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Bernadette Chirac : Les bouleversants secrets d’une première dame !

Publié le 24 mars 2019

Bernadette Chirac, modèle de discrétion et d’abnégation livre des facettes inédites de sa personnalité dans le livre du journaliste Erwan L’Éléouet.

Pour elle, l’heure du bilan a sonné. Celle qui s’était jusqu’à présent toujours refusée à livrer en public ses joies et ses souffrances, après plus de six décennies passées au côté de l’ancien président de la République rencontré sur les bancs de Sciences-Po, a décidé de se raconter pour la première fois. Et c’est le journaliste Erwan L’Éléouet qui a joué le rôle du confesseur, nous faisant découvrir dans Bernadette Chirac les secrets d’une conquête (éd. Fayard) une femme pudique et bien plus complexe que des portraits brossés à la hâte ne le laissaient imaginer. Une personnalité loin de l’image de la jeune femme soumise qui a interrompu ses études en 1953 pour se fiancer à un homme dont son père ne voulait pas entendre parler.

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Laurence, sa blessure intime

Existe-t-il une pire épreuve pour une mère que de perdre sa fille ? Peut-être… La voir souffrir et s’éteindre après une longue agonie, après avoir tout essayé sans jamais réussir à la sortir de la spirale infernale dans laquelle elle était emportée. Le calvaire de son aînée, Laurence, née en 1958, commence lorsqu’elle se plaint d’un mal de crâne après une régate à Porto-Vecchio. La jeune fille, âgée de 15 ans, est rapatriée d’urgence en hélicoptère à Paris et est admise à la Pitié-Salpêtrière où le diagnostic tombe : méningite. « Je couchais par terre à côté d’elle, se souvient sa mère dans son autobiographie. C’était mon enfant, elle avait mal. Et c’est le départ de tout. À la suite de cette maladie, elle a souffert d’une anorexie mentale très grave. »

Laurence, dont le poids descendra jusqu’à 27 kg, veut en finir avec la vie, et le 13 avril 1990, profitant d’un instant d’inattention de sa garde-malade, se défenestre. Ses parents, en vacances en Thaïlande, rentrent en France, craignant de ne plus la revoir vivante. Mais leur fille se remettra de la première de ses neuf tentatives de suicide, malgré un traumatisme crânien et de nombreuses fractures.

Tous les efforts de Bernadette et Jacques ne serviront à rien pour la sauver, jusqu’à ce 14 avril 2016 où, épuisée par les interventions chirurgicales, la consommation d’antidépresseurs et ses deux paquets de cigarettes quotidiens, Laurence, 58 ans, rend son dernier souffle à l’hôpital Necker, après quarante années de martyre. Il ne s’agit certes pas d’une surprise pour sa mère, mais le traumatisme est terrible. Et elle hésitera avant de mettre Jacques au courant de la mort de son enfant, craignant qu’il ne soit trop fragilisé par sa maladie et ses problèmes de mémoire.

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Bataille pour un château

En 1969, Jacques Chirac charge son épouse d’une mission : trouver une demeure en Corrèze pour renforcer leur lien avec une région où lui-même a entamé son irrésistible ascension politique, et dont le jeune secrétaire d’État du gouvernement Couve de Murville est conseiller général dans le canton de Meymac. Avec son père, Jean, Bernadette sillonne donc les routes en quête du lieu idéal et, parvenue aux abords du plateau de Millevaches, à Sarran, passe devant une grille et une allée bordée d’arbres menant à un château dont le soleil hivernal fait briller le quartz des pierres. « C’est ce que je veux ! », s’exclame-t-elle. La neige cache l’état de ce bâtiment historique, construit au xvie siècle et rénové deux cents ans plus tard.

De sérieux travaux s’imposent, mais le couple est sous le charme, et la vente conclue en moins de trois semaines. Pour 200 000 francs, les Chirac s’offrent 2 000 mètres carrés de bâtiments. Un mois après cette acquisition, le château est classé monument historique, alors que le dossier traînait depuis cinq ans. Du coup, Jacques et Bernadette vont pouvoir percevoir de subventions publiques pour restaurer leur nouvelle propriété.

La ficelle, un peu grosse, est révélée dans Le Canard enchaîné en 1972, ce qui va valoir au membre du gouvernement une sévère remontée de bretelles par Georges Pompidou. « Quand on veut faire de la politique, il ne faut pas avoir de château, sauf s’il est dans la famille depuis Louis XV, et encore… », lui assène le président de la République, dont la colère s’apaisera cependant très vite. Le chef de l’État n’obligera pas le jeune loup à se débarrasser de son imposante demeure.


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L’heure de l’émancipation

Bernadette a beau avoir lié son destin à celui de son Jacques, dont la seule taille suffirait à lui faire de l’ombre, elle veut aussi exister par elle-même. Elle commence sa révolution en se faisant élire conseillère municipale de Sarran, pour souligner son attachement à la Corrèze.

