France Dimanche > Actualités > Bernadette Chirac : Elle voulait interner son mari !

Actualités

Bernadette Chirac : Elle voulait interner son mari !

Publié le 6 février 2015

Quand une épouse, Bernadette Chirac, a longtemps été humiliée publiquement, bafouée par son époux, Jacques Chirac, ses� représailles peuvent être terribles, surtout si le mari est aujourd’hui diminué et à sa merci…

Et si toutes les images que nous avons de Bernadette Chirac étaient fausses ? Ou, en tout cas, tronquées ? Certains la voient comme une pauvre victime de son illustre mari, bafouée et silencieuse ; d’autres vous la dépeindront sous les traits d’un monstre froid, cassant, autoritaire et volontiers un peu snob : et si cette femme était en réalité beaucoup plus complexe que cela, plus subtile surtout ?

C’est en majeure partie ce qui ressort du livre* que vient de publier Béatrice Gurrey, grand reporter au journal Le Monde depuis près d’un quart de siècle, qui a suivi Jacques Chirac du temps de ses deux présidences et n’a jamais perdu le contact avec lui, après.

Victime ? Bernadette l’a sans doute été, oui. Et en particulier des infidélités de Jacques, dont d’ailleurs elle n’était nullement la dupe. En témoigne cette anecdote, rapportée par Béatrice Gurrey, racontant un déjeuner qui, en mars 2012, réunit le couple Chirac et un ami. Soudain, Bernadette se lance : « Quand je me suis mariée, j’avais trois objectifs. Je voulais un homme riche : raté. Je voulais un homme du même milieu social que moi : raté… » L’ami enchaîne : « Vous vouliez un mari fidèle… », et Bernadette, imperturbable, de conclure : « Encore raté ! » L’affaire est donc entendue.

Requin

Au chapitre des petites humiliations endurées sans jamais se plaindre, il y a cette scène, souvent répétée, et dont de nombreux visiteurs, de la mairie de Paris puis de l’Élysée, ont été les témoins un peu gênés : celle de l’épouse trottinant derrière son mari en essayant de lui faire dire s’il comptait dîner à la maison ou pas. Et Chirac de lui répondre, sans même se retourner : « Bernadette, vous m’emmerdez ! » Ou bien il lui assène sans précaution ceci : « Vous ratez tout et vous faites tout rater aux autres ! » Et lorsqu’il est réélu à la présidence, en 2002, avec 82 % des suffrages, il la remercie pour le « demi-point que vous m’avez fait gagner ».

Ces couleuvres que Bernadette a dû avaler ne lui venaient d’ailleurs pas toutes de son mari : sa fille, Claude, lui en a aussi fait ingurgiter quelques-unes. Ainsi, toujours en 2002, lorsque le directeur de campagne de Chirac demande à Claude quel rôle va jouer sa mère, il s’entend répondre : « Oh, de toute façon, elle n’est pas dans le coup. » Charmant…

D’autant que la jeune femme a déjà été la source d’une grande déception pour sa mère. Rêvant pour sa fille d’un beau parti, Bernadette a désiré, durant des années, la voir se marier avec le fils héritier de Rainier de Monaco ! Hélas, à chaque fois qu’elle abordait le sujet, Claude pleurnichait : « Mais je ne veux pas épouser Albert ! »

Bernadette et JacquesMais Bernadette, comme toute médaille qui se respecte, a deux faces. La vieille dame désuète que présentaient à une époque Les Guignols de Canal + se double d’une véritable « dame de fer », pour ne pas dire un tyran ! Si ce personnage-là a toujours existé, dans l’ombre, il s’est pleinement révélé après l’accident vasculaire cérébral qui a terrassé le président en 2005, et encore davantage depuis sa retraite, deux ans plus tard.

Ancienne « plume » de Chirac, Christine Albanel trace le portrait de l’ex-première dame : « C’est la reine. La personnalité la plus forte, la plus originale, la plus mondaine, la plus mordante, la plus snob, la plus simple. Elle fait des trucs incroyables. » Diable !

Quant à Béatrice Gurrey, elle n’est pas près d’oublier ce jour de 2003 où, lors d’une inauguration, Bernadette Chirac s’est retournée vers elle pour lui lancer : « Je vous préviens, je suis un requin ! » Voilà qui cadre mal avec l’image de la gentille vieille dame, vivotant dans l’ombre de son mari !

Gentille, Bernadette ? Écoutons un ancien ministre : « Elle est d’une méchanceté ! Sa tactique, pour créer un rapport de force, dans un salon, dans une réunion, était toujours la même : elle se débrouillait pour dire bonjour à une personne sur trois et passait devant quelques infortunés sans les saluer. Les types n’en dormaient pas pendant une semaine ! »

Inflexible

Mais c’est surtout l’ancien président qui, retraité et diminué par la maladie, subit le poids de son inflexible autorité, et peut-être bien de sa vengeance, pour les humiliations endurées durant ses années de splendeur ! Dans les dîners mondains, où elle se rend désormais seule, si on lui demande des nouvelles de Jacques, Bernadette Chirac, glaciale, répond parfois : « Il garde le chien ! »

La tension atteint son comble en 2012, lorsque Jacques Chirac déclare publiquement qu’il a l’intention de voter contre Nicolas Sarkozy et pour François Hollande ! Cette fois, Bernadette voit rouge… ou plutôt rose ! Elle décide que son mari votera par procuration, pour le maintenir loin des journalistes.

Et elle ira jusqu’à affirmer avoir glissé dans l’urne un bulletin contraire au mandat signé par son époux. « Dans ma famille, dit-elle dans les dîners mondains, ils ont tous voté Hollande. Sauf Jacques, mais il ne le sait pas. » Pire encore, selon Le Point, elle a cherché à le placer dans une institution spécialisée, affirmant : « Ce type a gâché ma vie. »

Bernadette livreEt Bernadette savoure le fait qu’elle est toujours active, contrairement à Jacques. Sur RTL, elle lance : « Mon mari, je me garde bien de parler politique avec lui. Il est en retraite, je vous signale. Il n’en fait plus. Tandis que moi, je suis conseillère générale de Corrèze. »

Avec son Jacques désormais dans l’ombre, Bernadette Chirac est en pleine lumière et a pris les rênes de l’étrange attelage qu’est leur couple depuis près de soixante ans : c’est l’éclatante revanche de Bernadette Chodron de Courcel sur les Chirac.

* Les Chirac – Les secrets du clan, de Béatrice Gurrey, aux éditions Robert Laffont, 18,50 €.

Pierre-Marie Elstir

À découvrir