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Brigitte Bardot : “Jeanne Moreau, 
ma plus grande rivale…”

Publié le 22 août 2017

En 1965, lorsque Louis Malle réunit les deux plus grandes stars féminines de l’époque, Brigitte Bardot et Jeanne Moreau, pour  Viva Maria !, il espère que leur duo va faire des étincelles.

Il est encore loin d’imaginer ce qui l’attend… Dans l’hommage que nous rendions, la semaine dernière, à Jeanne Moreau, qui venait tout juste de mourir, voici ce que nous écrivions, pour illustrer les audaces d’une femme doublée d’une comédienne exceptionnelle : « Il fallait un certain courage pour oser, en 1965, se mesurer à l’écran avec sa seule véritable rivale sur le plan de la gloire mondiale : Brigitte Bardot. C’était dans Viva Maria !, tourné par son ex-amant, Louis Malle. »

Cette rivalité, nous ne l’avons pas imaginée ! Car elle existait bel et bien, en coulisses, dans la mesure où les deux actrices savaient qu’elles risquaient gros dans cette confrontation au sommet, si jamais l’une l’emportait nettement sur l’autre.

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Cet enjeu a été confirmé il y a quelques jours dans Paris Match, par Brigitte Bardot elle-même ! Comme d’habitude, BB ne mâche pas ses mots. Voici donc ce qu’elle assène, à propos de Jeanne : «Je la trouvais pire que belle, dangereuse !»

Redoutable

Quel cinéaste aurait eu, au milieu des années 60, le courage, pour ne pas dire l’inconscience, de mettre en présence ces deux « monstres » ? De les confronter dans un même film ? Eh bien, Louis Malle, qui l’avait fait, le justifiait ainsi : « Ces femmes si différentes ont un même enthousiasme, une même gaieté, une même passion de vivre, dit-il. Je rêvais de les associer pour montrer les ressources inattendues de leur talent comique. »

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Dans cette rencontre explosive, Brigitte Bardot était sans doute celle qui prenait le plus gros risque ; simplement parce qu’elle était en quelque sorte la « petite dernière », même si son nom était déjà connu du monde entier.

Elle en était d’ailleurs tout à fait consciente, à l’époque : « Nous nous sommes rencontrées, la première fois, à son domicile de la rue du Cirque, raconte BB dans Paris Match. J’avais 30 ans, Jeanne quelques années de plus et déjà un immense passé de comédienne exceptionnelle. Face à elle, je réalisais qu’il fallait que je relève le défi. Mais l’avoir comme partenaire, c’était la chance de devenir son égale dans l’esprit du public. Ma nonchalance, une certaine paresse naturelle pouvaient jouer contre moi dans ce projet. Il allait falloir jouer gros et serré. Et comme je déteste perdre… »

Face-à-face tendu, alors ? Dramatique, même ? Pas du tout ! « Cette rencontre, affirme aujourd’hui Brigitte, fut agréable à travers nos rires spontanés. Nous étions rivales, certes, mais en même temps très bien élevées. Nous avons répété Ah !, les p’tites femmes de Paris, la chanson qui allait devenir mythique, en nous tenant par la taille comme deux gamines qui pouffent de rire. Je me souviens que ma voix s’étranglait, quand la sienne s’épanouissait ! Je trouvais Jeanne simple mais sophistiquée, chaleureuse mais dure, séduisante mais redoutable. Enfin, je la trouvais telle que je l’imaginais, avec son extraordinaire pouvoir de séduction qui dissimulait mal son caractère d’acier trempé. »

C’est à ce moment-là que BB résume son sentiment vis-à-vis de Jeanne Moreau, en déclarant qu’elle était pire que belle : dangereuse… Ce danger va se concrétiser brutalement quelques mois plus tard, alors que toute l’équipe a déjà commencé à tourner Viva Maria ! au Mexique. Un beau matin, l’agent de Brigitte débarque de France et lui tend une pile de journaux du monde entier.

Pour BB, c’est un choc terrible : « Jeanne faisait la une partout ! En français, en allemand, en anglais, en italien, même en japonais ! Ce jour-là, j’ai pris la rage. Fini la nonchalance, la paresse, les refus de photos… J’ai ouvert mes portes et je me suis livrée, insolente, sous tous les angles. J’ai sorti ma guitare, j’ai dansé pieds nus sous les objectifs, j’ai chanté. Les photo­graphes étaient aux anges. Cette revanche s’est déroulée à Cuernavaca, et j’ai gagné la deuxième manche. »

Impossible

Une manche partout, donc. Et la belle, alors ? Eh bien, elle n’aura pas lieu : comment organiser une belle… entre deux belles ? Impossible ! Surtout quand il s’agit de deux immenses stars, qui ont compris qu’elles étaient de la même race et que les sentiments mesquins, telles que l’envie, la jalousie, n’avaient rien à faire entre elles.

C’est le sens des mots émouvants dont se sert Brigitte Bardot pour conclure : « Aujourd’hui, je garde dans mon cœur le souvenir d’une immense actrice, d’une femme brillante et intelligente. Je ne l’oublierai jamais. Elle a fait partie de ma vie comme de nos vies. »

Didier Balbec

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