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Billy Obam : Ses souvenirs avec Serge Gainsbourg

Publié le 31 mars 2016

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Billy Obam, l'ancien choriste et danseur de Serge Gainsbourg, rend hommage à  l'illustre auteur compositeur interprète.

Serge Gainsbourg nous a quitté le 2 mars 1991. Son ancien choriste et danseur Billy Obam, a souhaité célébrer son idole, qu’il considérait comme un père.

Vingt-cinq ans après la mort de Gainsbourg, nous avons rencontré Billy, qui lui rend un hommage ce 31 mars 2016, « Au Viaduc Café » à Paris 12ème. La soirée « Billy Obam and friends » fêtera en musique, Lucien Ginsburg qui aurait eu 88 ans, le 2 avril prochain.

 

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France Dimanche : Vous avez choisi d’honorer sa naissance, plutôt que son décès. Comment est née cette nouvelle chanson ?

Billy Obam : « Happy Birthday Gainsbourg », est un hymne. Nous l’interprétons en duo, avec Thomas Voiment, dont la voix ressemble à celle de Serge. Cette chanson de renaissance est joyeuse, nous l’avons présentée en live pour la première fois, le 2 avril 2015, devant les fans de Gainsbourg. J’ai rencontré Thomas, il y a 4 ans, à la galerie Galry, du 41 rue de Verneuil Paris 7ème, où il m’avait invité au vernissage d’une exposition consacrée à Serge (domicilié de 1969 à 1991 au 5 bis rue de Verneuil).

https://www.youtube.com/watch?v=iaTGRtGje50

A l’occasion d’un nouvel anniversaire Gainsbourien, Thomas m’a proposé ce projet musical en l’honneur du génie, que nous admirons tous les deux. Deux mois après, il m’a montré un texte sublime. J’ai aussitôt pensé que Serge aurait été fier et flatté par les paroles de Thomas. Puis, l’aventure a continué avec mon ami Dany Brown, qui a composé la musique en un seul jour. Serge aussi travaillait très vite. Et moi, j’ai créé la mélodie. Puis, nous avons enregistré la chanson en studio, et avons enchainé avec le tournage du clip à différents endroits, dont la rue de Verneuil, avec 300 figurants et fans de Gainsbourg. Je produis moi-même ce disque et lance un appel aux médias, pour parler et diffuser notre chanson. Elle est en vente sur internet, grâce aux sites Amazon, Deezer, Fnac Jukebox... Comme le printemps des poètes, je suggère que le mois de mars devienne le mois Gainsbourg, du 2 mars au 2 avril.

Thomas Voiment et Billy Obam rendent hommage a Gainsbourg
Thomas Voiment et Billy Obam rendent hommage a Gainsbourg

F. D. : Avez vous informé sa famille de votre projet ?

B. O. : Par politesse, j’ai envoyé le single dédicacé à chacun de ses héritiers : Charlotte, Lulu, Natacha et Paul. J’ai écris ses mots : « J’espère que cet hymne en hommage à votre père, vous plaira. » Je suis sûr et certain que Charlotte a apprécié la chanson.

F. D. : Comment aviez-vous rencontré « l’homme à la tête de choux » ?

B. O. : Grâce à son producteur Philippe Lerichomme, qui recherchait quelqu’un pour l’accompagner sur le titre « You’re under arrest », son dernier album studio. J’avais 20 ans, c’était rue de Verneuil. J’étais impressionné et intimidé, j’ai eu la chance qu’il se comporte avec moi, comme un père. A partir de ce jour, jusqu’au dernier, il a été très chaleureux avec moi. Tous les jours, je le remercie d’avoir croisé sa route.

Serge Gainsbourg et Billy Obam
Serge Gainsbourg et Billy Obam

Serge a été royalement gentil ! Au point qu’il n’a pas fumé pendant les trois heures que nous avons passé ensemble.

