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Blanche Gardin : Elle a été punk et policière !

Publié le 25 novembre 2018

Blanche Gardin l’humoriste récompensée cette année par un Molière du meilleur spectacle comique a vécu une existence chaotique.

Imaginez une jolie quadra, visage d’ange et cheveux blonds bien coiffés, au look vintage, portant une petite jupe à pois sous le genou et un chemisier classique. À la voir débouler sur scène, l’humoriste Blanche Gardin a toutes les apparences d’une jeune femme bien sous tous rapports ! Mais il suffit de l’écouter parler cinq toutes petites minutes, nous raconter presque immobile et d’une voix haut perchée, les dessous de sa vie très intime, pour comprendre que cette femme-là est un sacré numéro, doublé d’une artiste qui n’a pas la langue dans sa poche ! C’est le moins qu’on puisse dire :
Je parle toute seule, son dernier one-woman-show qui a conquis des foules de spectateurs et lui a d’ailleurs valu le Molière de l’humour – elle se l’est remis à elle-même, une première ! –, était interdit aux moins de 17 ans ! Une restriction unique en son genre…

C’est dire si les thèmes abordés par celle qui a été remarquée par Karl Zéro et révélée par le Jamel Comedy Club sont classés X, sans parler des mots crus qu’elle emploie pour les décrire. Blanche est capable, dans l’un de ses sketches, de plaisanter sur la pédophilie en un superbe exercice de haute voltige, arborant un sourire enjôleur, ou de raconter, sans filtre et avec une désarmante autodérision, sa première sodomie. En effet, ce drôle d’oiseau, qui n’a rien d’une blanche colombe, fait partie de cette nouvelle génération de femmes humoristes qui n’ont aucun tabou.

Et concernant mademoiselle Gardin, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle les a accumulés, et ce depuis son adolescence. À 17 ans, la jeune fille rebelle lâche ses études et, pour couper le lien familial avec son père professeur à l’université et sa mère traductrice, décide de fuguer. Son projet est radical : se suicider avec une copine ! « On a renoncé et finalement débarqué à Naples. Mes parents ont pris dix ans. Je leur avais écrit une lettre où je disais de ne pas s’inquiéter pour moi, de faire comme si j’avais eu un cancer », expliquait-elle.

Si l’ado excentrique d’alors n’était heureusement pas atteinte d’une maladie grave, en revanche, au cours de son périple, elle tutoiera le danger. Vivant dans un squat aux côtés d’autres jeunes paumés qu’elle nomme « une bande de punks à chiens sous LSD », elle fait la manche. Cette vie sur le fil du rasoir durera neuf mois, et c’est un drame, la mort par overdose de son petit ami, qui la poussera à rentrer.

De retour à Paris, Blanche passe son baccalauréat et se lance dans des études de sociologie. On imagine le soulagement de ses courageux géniteurs… Hélas, ils n’étaient pas au bout de leurs peines : « J’ai quand même fait chier mes parents en quittant le cursus en cours de route pour me lancer dans l’ébénisterie. Ça a duré six mois », a-t-elle expliqué dans Les Inrockuptibles, en 2015.

À la fac, donc, où au moment de passer sa maîtrise, l’étudiante décide, sur les conseils de l’un de ses professeurs, d’endosser l’uniforme de la police. « Je voulais faire mon DEA sur l’incorporation de la culture policière, a aussi déclaré la comédienne. Je suis entrée en sous-marin chez les flics comme agent de sécurité. Trois mois d’internat avec les gardiens de la paix, à apprendre à tirer, saluer le drapeau à 7 heures du matin, en mode schizo. Puis j’ai fait la circulation au Sénat, gardé le domicile de Fabius… J’avais un petit automatique. Ça s’est bien passé. Je me suis limite trouvée sexy ! » Mais la tragédie la frappe de nouveau : la jeune femme n’a que 25 ans lorsque son père meurt d’un cancer. Elle s’était depuis peu rapprochée de son papa… « J’étais dévastée par ce deuil, a-t-elle confié dans L’Obs, en 2017. Je traînais ma carcasse dans un métier [éducatrice spécialisée, ndlr] pour lequel je n’avais pas le moindre talent. »

Côté cœur, la comique, âgée maintenant de 41 ans, a du mal à se stabiliser. Elle qui se moque de son statut de célibataire sans enfant, « avec des ovaires qui doivent ressembler à François Hollande ! », ne parvient pas à trouver la perle rare. Marquée par le décès de son ancien petit ami, Blanche commence donc par vivre une relation avec… deux hommes ! Un trio amoureux qui durera dix ans, mais qui sera suivi d’une autre histoire compliquée, cette fois avec une seule personne… Une idylle qui la détruira presque complètement. « Je suis sortie exsangue de cette relation », a-t-elle encore raconté dans L’Obs. Et celle qui sait si bien se gausser de ses failles n’a alors plus le cœur à rire : incapable de s’en sortir par elle-même, la scénariste du dernier film d’Éric Judor, Problemos, se retrouve à l’hôpital psychiatrique. C’est dans ce cadre que, avec l’aide d’un médecin, elle commencera à écrire des sketches.

Cette route sinueuse, marquée par les épreuves, a fini par lui ouvrir en grand les portes de la gloire. Elle résume : « J’ai mis longtemps à être drôle… » On veut bien la croire !

Clara MARGAUX

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