France Dimanche > Actualités > Brigitte Bardot : "Profitons de ce confinement pour réfléchir au prix de la vie !"

Actualités

Brigitte Bardot : "Profitons de ce confinement pour réfléchir au prix de la vie !"

Publié le 2 mai 2020

.photos:bestimage

En cette période de confinement, Brigitte Bardot pense encore et toujours aux animaux. Et aux humains, qu'elle adjure de changer de mode de vie. Interview engagée, zen et exclusive, réalisée par notre collaboratrice Wendy Bouchard.

Alors que nous sommes tous tenus de rester chez nous et de limiter au maximum nos motifs de sortie, j'ai pensé donner la parole à une « confinée volontaire » : Brigitte Bardot.

Depuis des années, elle a choisi de vivre au calme, entre ses deux modestes maisons de Saint-Tropez, la Garrigue, dans les hauteurs, et la Madrague, en bord de mer, léguée à sa fondation. Retirée, mais au courant de toute l'actualité, elle continue de répondre assidûment, à la main, au généreux courrier quotidien qu'elle reçoit. Nous lui donnons rendez-vous par téléphone à 16 heures, alors qu'elle respire la nature et la sérénité de sa petite ferme où vivent quelques animaux comblés : ânes et chevaux, moutons et chèvres, quelques bêtes de basse-cour et ses fidèles chats et chiens, de Chiffon à Nez-rouge.


Brigitte nous « attend » sur sa terrasse, chapeau de paille retenu par des cheveux noués. Elle nous accorde une vingtaine de minutes d'échanges, chaleureuse, déterminée, généreuse et malgré tout, pleine d'espérances…

Wendy Bouchard : Brigitte, certains vétérinaires signalent en ce moment des chiens et des chats, la peau du cou et du dos et les coussinets brûlés par des produits détergents : eau de Javel ou gel hydroalcoolique !

Brigitte Bardot : Écoutez… les vétérinaires, les médecins, tout le corps médical a dit : l'animal ne porte pas de virus transmissible à l'homme ! Mais ça n'arrête pas, les gens ne comprennent pas ! C'est l'homme qui détruit l'homme et qui peut même infecter l'animal en effet, avec lequel il vit, mais pas dans l'autre sens !!! Le seul ami qui est avec nous en ce moment et avec lequel on peut avoir la plus grande confiance, c'est notre chien ou notre chat.

WB : D'où la nécessité de protéger aussi son animal, respecter aussi les gestes barrière avec lui… Mais j'imagine que vous vous inquiétez des conséquences, notamment pour les refuges ?

BB : Nos refuges continuent à assurer leurs missions avec toutes les précautions sanitaires pour protéger les employés évidemment, des rotations horaires, aucune proximité et un équipement nécessaire. Nous, nous avons des abandons de chiens et de chats en ce moment, souvent de personnes décédées de cette saloperie ou d'autres choses, et de gens partis à l'hôpital et qui évidemment ne peuvent plus s'occuper de leurs animaux. Nous n'avons pas encore, heureusement, de vagues d'abandons comme à l'été, au moment des vacances…

WB : C'est pourquoi vous en appelez à la solidarité ?

BB : Oui, je m'adresse à vous si vous souhaitez vous proposer comme familles d'accueil… ne serait-ce que quelque temps, en accueillant les animaux de personnes hospitalisés. On a besoin de vous d'autant plus que les refuges sont saturés… Voilà pourquoi on vous dit et redit que vous ne prenez aucun risque en vous proposant généreusement : l'animal ne vous contaminera pas, c'est impossible !!! [Ce message est également communiqué par l'ANSES, haute autorité de santé, ndlr]. La Fondation et les associations animales sont à votre écoute.

