France Dimanche > Actualités > Bertrant Cantat : “Je suis devenu cet assassin qui tue sciemment”

Actualités

Bertrant Cantat : “Je suis devenu cet assassin qui tue sciemment”

Publié le 25 octobre 2013

Dix ans après la mort de Marie Trintignant, le chanteur sort de son � silence � pour la première fois et tente de s’expliquer.

Depuis dix ans et la mort de Marie Trintignant à Vilnius, il était resté silencieux. À quelques reprises, après sa sortie de prison en 2007, on avait entendu sa voix. Ce n’était que pour chanter, dans des concerts où il était invité. Aujourd’hui, pour la première fois, Bertrand Cantat parle, enfin. Trois heures durant, nos confrères des Inrockuptibles ont interviewé l’ancien leader du groupe Noir désir. La mort de Marie, son incapacité à comprendre ce qui s’est passé, sa volonté d’en finir, la prison, le suicide de sa compagne Kristina Rady début 2010, sa reconstruction, ses enfants, Cantat n’a éludé aucun sujet, à commencer par celui de sa culpabilité.

« Je ne suis pas dans le déni de ce qui s’est passé, je sais que j’ai commis l’irréparable », avoue d’emblée le chanteur, avant de revenir sur les faits : « Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé dans l’action. C’est la pire des culpabilités. » Puis, plus loin : « Je ne me souviens plus dans quel état on était – et pas seulement émotionnellement. »

Ses souvenirs semblent plus clairs ensuite : « Après avoir accompagné Marie à l’hôpital, j’ai été viré et je suis revenu à l’appartement. Pour me flinguer. J’ai préparé mon suicide : en faisant couler un bain, en y préparant des lames de rasoir pour m’y trancher les veines et en reprenant des médicaments pour m’abrutir. J’en ai trop pris et je me suis effondré. Je me suis réveillé 48 heures plus tard à l’hôpital. » La suite est connue. Très vite, son implication est établie, le chanteur est emprisonné à Vilnius dans une cellule isolée, lumière allumée 24 heures sur 24 pour qu’il n’attente pas à ses jours. Accablé, dit-il, par une douleur insupportable, par sa responsabilité dans la mort de celle qu’il aimait, il hurle dans sa prison qu’il veut rejoindre Marie, il rêve d’exploser, pour qu’on lui fiche la paix.

Si Bertrand Cantat est aujourd’hui toujours en vie, explique-t-il, c’est grâce à sa famille, à ses amis. « Je tiens, grâce à l’amour que je reçois de l’extérieur. Sans les enfants, sans cette responsabilité, je me serais suicidé… » Horrifié par l’image qu’il renvoie de lui-même, meurtri par l’emballement médiatique qu’il génère, il se sent caricaturé, l’amour qu’il éprouvait pour Marie, juge-t-il, a été gommé. « Tout ce qui était beau a été occulté, regrette-t-il. Je suis devenu cet assassin qui tue sciemment. »

Détruit

Lors du procès, le chanteur souligne qu’il a tenté de dire la vérité, de demander pardon à la famille Trintignant en faisant part de ses remords, de sa compassion. Peine perdue. « J’étais tellement détruit que j’étais à peine audible. » À sa sortie de prison, Cantat revient à la seule chose qu’il sache faire, de la musique. Ce sera sans Noir désir, qui se dissout. « Un drame mineur en comparaison des dix dernières années. » Et cela se fera avec un nouveau fardeau sur les épaules : la mort de sa compagne, Kristina, retrouvée pendue.

Cet été, une avocate, s’appuyant sur la retranscription d’un message téléphonique de cette dernière avant son suicide, dans laquelle elle évoquait une « situation intenable » avec son compagnon en prétendant « avoir échappé au pire […] à plusieurs reprises », a demandé l’ouverture d’une enquête sur l’implication de Cantat dans ce nouveau drame. Des « accusations délirantes », « inacceptables », répond le chanteur, confiant son dégoût d’être devenu le symbole de la violence contre les femmes. Reste que l’affaire n’est pas finie, puisque le dernier compagnon de Kristina, François Saubadu, persuadé qu’elle aurait été victime de violences conjugales de la part de Cantat, sera bientôt auditionné par le parquet bordelais…

Dans les heures qui ont suivi la sortie de cet entretien inédit, un vieil homme, dévasté par la mort de sa fille il y a dix ans, et sur la carrière duquel le rideau vient de tomber, s’est exprimé. « J’ai essayé de ne pas l’accabler », livre Jean-Louis Trintignant, avant de dire qu’il a rayé l’assassin de sa fille de sa vie. Lorsqu’on lui apprend que Cantat a tenté de mettre fin à ses jours, il lâche dans un souffle, ponctué d’un rire triste : « Il ne l’a pas fait. Je croyais après le drame qu’il le ferait, mais il ne l’a pas fait. C’est son problème. »

Propos recueilli par Christian Morales

À découvrir