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Boris Vian : Le déserteur fêté cette année !

Publié le 29 mars 2020

L'occasion du centenaire de sa naissance permet de mettre à l'honneur ce touche-à-tout surdoué qui savait aussi bien jouer de la trompette que manier le jeu de mots.

« Viens m'embrasser et je te donnerai : un frigidaire, un joli scooter, un atomixaire… » Aujourd'hui, qui ne connaît pas l'air deLa Complainte du progrès? Pourtant à sa sortie, le disque ne fut tiré qu'à 500 exemplaires et ne fit pas un carton. Mais cette petite musique qui entre dans la tête a traversé le siècle et su trouver son public, à l'image de la vie et de l'œuvre de Boris Vian.

UNE ENFANCE DORÉE

Jusqu'à ses 9 ans, le jeune garçon qui doit son nom à la passion de sa mère pour le compositeur russe Boris Godounov, connaît l'aisance grâce à la fortune paternelle. Mais le krach boursier de 1929 ruine en partie la famille qui se replie dans la maison du gardien et loue la villa située du côté du parc de SaintCloud tandis que le père se met à travailler. Trois ans plus tard, autre drame, Boris contracte une angine infectieuse qui lui provoque une insuffisance aortique. Déjà, tous savent que sa vie sera courte

JAZZ À SAINT-GERMAIN

Brillant, il passe deux bacs et finit ingénieur de l'École centrale en 1942. En parallèle, il écrit, joue de la trompette et a déjà fondé un premier groupe de jazz avec ses deux frères. Rapidement, il rejoint l'orchestre Abadie, l'un des plus renommés. Il se produit alors dans les clubs de Saint-Germain-des-Prés qui devient son fief. Il y retrouve ses amis dont Jacques Prévert, Juliette Gréco, Jean-Paul Sartre (qui deviendra Jean-Sol Partre dans L'Écume des jours), Simone de Beauvoir (la duchesse de Bovouard du même roman) et surtout Raymond Queneau, qui publie chez Gallimard son texte Vercoquin et le Plancton.

PREMIERS ROMANS ET GROSSES DÉCEPTIONS

En 1946, il quitte son poste d'ingénieur à l'Afnor pour l'Office professionnel des industries et des c o m m e rc e s du papier et du carton qui lui laisse du temps pour écrire et peindre. Il termine L'Écume des jours rapidement, qui sort chez Gallimard. Mais il échoue au prix de La Pléiade et ne vend qu'une centaine d'exemplaires. La même année, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan sort J'irai cracher sur vos tombes, un pastiche des romans noirs américains dans lequel il glisse des scènes érotiques qui affolent les critiques. Le très bien-pensant « Cartel d'action sociale et morale » dépose plainte. Heureusement, en août 1947, le tribunal suspend les poursuites. Les ventes atteindront 120 000 exemplaires en un peu plus de deux ans.

Néanmoins, la série noire continue. Après un refus de Gallimard, L'Arrache-cœur est finalement publié en 1953 aux éditions Vrille mais c'est un échec. Côté vie privée, Boris quitte sa femme, Michelle Léglise, mère de ses deux enfants, Patrick (1942) et Carole (1948) et se retrouve sans le sou. Il pige dans Combat grâce à Albert Camus et dans d'autres titres comme Samedi Soir et… France Dimanche.

L'HEURE DU SUCCÈS

Heureusement, la roue tourne. Il épouse Ursula Kübler le 8 février 1954, une danseuse suisse qui a participé aux ballets de Roland Petit. Et sa pièce Cinémassacre, composée de sketches, fait un tabac. Il fait alors la rencontre décisive de Jacques Canetti, directeur artistique chez Philips et fondateur des Trois Baudets qui en programme la reprise. C'est lui qui, en 1955, l'encouragera à pousser la chansonnette sur cette même scène ! À l'époque, l'artiste écrit déjà pour des chanteurs, dont Mouloudji, qui transforme Le Déserteur en tube avant de s'attirer les sifflets après la défaite de Diên-Biên-Phu et même la censure du titre au moment de la guerre d'Algérie (1958).

SURMENAGE

Fin 1955, chargé du catalogue de jazz de Philips, il édite Rock and Roll, aidé d'Henri Salvador et de Michel Legrand. Ce disque qui se veut parodique de cette musique nouvelle se vend jusqu'au Pays-Bas ! Mais en juillet 1956, il est frappé d'un œdème pulmonaire… Il ne renonce pas pour autant à endosser l'habit du cardinal dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy et crée à un rythme effréné : articles, chansons, livres, musique… sur tous les fronts.

Le 23 juin 1959, il se rend à la projection du film adapté de son roman J'irai cracher sur vos tombes. Il ne croit pas à cette version et a déjà croisé le fer avec ses producteurs. Tous ses proches sont là, et c'est donc à leurs côtés qu'il aurait crié, puis se serait effondré après avoir lu « D ’ ap rè s le roman de Vernon Sullivan, traduit de l'américain ar Boris Vian » lors du généique d'introduction. Alors âgé de 9 ans, lui qui était persuadé qu'il 'atteindrait pas les 40 ans, ne reprit amais connaissance. L'homme à la inquantaine de pseudonymes fut nterré dans le cimetière de Ville'Avray un jour de grève des pompes unèbres. Ce sont ses amis qui durent escendre le cercueil du corbillard. ne mise en terre pataphysique !

Mathias Malzieu, le parrain

Celui que Patrick Vian, le fils de Boris, qualifie de « Frère de cœur » représente un choix logique quand on sait que le chanteur du groupe Dionysos vient de reprendre la direction artistique du théâtre des Trois Baudets, la mythique salle de Jacques Canetti à Montmartre où Boris Vian a fait ses débuts de chanteur.

Le beau livre

Nicole Bertolt, la mandataire du patrimoine de l'artiste, et la critique d'art Alexia Guggémos ont réuni 100 dates clés, 100 textes, 100 titres de musique, 100 objets… • Boris Vian 100 ans, éditions Prisma, 39,95 €.

Les collections

Le Livre de poche renouvelle les couvertures de tous ses titres avec des visuels à l'allure rétro et aux couleurs pastel. Ce coffret recèle Cantilènes en gelée, En avant la zizique et L'Écume des jours, choisis par le parrain du Centenaire, Mathias Malzieu (19 €).

La biographie

Pour tout connaître de sa vie, ses inventions et ses objets fétiches, lisez Boris Vian, le sourire créateur de ValèreMarie Marchand. • Éditions Écriture, 22 €.

La musique

Ce coffret collector (4 CD + 1 livret) associe Serge Reggiani à Jacques Higelin, Catherine Ringer, Serge Gainsbourg, Henri Salvador et La Bande à Bonnot. 100 objets…  • 100 ans, 100 chansons. En exclusivité chez Fnac, productions Jacques Canetti, sortie le 6 mars, 19,99 €.

Julie BOUCHER

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