France Dimanche > Actualités > Bob Marley : Rasta Légende !

Actualités

Bob Marley : Rasta Légende !

Publié le 12 juin 2021

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Son effigie concurrence encore celle du “Che” sur les affiches et les tee-shirts. Quarante ans après sa mort, Bob Marley demeure le plus vivant des musiciens disparus.

Ce 11 mai 1981 est un lundi pas comme les autres. Les Français découvrent l'alternance et se réveillent avec un président socialiste en la personne de François Mitterrand. Au lendemain de cette victoire historique pour la gauche, la disparition de Bob Marley est noyée dans l'info repeinte en rose. Et pourtant, quarante ans après sa mort, à 36 ans, le Jamaïcain, grâce à ses chansons et à leur message d'émancipation, a toujours sa place au panthéon des symboles de la pop culture avec son visage émacié comme un Christ peint par Le Greco, ses dreadlocks sous ses bonnets chamarrés, sa voix déchirée où brûlent des incendies intérieurs, ses propos mystico-révolutionnaires flottant dans un nuage de ganja (cannabis)… Time Will Tell (« le temps le dira ») avait-il prophétisé dans une chanson. Et le temps lui a donné raison. À sa mort, le premier ministre de l'île des Caraïbes, Edward Seaga, salue « l'ami du faible, du pauvre, qui a inspiré les jeunes Jamaïcains et élevé la musique populaire au rang des arts internationaux ».

Le chanteur jamaïcain a enregistré une quizaine d'albums, dont Exodus (1977), Uprising (1980), Natty Dread (1974) et Rastaman Vibration (1976). Au cours des années 1970, son succès dépasse son île natale : ci-dessus à droite, avec son groupe The Wailers, en 1973, à Londres ; et, à gauche, en 1980, en concert à Munich.

Né d'une mère noire de 17 ans et d'un père blanc quinquagénaire, Robert Nesta Marley voit le jour le 6 février 1945 à Nine Miles, au nord de l'île. Son père s'est marié contre l'avis de sa famille, des planteurs jamaïcains d'origine britannique, il est déshérité : un blanc n'épouse pas une noire. Quand Bob a 10 ans, ce dernier décède. Deux ans plus tard, il part avec sa mère vivre à Trenchtown, un ghetto de Kingston, la capitale, connu pour ses hordes de jeunes gens désœuvrés et violents. Métis, l'enfant prête le flanc aux moqueries et a une scolarité déchirée. Il quitte l'école à 14 ans, devient une sorte de desperado, fréquentant des voyous. On le surnomme « Tuff Gong » (le dur). Avec son ami Neville Livingston (plus connu sous le nom de Bunny Wailer), il découvre la musique grâce au guitariste et chanteur militant Joe Higgs, qui forme les jeunes du quartier. À 17 ans, Bob est apprenti soudeur. Profitant d'un arrêt maladie, il se rend dans un studio et y enregistre sa première chanson, Judge Not, pour le producteur Leslie Kong, ainsi qu'une reprise country, One Cup of Coffee. Mais cette toute première carte de visite ne renverse pas les hit-parades…

L'année suivante, en 1963, il crée un groupe vocal avec ses amis Bunny et Peter Tosh, baptisé The Wailers (les gémisseurs). L'heure n'est pas encore au reggae, mais plutôt au gospel, au rhythm and blues, à la soul… Leur premier succès (Simmer Down) naît de leur collaboration avec le producteur Coxsone, fondateur du label Studio One. À partir de 1963, les Wailers enregistrent à tour de bras. Mais après l'album The Wailin' Wailers, en 1965, le trio, s'estimant floué financièrement, se sépare de Coxsone.

Le 10 février 1966, Bob épouse Rita, une chanteuse de ska de Studio One. Cherchant à gagner sa vie, il rejoint sa mère aux États-Unis où il travaille dans un hôtel tout en continuant à écrire des chansons. Quelques mois plus tard, un événement le marque : la visite en Jamaïque du « négus » (roi des rois), l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié, le « dieu vivant » des rastas. Déjà sensible à cette idéologie, Bob Marley se convertit au rastafarisme, adopte les dreadlocks (les fameuses mèches de cheveux emmêlées) et veut faire connaître la culture rasta.

