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Brigitte Bardot : "Pourrai-je attendre encore longtemps ?"

Publié le 24 septembre 2004

Son bouleversant appel à Jacques Chirac A quelques jours de son anniversaire, Brigitte Bardot a accepté de nous recevoir au siège parisien de sa fondation, dans le XVIe arrondissement.

Et à cette occasion, elle nous a révélé, en exclusivité, le contenu de la lettre que Brigitte Bardot s'apprêtait à envoyer au président de la République. Une « lettre ouverte » qui concerne, bien entendu, les animaux, ses chers animaux, et le combat qu'elle mène sans relâche pour eux.

Une lettre qui commence par ces mots, courageux et sans ambiguïté : « Après tant d'années passées à combattre l'injustice, la cruauté, à oeuvrer pour améliorer la condition animale et dénoncer le comportement de l'homme qui se montre, si souvent, barbare envers son frère dit "inférieur", je désespère d'être un jour entendue.»

Requête, mais une lettre aussi, dans laquelle Brigitte présente à Jacques Chirac sept requêtes, toutes applicables sur notre territoire, afin d'améliorer le sort des animaux. Une lettre, enfin, qu'elle termine de sa main par ce cri déchirant : « Depuis le temps que j'attends ! Pourrai-je attendre encore longtemps?»

Et ce même si, comme elle nous l'a aussi avoué, Brigitte n'a pas du tout l'impression d'avoir 70 ans, ni dans son cœur, ni dans son âme...

->Voir aussi - Brigitte Bardot : "J'ai fait la manche à Saint-Tropez"

France Dimanche (F.D.) : Chère Brigitte, à la veille de fêter vos 70 ans, comment allez-vous ?

Brigitte Bardot (B.B.) : Écoutez, je vais très bien, si ce n'est cette foutue jambe qui m'empêche d'être aussi jeune que je voudrais l'être !

F.D. : Qu'avez-vous prévu pour votre anniversaire ?

B.B. : Rien du tout ! Je ne vais pas faire une fête parce que j'ai 70 ans. Par contre, comme tous les ans, je vais organiser un petit dîner avec Frank Guillou, mon secrétaire, madame Calmels-Bock, la directrice de ma fondation ; Mylène, qui est en quelque sorte ma «fille adoptive»; un ami coiffeur, Gérard La Perruque... Bref, les quelques personnes que je vois tout le temps et que j'aime.

F.D. : Vous nous avez parlé d'un cadeau qui vous ferait vraiment plaisir...

B.B. : Mon plus beau cadeau, ce serait que les animaux arrêtent de souffrir ! Voilà pourquoi j'ai décidé d'écrire directement à Jacques Chirac : je vais lui envoyer cette lettre la veille de mon anniversaire... Un courrier où je lui demande sept choses à propos des animaux. Des points que la Communauté européenne a déjà votés, mais sur lesquels la France est toujours lanterne rouge... Il faut que ça change!

F.D. : À part cela, êtes-vous plutôt heureuse d'être arrivée jusqu'ici... ou triste d'en être déjà là ?

B.B. : Ces 70 ans, si je ne les avais pas, c'est que je serais déjà morte ! Donc, il faut accepter le temps qui passe. Et je me dis que je l'ai bien employé, ce temps, de façon positive, pour un combat qui en vaut la peine. C'est du temps qui a servi à quelque chose.

F.D. : Le temps où vous étiez actrice aussi ?

B.B. : D'une certaine façon, oui. Parce que si je n'avais pas connu la gloire à ce point, même si ça ne me plaisait pas toujours, je n'aurais jamais pu faire tout ça pour les animaux.

F.D. : Comment réagissezvous lorsque vous revoyez un de vos films ?

B.B. : Ça me fait rire ! Je m'amuse comme une folle, comme si ce n'était pas moi. J'ai beaucoup de mal à faire le rapprochement. En plus, la plupart du temps, je ne me souviens plus du tout de l'histoire. Alors, je le regarde en me disant : « C'est quoi la fin? Je ne me souviens plus de rien.» C'était il y a tellement longtemps, tout ça...

F.D. : Quand vous regardez en arrière, quel est votre meilleur souvenir ?

B.B. : Franchement, aucun. Dès que je me penche sur le passé, j'ai le cafard. Parce que les choses ont beaucoup changé... Mes parents sont morts, mes animaux sont morts, la plupart des personnes que j'ai aimées sont mortes. J'évite donc au maximum de me tourner vers un passé qui me fait terriblement mal. Je préfère penser au présent et à l'avenir.

F.D. : L'avenir ressemble parfois au passé. Vous repartez, en effet, en guerre pour les bébés phoques...

B.B. : C'est horrible. Le monde est pourri ! Ils ont arrêté pendant dix ou quinze ans parce que c'était la honte de l'humanité. Mais aujourd'hui, ils ont prévu d'en abattre un million sur trois ans. C'est abominable. Donc, j'essaie d'avoir des signatures de personnalités de tous horizons, que je vais apporter à Koffi Annan, en demandant à l'ONU d'intervenir au niveau du gouvernement canadien. Je ne vois pas d'autre manière de faire cesser cette horreur...

F.D. : Vous semblez plus heureuse au milieu des animaux qu'avec les hommes...

B.B. : Bien sûr. Pourtant, Roger Vadim a été une personne très importante dans ma vie. Et Sacha Distel, le pauvre... Il était avec nous au Noël des animaux, en décembre dernier, je ne savais même pas qu'il était malade. Il ne l'avait dit à personne et, pourtant, il était venu nous donner un coup de main. Et puis il y a Bernard, mon mari.

F.D. : Cela fait déjà douze ans que vous êtes ensemble...

B.B. : Oui, et Bernard m'aide énormément. Il est très présent, surtout dans mes moments de déprime, quand tout va mal. Il m'écoute pendant des heures parler de mes animaux. Mais ce n'est pas tout ! Nous partageons vraiment beaucoup de choses.

F.D. : Avez-vous pensé à votre succession au sein de votre fondation ?

B.B. : Je ne vois personne. Moi, j'ai tout quitté, tout vendu. J'ai donné La Madrague à ma fondation, même si j'en ai l'usufruit jusqu'à ma mort. J'ai vendu tous mes costumes de scène, mes bijoux, mes meubles, mes souvenirs, tout. Il faut beaucoup d'argent pour monter une fondation...

F.D. : Brigitte, avez-vous peur de la mort ?

B.B. : Ça me terrifie! Je me bats contre la mort, vous ne pouvez pas savoir... Elle me tétanise. Et, en même temps, quand je suis très fatiguée, très déprimée, je me dis que si un jour j'en ai plus que ras le bol, ce sera une porte de sortie pour ne plus souffrir...

F.D. : Qu'aimeriez-vous qu'il reste de vous ?

B.B. : Mon combat pour les animaux. Et il ne faut pas que ça s'arrête avec moi, je me suis donné trop de mal !

Caroline Berger

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