Mais cela ne lui suffit pas. L’achat de Bity lui a redonné le goût des vieilles pierres et réveillé ses souvenirs d’enfance, quand elle s’appelait encore Chodron de Courcel. Aussi, un matin, prévient-elle son homme : « Je veux reprendre mes études. » En l’entendant, Jacques se prend la tête entre les mains, stupéfait : « Vous serez fouettée cul nul sur le campus. Vous allez nuire à ma carrière et le président Pompidou sera fou de rage ! » Cela n’empêchera pas sa chère et tendre d’aller au bout de son projet, en passant une licence d’archéologie à Paris-I, sans subir la moindre fessée…

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La dompteuse de l’Élysée

« Bernie », au contraire de la plupart des autres premières dames, s’est épanouie dans la résidence réservée aux chefs de l’État, sur laquelle elle a régné pendant douze ans. Et si rien n’échappait à son œil de lynx, il était un domaine tout spécialement réservé à madame Chirac : l’arbre de Noël de l’Élysée, dont elle régissait le spectacle. Et son penchant pour les animaux n’était pas sans risque.

Ainsi, en 1998, juste après la victoire de la France à la Coupe du monde de football, avait-elle prévu qu’un éléphant shoote dans un ballon, tandis que toute la salle des fêtes du palais reprendrait le « et un, et deux, et trois zéro ! » cher aux supporters des Bleus. Le jour J, le pachyderme s’est exécuté avec une telle énergie qu’un lustre a tremblé et qu’un couteau en cristal de Baccarat s’est détaché, se plantant dans le plancher…

Une autre année, Bernadette a tenu à offrir des steaks à des tigres, pourtant déjà choyés par leur dresseur. Mais la maîtresse de maison insista : « Ce n’est pas si souvent qu’on a des tigres ici. Je tiens à ce qu’ils soient bien nourris. » Dans ce bestiaire élyséen, un seul animal lui inspira de la crainte : le crocodile. Elle était persuadée que l’un des reptiles s’offrirait un enfant pour son repas de réveillon. Du coup, le plus gros spécimen fut placé au fond de la salle, loin des jeunes et appétissants invités…

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Un mari volage

Jacques Chirac avait un sens très personnel de la fidélité. Ce séducteur a eu de nombreuses aventures, au grand dam de sa moitié qui devait supporter en silence ces nombreux coups de canif dans leur contrat de mariage. Mais son histoire avec une journaliste a provoqué une véritable crise conjugale. 

Nous sommes en 1975 et le nouveau Premier ministre croise la route d’une journaliste du Figaro, Jacqueline C., lors d’un déplacement en province. La jeune femme de 35 ans, fille de militant communiste, ne partage pas du tout la ligne éditoriale du quotidien qui l’emploie, ni celle du tombeur qui la met au défi de partager avec lui une tête de veau lors d’un déjeuner. Un challenge qu’elle relève haut la main, tandis que Jacques, captivé par son regard, en oublie son plat favori qui refroidit dans son assiette. Le voilà amoureux comme un collégien, ne cessant plus de faire des allers et retours entre ses bureaux de la rue de Varenne, et un immeuble de la rive droite où sa maîtresse vient le rejoindre. Il organise même un voyage en Guyane pour le seul plaisir de se retrouver avec elle. Bien sûr, Bernadette n’est pas dupe, et c’est une bataille qui s’engage entre les deux femmes, lesquelles accompagneront toutes deux Jacques lors d’un déplacement officiel en Inde.

C’est l’éminence grise du Premier ministre, Marie-France Garaud, qui, craignant un divorce, convoque la journaliste et lui explique : « Il faut que vous vous sépariez de Jacques Chirac, dans l’intérêt de la France. » La « favorite » finit par obéir. Bernadette a triomphé de l’adversité, mais comme l’explique sa fille Claude : « Je pense que ma mère n’a pas toujours été heureuse. Parfois même, elle en a bavé. »

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Loin du monde

En juin 2017, Béatrice de Andia, amie des Chirac depuis leur rencontre à Sciences-Po, leur rend visite dans l’hôtel particulier de la rue de Tournon, à deux pas du Luxembourg, prêté par un autre proche, le milliardaire François Pinault. « Ah Béatrice ! », s’exclame la maîtresse de maison, ravie. Jacques la reconnaît d’emblée.

L’invitée, de son côté, est surprise de voir sa vieille camarade dans un survêtement sombre à la place de son éternel tailleur, et de la coupe courte – sans doute liée au traitement de sa maladie – qui s’est substituée à son casque blond réglementaire. Diminuée, celle qui reste malgré tout présidente de la Fondation Claude-Pompidou et de celle des Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France est désormais placée sous la bienveillante et étroite surveillance de sa fille Claude – avec qui elle a longtemps entretenu des rapports conflictuels – et de son gendre, Frédéric Salat-Baroux, ancien secrétaire général de l’Élysée. Heureuses d’être ensemble, les deux copines de toujours bavardent devant un thé.

Au fil de la conversation, Bernadette lui glisse : « Tu sais, j’ai beaucoup travaillé pour mon mari. » « Je sais et je peux même dire que tu lui as apporté un électorat », répond son amie. « Béatrice, as-tu une idée du plus beau jour de ma vie ? » « Le jour de ton mariage ! », hasarde sa camarade, vite détrompée. « Non, le plus beau jour de ma vie, c’est lorsque Jacques m’a demandé d’être candidate aux élections cantonales en Corrèze, en 1979. » Sa campagne sera victorieuse. Puis elle sera élue six fois conseillère générale de Corrèze. Et le fait que, parvenue à l’hiver de sa vie, le souvenir de ses succès lui soit si cher aujourd’hui démontre toute l’ambition de celle qui, avec son Jacques, formait un duo de Rastignac qui ont su embrasser Paris pour mieux la capturer.

Claude LEBLANC

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