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Bon anniversaire les SHADOKS

Publié le 2 juin 2018

Il y a cinquante ans, les SHADOKS, ces étranges créatures ont coupé la France en deux, déclenchant une grande polémique nationale !

Un mois avant Mai 1968, un drôle d’ovni débarquait à la télévision.

Un dessin animé pas comme les autres, destiné aux adultes, avec des personnages bizarres, des oiseaux comme gribouillés au crayon, étranges volatiles venus d’une autre planète : Les Shadoks.

Leur histoire était racontée par une voix off énigmatique : celle de Claude Piéplu.

Ceux qui ont moins de 50 ans risquent de ne pas les connaître – à moins qu’ils aient vu sur Canal +, en 2000, la quatrième et ultime saison diffusée par la chaîne.

Qu’ils sachent cependant que ces petites bêtes ont fêté leur 50e anniversaire le 29 avril dernier.

Pourquoi y revenir aujourd’hui ?

Simplement parce que ce court programme, diffusé au temps du général de Gaulle, à l’époque où la télévision n’avait que deux chaînes, avait vraiment fait scandale et divisé la France en deux !

Chaque soir dans les foyers, les téléspectateurs se déchiraient pendant deux à trois minutes.

Il y avait les pro et les anti-Shadoks. Deux mondes qui ne pouvaient se rejoindre. Car on n’avait jamais vu ça !

« Ça », c’est-à-dire la voix extatique du formidable comédien Claude Piéplu, narrant les aventures de deux tribus venues de l’espace, les fameux Shadoks et les Gibis.

Les premiers, méchants, incultes, ne connaissaient que quelques syllabes « Ga, Bu, Zo, Meu » et passaient leur vie à pomper…

Les deuxièmes, gentils, intelligents, légers, avaient la tête couverte d’un chapeau melon anglais.

Mai 68

Les caractères très marqués des deux clans ennemis avaient fait penser à certains qu’il pouvait s’agir d’une caricature du monde du travail et de l’aliénation qu’il représente…

A pomper, comme ça, chaque soir devant des milliers de téléspectateurs, les Shadoks ne représentaient-ils pas un peu les Français travaillant à la chaîne ?

Le sujet était véritablement brûlant, au point qu’on avait envisagé que les aventures de ces oiseaux bancals n’avaient pas été pour rien dans les émeutes de Mai 68 !

Si certains estimaient que l’émission était un « horrible feuilleton de propagande de gauche », d’autres pensaient exactement le contraire.

Mais en réalité, à quel bord pouvait bien être reliée cette devise des Shadoks : « Pour qu’il y ait le moins de mécontents possible, il faut toujours taper sur les mêmes » ?

Quoi qu’il en soit, l’inventeur des 208 épisodes de ce feuilleton télévisé génial ne semblait pas axé sur son aspect politique.

Jacques Rouxel avait en effet déclaré : « Les Shadoks, c’est l’image de notre civilisation oscillant entre son matérialisme dévorant et son perpétuel rêve de poésie et de beauté. »

Avant d’ajouter : « Après tout, nous sommes peut-être tous des Shadoks ! »

Mais même si le véritable propos du projet était de déverser un peu de poésie et beaucoup d’humour dans une France un peu étriquée, ces drôles de bestioles ont, on l’a dit, suscité un véritable raz de marée de réactions, plus extrêmes les unes que les autres.

« Ça a été une nouvelle affaire Dreyfus, les gens envoyaient des lettres, disaient “Les Shadoks, c’est une émission immonde, le dessin n’est pas beau, les auteurs sont des analphabètes” », expliquait Jean Yanne en 1969.

« Massacre télévisuel flagrant », « culte de la laideur qu’il ne faut pas encourager », « on gaspille l’argent des téléspectateurs »…

Dès la première semaine de diffusion, les courriers arrivent en masse à l’ORTF mais, aussi, avec des propos archi-enthousiastes : « C’est une œuvre de salubrité publique », « Bravo pour cet humour nouveau, original, loufoque et désopilant », « Les Shadoks scintillent comme une étoile au milieu de la nullité des programmes actuels »…

Bref, il y avait bien une « guerre » en France, en 1968 !

Farfelu

Face à cette polémique interminable, certaines voix s’étaient élevées pour se faire entendre.

Si l’on murmure alors que le général lui-même ne boudait pas son plaisir quand il regardait Les Shadoks, son épouse, Yvonne, ne mâchait pas ses mots.

Mais pas ceux que l’on aurait attendus de la part de la femme d’un tel représentant de l’ordre : « Mes petits-enfants, ça les amuse, pas question de supprimer une émission si amusante », aurait-elle déclaré, en téléspectatrice éclairée.

Les grèves de Mai 68, entre autres à la télévision, suspendront la diffusion du programme jusqu’à la rentrée. Mais dès son retour, les hostilités reprendront…

Alors, que représentaient vraiment Les Shadoks ?

Laissons donc la parole à Claude Piéplu, qui a si bien servi cette saga extraordinaire.

De Jacques Rouxel, il disait en 2004 : « Il nous a transmis un monde époustouflant qui nous emmenait très loin sur une planète qui était finalement la nôtre, avec des histoires farfelues et des métaphores basées sur une philosophie de la vie et de l’humain. »

Laurence PARIS

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