenir à éviter les faux pas, comment ne pas être fragilisé dans sa chair, lorsqu’on devient une star du cinéma, du jour au lendemain, à tout juste 13 ans ? En 1988, c’est La vie est un long fleuve tranquille, film culte d’Étienne Chatiliez, qui propulse le petit Benoît dans un monde féerique, bien loin de son quotidien…

Avec son naturel, sa beauté, sa gouaille, son franc-parler, l’enfant séduit le réalisateur au-delà de ses espérances. Le rôle du malicieux et inoubliable Momo lui va comme un gant : « Il était venu de sa propre initiative et son autonomie m’a impressionné, a expliqué le cinéaste. On sentait déjà qu’il avait la graine d’un futur comédien. »

Sincère

Le garçon, élevé avec sa sœur par sa mère infirmière, passait alors tout son temps dehors : « Je connais bien la rue et je me sens bien plus proche des Groseille que des Le Quesnoy », a confié Magimel. Livré à lui-même, l’adolescent fait alors les 400 coups dans la capitale : « Quand t’as pas beaucoup d’argent et que t’essaies de t’en sortir, tu deviens un peu filou, a encore raconté l’acteur dans les colonnes du magazine Néon. Quand tu es blond aux yeux bleus, c’est plus facile pour aller voler les bombes de peinture… Mes potes m’utilisaient pour faire diversion […]. Je vivais pleinement ma jeunesse sans avoir peur de rien. »

Est-ce cette poussée d’adrénaline, ce vertige de la transgression, expérimentés durant cette enfance houleuse, qu’a voulu retrouver le comédien en sombrant dans la drogue ? Ce serait sans doute une réponse trop facile, trop évidente. Ce n’est en tout cas pas la seule…

L’artiste, qui a abandonné l’école à 16 ans pour se consacrer entièrement à sa carrière, a tout donné au cinéma, sa chair et son âme, enchaînant les films avec passion. Mais celui qui a obtenu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2001, pour La pianiste, de Michael Haneke, a traversé des périodes difficiles, des passages à vide, comme ce rendez-vous raté avec L’instinct de mort, dont le premier rôle sera finalement attribué à Vincent Cassel qui, en 2009, recevra le César du meilleur acteur.

« Il a refusé de jouer Mesrine, je crois qu’il se sentait trop jeune. Benoît veut donner le meilleur au spectateur, et là il ne sentait pas qu’il pouvait y arriver », a confié son ami Florent Emilio Siri. Ce dernier, qui l’a beaucoup fait tourner, notamment dans la série Marseille dont la deuxième saison est actuellement diffusée sur Netflix, ajoute : « Sa vie, c’est le cinéma. »

Le réalisateur, qui ne l’a jamais laissé tomber, a ajouté, dans l’émission présentée par Nikos Aliagas : « Il est très aimé par plein de gens, par la profession, les acteurs, il a plein d’amis sincères, parce que lui est sincère, bienveillant. » Ce que ne démentira pas un proche, qui a expliqué dans Paris Match en 2016 : « Il est respectueux, humble, 
généreux, il n’a jamais eu la grosse tête. Quand il s’agit de signer des autographes ou de poser pour une photo, il accepte toujours. C’est un mec super drôle, gentil. Mais il a des moments où il retombe. »

Celui qui, durant trente ans, a incarné plus d’une soixantaine de rôles aux côtés d’icônes comme Catherine Deneuve ou Juliette Binoche, qui fut sa compagne et qui lui a donné une fille âgée aujourd’hui de 18 ans, celui qui, le 1er novembre, sera à l’affiche de Carbone, un film d’Olivier Marchal, est donc, pour son malheur, « retombé ».

Mais cet extraordinaire comédien Benoît Magimel n’a pas dit sa dernière réplique. Loin de là… « Depuis longtemps, j’essaie d’être quelqu’un de bien, avouait-il récemment. C’est très dur. »

Clara Margaux