WB : La catégorie « nourrissage d'animaux » n'existe pas dans l'attestation de déplacement et vous le déplorez…

BB : Heureusement, il y a des tolérances, mais quand on donne des amendes terribles à des petites dames qui vont ravitailler des chats abandonnés qu'elles nourrissent depuis toujours, c'est scandaleux ! Je pense aussi aux ânes, aux chevaux, que les propriétaires ne peuvent pas forcément aller alimenter quand ils sont en pâture loin de chez eux. Mais aussi aux vaches, aux moutons, qui doivent être nourris, et qui devraient pouvoir l'être facilement… Il faut évidemment assouplir ces règles le temps du confinement !

WB : Comment vivez-vous cette période qui nous fait tous réfléchir ?

BB : Eh bien, moi je la vis depuis très longtemps, cette période, car je suis confinée… par volonté. Je ne tiens pas à voir beaucoup de gens, je prends du temps pour méditer et m'occuper des animaux et pour réfléchir à ce qu'est la vie, et pourquoi elle est devenue aussi invivable… Et je pense qu'après cette apocalypse qui nous tombe sur le nez, les gens devraient réfléchir un peu plus au prix de la vie et au prix d'une vie avec plus d'empathie et de compréhension des choses…

WB : « Profiter » de cette période pour faire le point sur la manière dont nous vivons…

BB : Bon…, au vu de l'intelligence moyenne, je ne sais pas si on y arrivera. Mais il faudra un peu moins se porter sur les choses futiles de l'existence, être plus attentif à la nature, à sa beauté, sans toujours aller à l'autre bout du monde pour voir une nature différente. Réfléchir à moins de superficialité, moins de voyages, moins de tourisme, c'est tout ça en fin de compte, tout ce brassage qui nous a amené cette épidémie. Vous savez, il faut rappeler un fait : tous les animaux qui sont dans des élevages « concentrationnaires », intensifs, industriels, vivent la même chose que nous actuellement. Ils vivent cloîtrés, sans voir le jour, dans des conditions de salubrité épouvantable, et ils finissent à l'abattoir. Il faut réfléchir aussi à ce qu'on fait subir aux animaux et ne pas se plaindre seulement dans un sens. On peut s'interroger aussi en ce moment et se dire qu'il est insupportable d'infliger des souffrances pareilles aux animaux de consommation !

WB : Voilà pourquoi vous continuez à clamer : « Mangez moins de viande » par exemple ?

BB : Mais oui, car c'est de là que provient le gros problème ! Parce que les Chinois consom-ment de la viande des marchés dits « humides », une viande d'animaux vivants que l'on tue sur place et qui sont porteurs de saloperies. Des virus qu'on ne connaît pas, extrêmement agressifs, qui contaminent l'être humain !

WB : Et le fait que la Chine ait brûlé ce marché de Wuhan – d'où semble être venue l'épidémie –, puis interdit le commerce d'animaux sauvages, ça veut dire quelque chose ?

BB : Le marché a été rasé, mais c'est juste gommer une partie du problème. Pour le reste, c'est faux !!! Les Chinois n'ont pas arrêté ces marchés qu'on appelle « humides ». Ils ne vont pas faire cesser le trafic et vont continuer à manger du chien par exemple. Il y aura toujours ce « festival » du chien chaque été à Yulin, où 10 000 chiens sont massacrés, vous vous rendez compte ! [Un grand spécialiste des maladies infectieuses, le Pr Didier Sicard dit d'ailleurs que nous serons de nouveau victime d'épidémies majeures tant que le commerce illégal d'animaux ne sera pas criminalisé, il le compare même au trafic de drogues ! Ndlr]

WB : Quand vous vous levez le matin en ce moment, à quoi pensez-vous ?

BB : Je vais vous dire : je revois plein d'oiseaux que je ne voyais plus… On remarque des sangliers qui se baladent sur le chemin de douanes, qui viennent chercher du pain, je les nourris. Je ne voyais plus d'écureuils et je recommence à en apercevoir, c'est extraordinaire. Et puis on entend ce silence magnifique, moi j'adore ! Alors je dis à tous ceux qui nous lisent : profitez aussi de ce moment pour élever votre âme et votre cœur…

Wendy BOUCHARD

À découvrir