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Bernard Hinault : “Je dois à ma femme 50 % de ma réussite !”

Publié le 28 juin 2013

En 1985, il offrait à la France sa dernière victoire sur le Tour. Rencontre, à la veille de cette course mythique avec le Blaireau, qui en a encore sous la pédale…

Il est le dernier Français à l’avoir fait : franchir en grand vainqueur la ligne d’arrivée sur les Champs-Élysées. Un exploit que Bernard Hinault a d’ailleurs réalisé à cinq reprises (1978, 1979, 1981, 1982 et 1985), égalant ainsi les précédents records de Jacques Anquetil et Eddy Merckx (avant Miguel Indurain, de 1991 à 1995). Si, à 58 ans, « le Blaireau » ne fait évidemment plus partie du peloton, il accompagne le Tour et rencontre les personnalités locales à chaque étape. À la veille du départ de cette 100e édition de la Grande boucle, il nous a parlé de vélo. Mais pas seulement…

France Dimanche (F.D.) : Quel est votre rôle au sein de la Société du Tour de France ?

Bernard Hinault (B.H.) : Je fais du relationnel avec les personnalités locales. Si on continue à faire appel à moi, c’est sûrement parce que, comme vainqueur français de cette course, je dois encore m’y connaître un petit peu en vélo… Maintenant, si l’on me dit un jour que l’on n’a plus besoin de moi, ce n’est pas très grave. Je partirai faire autre chose !

F.D. : Quoi par exemple ?

B.H. : Jusqu’au début des années 2000, j’étais éleveur d’une trentaine de vaches dans mon village de Calorguen (Côtes-d’Armor). Depuis, je loue mon domaine agricole, mais je vis toujours dans ma ferme. Il arrive d’ailleurs assez souvent que des curieux viennent d’un peu trop près voir si j’y suis. Et je dois avouer que ça a plutôt tendance à m’agacer. C’est marqué « propriété privée » quand même ! Et quand je leur dis que je ne suis pas à leur disposition, je me fais insulter. Est-ce que, moi, je vais m’incruster chez les gens ? Non !

F.D. : Vous allez encore vous absenter durant près d’un mois pendant le Tour. Comment votre épouse le prend-elle ?

B.H. : Pour elle, c’est devenu une habitude. Mais, maire de la commune depuis 2008, Martine est, elle aussi, très occupée. Après bientôt quarante ans de mariage, notre vie de couple est finalement bien rodée.

F.D. : Quel rôle Martine a-t-elle tenu durant votre carrière ?

B.H. : Très franchement, je dois à mon épouse 50 % de ma réussite. Quand je passais mes journées à pédaler, c’est elle qui s’occupait de tout le reste. Je n’avais qu’une chose à laquelle penser : rouler ! J’imagine que ce ne doit pas être toujours facile d’être la femme d’un champion. Il faut accepter que son mari soit souvent loin du domicile… Cette année, ça tombe bien, le Tour passera justement dans notre village [lors de l’étape Saint-Gildas-des-Bois / Saint-Malo, le mardi 9 juillet, ndlr]. Ça nous donnera l’occasion de nous voir un petit moment !

F.D. : Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?

B.H. : Nous nous sommes croisés lors d’un mariage. Elle ne s’imaginait sans doute pas ce qui l’attendait. Maintenant, si j’étais resté ces quarante dernières années en permanence à la maison, serions-nous encore ensemble aujourd’hui ? Pas sûr… L’éloignement, c’est finalement peut-être ce qui fait notre force.

F.D. : Quelle est votre vision du cyclisme d’aujourd’hui ?

B.H. : J’ai toujours espoir qu’un jeune Français me succède. Cela fait vingt-huit ans qu’on attend tous ça, il serait temps que ça arrive !

F.D. : Comment expliquez-vous que l’on peine à trouver ce fameux champion ?

B.H. : Je n’en sais trop rien. En ce qui me concerne, j’ai eu la chance d’être physiquement… mal formé ! J’ai notamment des fémurs plus longs que la moyenne, ce qui est un très net avantage pour pédaler. J’ai également un rythme cardiaque naturellement lent et une VO2 max [capacité des poumons à récupérer l’oxygène, ndlr] très performante. Mais pour certains coureurs d’aujourd’hui, ce qui fait sans doute le plus défaut, c’est le mental. Pour gagner, il n’y a pas de secret : il faut être un « tueur » !

F.D. : Quel conseil donneriez-vous aux coureurs français qui seront sur la ligne de départ samedi prochain ?

B.H. : Sincèrement, je pense qu’il serait bon qu’ils arrêtent de se poser des questions. Courir à l’instinct est également très important. Il faut arrêter d’attendre des consignes qui viennent d’en haut. Laissons un peu les jeunes coureurs s’exprimer sur la route !

F.D. : Un dernier secret pour gagner ?

B.H. : Un secret qui n’en est pas vraiment un et qui surtout n’engage que moi : à l’époque, je m’accordais deux bons verres de vin par jour. Il ne faut surtout pas oublier de se faire plaisir dans la vie !

Interview : Philippe Callewaert

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