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Bernard Menez : "Le déconfinement, j'y vais avec prudence !"

Publié le 20 mai 2020

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Alors que de nombreux confinés commencent à s'ennuyer, Bernard Menez, lui, ne voit pas le temps passer tant il est occupé…

Le comédien de 75 ans ne semble pas plus inquiet que ça face au coronavirus, mais il ne décolère cependant pas quant à la gestion de cette crise qu'il trouve, à bien des égards, scandaleuse ! Confiné chez lui, à Paris, avec sa femme et sa petite chienne, il nous fait part de son quotidien bien rempli et de son indignation face à la gestion de cette crise sanitaire. Et comme d'habitude, il ne mâche pas ses mots !

France Dimanche : Quelle est votre vie depuis le début de ce confinement ?

Bernard Menez : J'ai heureusement la chance d'habiter un grand appartement avec terrasse, ce qui nous permet de profiter du beau soleil qui inonde Paris depuis pas mal de temps. Et où notre chienne Peppa, petit yorkshire terrier de 9 mois, qui nous apporte beaucoup de vie, peut aussi gambader.


FD : Que faisiez-vous quand tout a commencé ?

BM : Le 1er mars, je jouais en Bretagne, près de Brest, À vos souhaits ! cette très chouette comédie avec laquelle on est en tournée depuis cinq ans, lorsqu'il nous a été conseillé de regagner nos pénates. Et comme je suivais de très près ce qui se passait chez nos voisins italiens, je peux vous assurer que je n'ai pas perdu de temps pour me confiner. J'ai juste pris le risque, le 15 mars, d'aller voter !

FD : Racontez-nous votre quotidien ?

BM : Au réveil, j'écoute les infos, afin de savoir un peu où nous en sommes. Avec mon épouse, on prend ensuite un petit déjeuner tardif, puis je consulte mes mails et me mets au piano. Je suis pianiste amateur depuis de nombreuses années et profite de ce confinement pour en faire une à deux heures chaque jour. Et je peux vous dire que ma femme et ma chienne en sont très friandes ! La seconde surtout s'allonge à mes pieds et m'écoute avec beaucoup d'attention. Ensuite, on fait notre attestation pour sortir Peppa dans le quartier. Puis, je regarde ce qui se dit sur les réseaux sociaux, et je réponds à certains commentaires, car la politique m'a toujours beaucoup intéressé, et plus encore en ce moment avec cette gestion de la crise. Ce qui n'est pas brillant ! L'après-midi, soit je regarde un bon film qui repasse à la télé, soit je m'occupe de l'association Les Polymusclés - 63 que je préside depuis une quinzaine d'années.

FD : En quoi consiste-t-elle ?

BM : C'est à la base un club de foot de copains, rassemblant artistes, journalistes et anciens sportifs de haut niveau, qui a été créé en 1963 par la bande de Drucker, Brasseur, Distel, Belmondo et compagnie, et qui organise des événements comme des matchs d'exhibition ou des séances théâtrales, dont tous les bénéfices sont reversés à l'enfance handicapée. Ce qui m'a permis de jouer avec des grands joueurs comme Joël Bats, Henri Michel, Laurent Blanc ou Daniel Bravo. On devait avoir deux ou trois matchs ce printemps qui ont hélas été reportés. Mais ce n'est que partie remise !

FD : Communiquez-vous avec vos proches ?

BM : Oui, bien sûr ! Je fais très souvent des visioconférences avec mes trois frères qui vivent en province, un au nord, l'autre en Bretagne et le troisième dans les Alpes. Tout comme mon fils aîné, William, qui est à Briançon avec sa femme et ses trois enfants, Maylea, 8 ans, Kanoa, 6 ans, et Alamea, 1 an, dans un petit appartement. Malgré tout, ils sont très heureux, car ils bénéficient de la nature autour, de la rivière, sans prendre trop de risques. Quant à l'école à la maison, ça ne les change pas vraiment, car ils font comme ça depuis toujours. Je prends aussi régulièrement des nouvelles de mes autres enfants, Élisa et Olivier. Et je garde le lien avec l'Adami (Administration des droits des artistes et musiciens interprètes), où j'ai quelques responsabilités depuis près de vingt ans. Avec tout ça, je suis bien occupé !

FD : Vous trouvez quand même le temps de vous alimenter ?