F. D. : Quels souvenirs gardez-vous de lui ?

B. O. : En France, il reste un mythe ! Chez lui, trois choses m’ont ému, et c’est pour cela que je l’aimerais toujours. La première, c’est d’avoir rendu visite à ma mère, alors qu’il se produisait à Liège. Après le concert, on a roulé pendant plus d’une heure jusqu’à Bruxelles. Je ne connais pas beaucoup de stars qui l’auraient fait. Arrivés vers 1 heure et demi du matin, elle nous avait préparé à manger. Gainsbourg a réussi à me réconcilier avec ma maman, avec laquelle j’étais fâché depuis un an et demi. Comme je refusais d’aller en cours et préférais la musique, elle n’acceptait pas que je sois devenu un artiste. Elle espérait que je devienne un diplomate, comme elle. Pendant le repas, Serge lui a expliqué que j’avais du talent, et qu’il fallait me faire confiance. Il a été royalement gentil ! Au point qu’il n’a pas fumé pendant les trois heures que nous avons passées ensemble. C’était un magnifique dîner, il lui a offert un dessin qu’il avait apporté. Mais avec ses différents déménagements, Marthe, ma mère de 78 ans, a totalement oublié où elle l’avait rangé ! Depuis cette nuit-là, je garde toujours sur moi cette photo, prise avec Serge, et ma mère. Regardez le regard qu’il pose sur moi…

Gainsbourg:BillyObam
Serge Gainsbourg, Marthe et son fils Billy Obam

La deuxième chose : un soir, après avoir interprété « You’re under arrest », il a dit : « Je ne signe pas d’autographe, si Billy ne signe pas aussi. Parce que c’est lui et moi dans cette aventure. » J’étais pourtant un inconnu !

Et la troisième : c’était sur le plateau de l’émission « Lahaye d’honneur », au moment où il a remercié le public, il a pris ma main pour que je sois au même niveau que lui, et nous avons salué ensemble. Ce geste, je ne l’oublierai jamais.

F. D. : Vous l’avez donc accompagné pendant la promotion de son dernier album…

B. O. : Ma première émission de télé, c’était « Champs Elysées ». A l’enregistrement, il est vrai, que je dansais comme un fou. Michel Drucker avait été impressionné par mon énergie. Il a demandé : « Dis moi Serge, où l’as-tu trouvé, lui ? » Gainsbourg a répondu : « C’est mon ricain, pas touche. » Un souvenir inoubliable ! Voir un jeune noir danser autour de lui, c’était nouveau à l’époque. C’est un peu la dernière image artistique que l’on garde de lui. Vingt neuf ans après, il arrive parfois, que l’on me reconnaisse dans la rue. Je n’ai pas beaucoup changé (rires !)

F. D. : Alors, vous êtes américain ?

B. O. : Je suis né au Cameroun. Mon père biologique était américain et chantait du gospel, mais il ne m’a pas reconnu. J’ai été adopté, par le mari de ma mère. Mais, il est mort quand j’étais enfant. Il était ministre au Cameroun, et maman était attachée d’ambassade aux Pays-Bas et en Belgique.

Billy Obam
Billy Obam

F. D. : Gainsbourg vous a-t-il aidé pour votre carrière ?

B. O. : Si j’existe dans la musique, c’est grâce à Serge. Il m’a toujours conseillé d’arriver à l’heure. Je ne l’ai jamais vu en retard, il était même en avance. Pour lui, c’était extrêmement important. Après mes trois premiers albums, le quatrième sortira dans quatre mois. J’écris aussi des mélodies pour d’autres artistes. Et, j’adorerais produire le futur album de Thomas Voiment.

Buste de Serge Gainsbourg
Buste de Serge Gainsbourg

F. D. : Parlez-nous de cet objet que vous transportez avec d’infinies précautions ?

B. O. : Ce buste a été sculpté par Jenia Fedotova, la femme de Thomas, à l’occasion de l’exposition en hommage à Serge, en 2011. Il représente le Gainsbourg qu’il serait devenu aujourd’hui, s’il avait vieilli…

Propos recueillis par Anita Buttez

Photos : Jérôme Mars

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