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Bernard Pivot : Au cœur d’un scandale de pédophilie !

Publié le 25 janvier 2020

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© BESTIMAGE Bernard Pivot

À l’heure où il pensait couler une paisible retraite, Bernard Pivot est rattrapé par son passé…

Il a consacré sa vie aux livres et à ceux qui les écrivent. Pourtant il n’est pas « tombé » dans la littérature quand il était petit. Fils d’épicier, Bernard Pivot ne connaît, enfant, que deux ouvrages, les seuls de la maison : les Fables de La Fontaine et le Larousse. Assez pour faire naître en lui l’amour des mots. Un amour qu’il n’aura de cesse de transmettre et partager, dans des chroniques de presse, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux, au jury de l’Académie Goncourt, dont il vient de se retirer, et via ses célèbres dictées, véritables casse-tête orthographiques.

Oui, jusque ici, ce vénérable sage de 84 ans pouvait jusqu’alors se targuer d’un parcours sans faute… Mais tandis que s’ouvre le procès du producteur américain Harvey Weinstein, inculpé en mai 2018 pour agression sexuelle et viol, vient d’éclater, en France, une sordide affaire de pédophilie dans laquelle notre monsieur Livres est impliqué ! Tout a commencé avec la parution, le 2 janvier, chez Grasset, d’un ouvrage intitulé Le Consentement.

L’auteure, Vanessa Springora, y raconte, comment l’écrivain Gabriel Matzneff, (G.M. dans le livre), âgé de 50 ans à l’époque, l’a séduite, manipulée, poussée à devenir son amante. Elle a 13 ans lorsqu’elle fait sa connaissance, lors d’un dîner. De ce jour il ne la lâche plus : « Dès que j’ai mordu à l’hameçon, G. ne perd pas une minute. Il me guette dans la rue, quadrille mon quartier. […] Nous échangeons quelques mots et je repars transie d’amour. »

Dandy, cultivé, brillant, Matzneff use et abuse, avec succès hélas, de ses atouts. Contre l’avis de sa mère, qui lui répète qu’elle a affaire à un pédophile, Vanessa se jette dans la gueule du loup. Ou plutôt de « l’ogre », comme elle le qualifie. Sous son emprise, l’adolescente, qui n’a pas conscience qu’elle est en train de ruiner sa vie, accepte tout : « À 14 ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche, à l’heure du goûter. »

Vanessa n’est pas la seule victime de Matzneff. L’homme ne s’en est jamais caché, il n’aime que les adolescents, filles et garçons, attirance dont il fait le principal sujet de ses romans. C’est pour évoquer l’un d’eux, Mes amours décomposés, (Gallimard), que Bernard Pivot l’invite en mars 1990, dans sa célèbre émission littéraire, Apostrophes. L’auteur y décrit crûment sa relation avec de très jeunes filles.


Toutes ont, comme Vanessa, entre 14 et 15 ans. Ces 15 ans, c’est l’âge de la majorité sexuelle, à partir duquel on estime qu’un jeune est capable d’exprimer un consentement éclairé. Ceux et celles que Matzneff met dans son lit sont parfois plus jeunes, mais loin de s’en offusquer, l’animateur lui déroule le tapis rouge : « S’il y a un vrai professeur d’éducation sexuelle, c’est quand même Gabriel parce qu’il donne volontiers des cours en payant de sa personne. » Il lui demande alors pourquoi il s’est spécialisé dans « les lycéennes et les minettes ». L’écrivain répond : « Une fille très jeune est plutôt plus gentille, même si elle devient très vite hystérique et aussi folle que quand elle sera plus âgée. »

Sur le plateau, les rires fusent. Tous, à commencer par Bernard Pivot, sont sous le charme de ce chauve élégant qui, trois ans plus tard, recevra du ministre de la Culture, Jacques Toubon, l’insigne d’officier des Arts et des Lettres. Tous à l’exception de l’écrivaine canadienne Denise Bombardier, qui s’indigne : « Il nous raconte qu’il sodomise des petites filles de 14 ans. On sait bien que des petites filles peuvent être folles d’un monsieur avec une certaine aura littéraire. D’ailleurs on sait que les vieux messieurs attirent les petits enfants avec des bonbons », dénonce-t-elle.

Le 26 décembre, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) mettait en ligne cet extrait d’Apostrophes, plongeant Bernard Pivot au cœur de la polémique. Accusé par de nombreux internautes de complaisance envers un pédophile, l’animateur s’est défendu dans un message publié sur son compte Twitter : « Dans les années 70 et 80, la littérature passait avant la morale ; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque. »

Pourtant, dans un texte adressé au Journal du Dimanche, il regrette n’avoir « pas eu les mots qu’il fallait » face à ces « dérives ». Cela suffira-t-il à désamorcer la colère ? Une chose est sûre, celui qui annonçait, il y a six mois, quitter l’Académie Goncourt pour retrouver « un libre et plein usage de son temps », s’apprête à vivre un début d’année mouvementée…

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Lili CHABLIS

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