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Benoît Poelvoorde : “Mourir est le plus beau cadeau que m’ait fait mon père”

Publié le 9 janvier 2015

L’acteur, Benoît Poelvoorde, garde un souvenir exécrable de celui qui n’a jamais su l’aimer.

Depuis ses débuts fracassants dans l’univers du septième art en 1992 avec le très corrosif C’est arrivé près de chez vous, le comédien belge Benoît Poelvoorde n’a cessé d’enchaîner les succès. Irrésistible de drôlerie dans Les randonneurs, Le boulet, Rien à déclarer ou, plus récemment, Les rayures du zèbre, il a très vite été catalogué comme le joyeux drille de service, et semble du coup abonné aux rôles comiques.

Mais, on ne le sait que trop bien, derrière le masque des clowns se cache bien souvent une douloureuse blessure, qui ne pourra jamais vraiment cicatriser. « Seul chez moi, je suis ordinaire, ennuyeux, pas drôle », confie d’ailleurs l’acteur. Le rire est donc chez lui, comme chez bien d’autres, une sorte de carapace, le meilleur moyen de dissimuler un certain mal-être, une souffrance qui le ronge depuis l’enfance.

Une enfance que l’on imagine meurtrie par la mort prématurée de son père, alors que le jeune garçon est âgé d’à peine 12 ans. « Ça a été bizarre, explique-t-il. Pour la première fois, j’ai été confronté à la mort, et j’ai compris : c’est ça mourir. »

Alcoolique

Mais ce mois-ci, dans les colonnes du magazine Psychologies, le trublion du grand écran, qui a fêté ses 50 ans, fait, au sujet de cette disparition, une étonnante confession. « Mourir, comme on le dit, ma mère et moi, ça a été le plus beau cadeau que mon père ait pu me faire, puisque ça m’a permis d’avoir une bourse d’études. Ce n’est pas du cynisme, croyez-moi : à part mourir, mon père n’a jamais fait beaucoup pour moi. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il se sentait très proche de Jacqueline, sa mère. Le petit garçon n’avait aucun atome crochu avec son père, qui exerçait la profession de chauffeur routier. « Quand il venait me chercher à l’école en camion, j’avais honte, se souvient l’acteur. Il n’en fichait pas lourd, jamais là, dépensant l’argent à faire des folies, s’acheter des Triumph. »

Pour couronner le tout, l’homme est alcoolique. Lassée de partager la vie d’un aussi piètre mari, sa mère décide un beau jour de quitter la maison, ses enfants sous le bras. Cependant, ne pouvant subvenir aux besoins des siens avec ses maigres revenus de commerçante, la pauvre femme est contrainte de se séparer de ses fils.

À tout juste 5 ans, Benoît est alors placé en famille d’accueil, expérience dont il garde un souvenir horrible. « Des gens sans enfant qui me gavaient de lait parce que j’étais rachitique. » Le gamin est ensuite ballotté entre orphelinats, internats et pensions. Bref, l’acteur n’a jamais grandi avec, à ses côtés, une figure de l’autorité à laquelle il aurait pu s’identifier.

Poelvoorde profilPlouc

Du coup, le jour où, au volant d’un de ses bolides, son père disparaît dans un tragique accident de la route, Benoît aura bien du mal à regretter son défunt papa, qu’il aurait tant aimé admirer. « Il me reste une seule image de l’enterrement, avoue-t-il, c’est d’avoir joué au football contre un mur avec mon frère. On faisait attention à ne pas salir nos vêtements noirs. Le reste, je ne m’en souviens pas du tout. Mon cerveau a zappé. »

Ce presque inconnu lui aura quand même rendu service au moins une fois : en 1999, pour interpréter un père plouc et maladroit dans Les convoyeurs attendent, Benoît avoue s’être inspiré du sien. « Quelqu’un qui gueulait beaucoup et dont la tendresse ne savait jamais s’exprimer, a-t-il expliqué dans Paris Match. C’est pour cela que j’ai tenu à jouer ce rôle : j’ai reconnu cet homme qui ne pouvait pas prononcer les deux mots les plus difficiles à dire : “je t’aime” et “pardon”. »

Et c’est parce qu’il a terriblement manqué d’un modèle paternel que Benoît reconnaît, toujours dans Psychologies, avoir « un rapport à la virilité amicale et à l’autorité très intrigant. Je suis fidèle en amitié et tous mes amis sont des personnages forts, virils et compétents ».

Cette même absence explique sans doute aussi que l’acteur ne désire surtout pas avoir d’enfant. « Je ne veux pas fonder de famille. Je suis incapable d’assumer la paternité, de peur de transmettre à un enfant mes effrois. »

Et si, en vingt-deux ans de vie commune, sa compagne Coralie n’a pas réussi à le faire changer d’avis, peut-être la belle Chiara Mastroianni, son nouvel amour, y parviendra-t-elle ?

Laura Valmont

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