Début 1968, il rencontre le chanteur américain Johnny Nash. Il signe sur son label et lui fournit de nombreuses compositions, dont Stir It Up qui deviendra un succès. À l'automne, les Wailers publient leur premier manifeste rasta : Selassie Is the Chapel. Mais si les producteurs se succèdent, le trio vocal ne connaît plus le succès depuis sa séparation d'avec Coxsone. Sans le sou, Bob retourne aux États-Unis et travaille comme ouvrier de nuit dans une usine, ce qui lui inspire les paroles de It's Alright. À son retour, il fonde les disques Tuff Gong. Il n'arrive toujours pas à toucher le public. Son ami Lee Perry accepte de produire le groupe, qui revêt alors une nouvelle architecture sonore. Là où d'autres enfilent les refrains comme des coquilles vides, Bob y dit ses obsessions avec intensité et urgence. Il manie la langue à l'arme blanche et révèle, au revers de ses mots, les malaises et les espoirs de son temps, en phase avec les mouvements afro-américains. Les chansons en majesté se multiplient : Duppy Conqueror, Sun Is Shining, Soul Rebel, Kaya… Longtemps bouchées, les trompettes de la renommée le propulsent enfin dans l'échiquier artistique grâce à Chris Blackwell, le fondateur du label britannique Island, qui croit à l'essor du reggae. Ils enregistrent l'album Catch a Fire. La critique est conquise. Mais Bunny Wailer, qui ne supporte plus la pression qui entoure le groupe, le quitte, suivi par Peter Tosh, jaloux de la place attribuée à Bob Marley par les dirigeants d'Island. Chris Blackwell y voit une façon de faire rayonner le chanteur à l'international, le nom du groupe change : place à Bob Marley and the Wailers, accompagné du trio vocal féminin I Threes. En 1974, l'album Natty Dread le consacre grâce au tube No Woman No Cry. Sa « prose combat » fait des étincelles. Une usine à succès de chansons vibrantes, d'actes de foi, de résistance, d'odes à la fraternité.

En avril 1976, il sort Rastaman Vibration qui connaît la réussite, notamment aux États-Unis. Le concert du Roxy de Los Angeles, le 26 mai, fait date et le hisse au sommet. Enfin ! Néanmoins, en décembre, il échappe à une tentative d'assassinat lors d'une campagne électorale qui vire à la guerre civile à Kingston. Il est blessé par balles. Ne se sentant plus en sécurité, il s'exile, début 1977, à Londres. Il y enregistre Exodus, élu par le magazine Time comme le meilleur album du XXe  siècle. Lors de l'Exodus Tour, qui débute à Paris en mai, il se blesse au pied, sans s'en soucier, en jouant au football avec des journalistes. Pourtant, cette contusion à l'orteil cache un mal beaucoup plus grave : un mélanome malin.

En avril  1978, de retour en Jamaïque, Bob Marley réalise l'un de ses rêves en réunissant sur scène deux opposants politiques pour lesquels l'île se déchire : Edward Seaga et Michael Manley. C'est le plus beau jour de sa vie.

Le groupe commence l'année 1980 avec deux concerts donnés au Gabon pour l'anniversaire du président Bongo. Le 17 avril, c'est la cérémonie d'indépendance du Zimbabwe. Le moment est historique : la dernière colonie européenne s'apprête à rentrer dans le concert des États libres. En juin, l'album Uprising est un triomphe : le tube Could You Be Loved enflamme les pistes de danse, la tournée est un raz-de-marée mondial. Le 21 septembre, juste après deux spectacles donnés au Madison Square Garden de New York, Bob Marley est pris d'un malaise : son cancer s'est généralisé. Il insiste pour honorer un concert à Pittsburgh, le 23 septembre. Ce sera le dernier. Soigné en Allemagne, à bout de forces, le chanteur veut finir ses jours en Jamaïque mais il décède aux côtés de sa mère, à Miami, trop affaibli. Avant de mourir, il dira à son fils Ziggy, l'un de ses onze enfants : « L'argent ne fait pas la vie. »

Dominique PARRAVANO

À découvrir

Sur le même thème