BM : Oui, mais seulement une fois par jour, en fin d'après-midi. Un rythme qui ne pose pas vraiment de souci à ma femme, Maribel, qui est espagnole ! Étant confiné, on dépense beaucoup moins d'énergie que d'habitude, et je n'ai pas envie de grossir. Du coup, pour ne pas prendre de poids, je mange peu et léger. Et ça marche ! De toute façon, j'ai horreur de grossir, je me sens mal. Donc, j'ai un instinct immédiat qui me fait ralentir dès que besoin. Surtout que je fais normalement deux heures de tennis par semaine. J'espère d'ailleurs qu'on va rapidement être autorisé à regagner les cours, car à plusieurs mètres l'un de l'autre, je ne crois pas qu'on risque grand-chose. Puis, il y a ensuite notre petite récréation télé en fin d'après-midi devant Slam et surtout Questions pour un champion ! Après ça, je retourne un peu au piano, et à 20 heures pétantes on va applaudir au balcon. Le soir, on ressort Peppa, et enfin on visionne un bon film.

FD : Avez-vous votre masque ?

BM : Et comment ! Je peux vous dire qu'on n'a pas attendu pour en confectionner. Ma femme en réalise plusieurs par jour, qu'on offre à nos amis, à nos voisins et aux caissières des supérettes du quartier… Puisque l'État était jusqu'ici incapable de nous en fournir ! Du coup, on n'a pas de souci de pénurie. Pour ma part, je passe beaucoup de temps sur Internet à me renseigner sur la situation des autres pays, sur les propositions du Pr  Raoult, les contre-propositions, etc. Et je dois dire que cette gestion est, pour moi, un scandale absolu ! Dès le mois de janvier, le gouvernement a cloué au pilori la chloroquine déclarant soudain que c'était une substance vénéneuse et a refusé le protocole de Raoult malgré des résultats plutôt encourageants, tout ça pour faire plaisir aux laboratoires. C'est honteux ! On interdit même aux médecins de famille de prescrire ce traitement. Pourtant, qui vous connaît mieux que votre généraliste ? C'est dénier complètement les longues années d'études qu'ont faites ces professionnels et la grande connaissance qu'ils ont de leurs patients.

FD : Si vous aviez des symptômes, prendriez-vous le traitement du Pr Raoult ?

BM : Bien sûr, mais on ne peut malheureusement pas se le faire prescrire. C'est révoltant ! Il est évidemment impossible de savoir s'il y aurait eu beaucoup moins de victimes, mais une chose est sûre, ça aurait largement désengorgé nos hôpitaux.

FD : Quel est votre avis sur le plan de déconfinement annoncé ?

BM : Qu'on y aille avec prudence, je dirais oui, mais surtout avec beaucoup de cohérence. Je pense qu'il faut s'attaquer en priorité au problème des transports en commun. S'inspirer peut-être de l'Espagne où ils font en sorte que les rames de métro et de bus ne soient pas bondées, et surtout où ils donnent des masques à tout le monde avant de monter.

FD : Ce virus vous fait-il peur ?

BM : Moins maintenant, car on sent que la situation s'arrange, et beaucoup pensent qu'il pourrait peut-être même disparaître avec l'été. Afin que les gens puissent un peu partir en vacances, car après tout ça, on en aura tous bien besoin. Là aussi, quand on voit la concentration dans un métro, un bus ou même certains quartiers populaires, et qu'on se demande si on rouvrira les plages, je trouve ça illogique au possible. Néanmoins, même si je dis beaucoup de choses pas très drôles, je fais partie de ceux qui demeurent optimistes sur le fait que ce virus s'atténue au mois de juin et nous permette de passer un été un peu tranquille.

FD : Comment envisagez-vous la vie d'après ?

BM : J'espère que tous nos responsables verront les choses un peu autrement. Car les plus pénalisés dans toute cette histoire sont une fois encore les plus pauvres. Pour ma part, j'ai un certain âge et une retraite, donc je peux me permettre de ne pas travailler, mais ce n'est pas le cas de nombreux de mes jeunes confrères. Autrefois, au sortir de la guerre, si on voulait gagner un peu d'argent on trouvait facilement un petit boulot. Quand j'avais 25 ou 30 ans, c'est moi qui devais aider mes parents qui faisaient partie d'un milieu très modeste, mon père étant facteur et ma mère femme au foyer. De nos jours, c'est l'inverse, ce sont les parents qui doivent aider leurs enfants. Heureusement, les miens mènent leur barque tant bien que mal, mais en cas de coup dur, je serais bien sûr présent pour les aider.

FD : Un dernier souhait ?

BM : Un pays qui se porte bien et une vie culturelle foisonnante !

Recueilli par Caroline BERGER

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