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Bertrand Blier : Les incroyables secrets de ses tournages !

Publié le 6 avril 2019

Trente ans après la disparition de son père, le réalisateur Bertrand Blier se livre…

Quand on a un père appartenant à la crème des acteurs français, l’un des interprètes du film culte Les tontons flingueurs, il n’est jamais facile de reprendre le flambeau, même après avoir reçu en héritage la passion du cinéma. Sans doute est-ce la raison qui a poussé Bertrand Blier à passer de l’autre côté de la caméra, pour se cacher plutôt que pour se montrer.

Mais cette forme de pudeur ne l’empêche pas d’avoir su créer un style et un univers très personnel tout au long de sa carrière. Et alors que l’on s’apprête à commémorer les 30 ans de la disparition de son célèbre papa, Bernard, qui a fêté ses 80 ans le 14 mars, est revenu dans L’Express sur les temps forts de sa longue carrière, à l’occasion de la sortie de son film, Convoi exceptionnel.

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Un coup d'essai transformé

Comme le réalisateur le rappelle : « Les valseuses, c’est d’abord un livre que j’ai écrit parce que j’étais de mauvaise humeur, chômeur et désespéré ; 75 000 exemplaires vendus. » Nous sommes en 1974, et ce roman retraçant la cavale de trois jeunes voyous suscite d’emblée l’intérêt des producteurs. Le téléphone de Bertrand n’en finit plus de sonner, et il choisit d’être produit par Paul Claudon, « le meilleur » à ses yeux. Le trio, interprété à l’écran par Gérard Depardieu, Miou-Miou et Patrick Dewaere, fait un tabac, attirant pas moins de 5,7 millions de spectateurs dans les salles. Jeanne Moreau, qui avait d’abord refusé ce projet sera finalement aussi à l’affiche… au grand dam de Laura Betti, comédienne fétiche de Pasolini, écartée au dernier moment. Ce triomphe va, de son propre aveu, faire perdre le sens des réalités au réalisateur : « Après un gros succès, on fait toujours une connerie, explique-t-il dans L’Express. Moi ce fut Calmos, sorti en 1976, avec Marielle et Rochefort qui se retrouvent dans un vagin géant à la fin du film. » Et l’auteur de conclure, fataliste : « Quoi que je fasse, je resterai toujours le réalisateur des Valseuses. »

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Gérard, l'homme des bois

Durant le tournage de Préparez vos mouchoirs (Oscar du meilleur film étranger en 1978, avec Carole Laure et Patrick Dewaere), dans les Ardennes belges, Gérard Depardieu s’occupait à sa façon entre les prises. « Il taillait des branches avec un couteau jusqu’à en faire un cure-dent, se souvient son mentor. Quelques mois plus tard, j’ai repensé à ce couteau. Et s’il le rentrait dans un ventre ? Buffet froid [sorti en 1979, ndlr] était né. » La rencontre entre un assassin en herbe et un serial killer (Jean Carmet), poursuivi par un inspecteur un peu dingue, joué par… Bernard Blier. Avec, en prime, la sublime Carole Bouquet qui, juste après avoir été L’obscur objet du désir pour Luis Buñuel, personnifie une image irrésistible de la mort. 

Si le cinéaste juge qu’il s’agit de son « meilleur film », certains spectateurs, perdus dans l’intrigue peu orthodoxe, demandèrent à être remboursés. « C’était possible à l’époque ! » souligne Bertrand.

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En guerre avec Coluche

C’est l’histoire d’un mec qui n’a sans doute pas très bonne conscience. L’humoriste, éphémère candidat à la présidentielle de 1981, remplace, deux ans plus tard, Patrick Dewaere dans La femme de mon pote (avec Thierry Lhermitte et Isabelle Huppert). La raison de ce changement de tête d’affiche est tragique : le 16 juillet 1982, Patrick s’est suicidé d’une balle de carabine 22 long rifle. Une arme que lui avait offerte son vieux complice… Coluche, lequel avait aussi séduit, et pour de vrai… la femme de son pote lors de vacances communes à la Guadeloupe.

Pour le coup, la réalité avait précédé la fiction, et le tournage ne fut pas de tout repos : « Avec Coluche, on a même failli se foutre sur la gueule, raconte Bertrand. C’était un mec formidable, mais qui pouvait tenir des propos dégueulasses. Et puis il ne voulait pas travailler. Il était mal. »

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Delon l'a eu en travers

En 1984, le célèbre producteur Alain Sarde désespère de trouver des emplois au monstre sacré du cinéma français. Blier le rassure : « Mais moi je te le fais, ton Delon ! » Lors d’un premier rendez-vous, l’acteur attaque bille en tête : « Évidemment, vous n’avez pas d’histoire… » Et le réalisateur de rétorquer : « Je n’ai pas d’histoire, mais j’ai un personnage. Je veux vous transformer en pauvre cloche. »

Cela donnera Notre histoire, narrant les mésaventures d’un garagiste alcoolique abordé dans un train par une femme très libérée, jouée par Nathalie Baye. Un contre-emploi pour l’ex-favori de Visconti et Melville, qui ne lui vaudra pas d’être sélectionné à Cannes, ni de remplir les salles obscures. Du coup, vexé, Delon se remettra aux polars et passera ses nerfs sur des méchants dispersés façon puzzle…

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Dalle a perdu la fesse...

Après le succès de Trop belle pour toi, Bertrand Blier songe à une version féminine des Valseuses, intitulée Merci la vie (1991). En écrivant le scénario, l’auteur a deux actrices en tête : Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle. Si la première adhère d’emblée au projet, l’héroïne de 37°2 le matin s’agace. « Béatrice me reçoit dans une chambre d’hôtel à moitié à poil et me dit : “J’en ai marre qu’on regarde mon cul !” Je lui réponds : “Mais tu le montres, alors on regarde.” Elle a refusé de faire le film. » Et ce pour le plus grand bonheur d’Anouk Grinberg, qui crèvera l’écran dans ce long-métrage, et séduira aussi le réalisateur, dont elle deviendra la compagne.

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Corps-à-corps entre hommes

« J’aurais bien aimé être un peu plus rock. Mais j’ai glissé dans le pop rock. » L’idée de Tenue de soirée (1986), les aventures d’un couple banal, formé par Miou-Miou et Michel Blanc, dont la vie est bouleversée par l’intrusion d’un cambrioleur, joué par Gérard Depardieu, qui va révéler et débrider leur sexualité, est venue à Bertrand à l’époque du tournage des Valseuses. « Patrick et Gérard n’arrêtaient pas de jouer les homos, de se ­tripoter sans cesse devant Miou-Miou, a confié le réalisateur. C’était un sujet en or pour le jour où on aurait besoin de remonter la pente. Après la mort de Patrick, j’ai cru que je ne le ferais jamais. »

Pourtant, après avoir vu Bernard Giraudeau à l’écran, le cinéaste est persuadé qu’il est l’acteur de la situation. Mais le visage du comédien lisant le scénario passera par toutes les couleurs, du jaune au rouge. Et c’est donc Michel Blanc qui décrochera le rôle, ainsi qu’un Prix d’interprétation à Cannes.

Claude LEBLANC

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