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Brigitte Bardot : Sa déclaration d'amour à Serge Gainsbourg !

Publié le 3 novembre 2006

C'est dans le passionnant ouvrage d'Alain Wodrascka, consacré au chanteur que Brigitte Bardot a fait ce bouleversant témoignage

De la rencontre en 1959, sur le tournage de Voulez-vous danser avec moi ? entre Brigitte Bardot et Serge Gainsbourg sont nées de superbes chansons.

L'appareil à sous, Bubble Gum et trois tubes qui sont encore sur toutes les lèvres : Bonnie and Clyde, Harley Davidson, sans oublier l'inoubliable Je t'aime moi non plus, enregistrée par BB en 1967, mais longtemps exclusivement chantée par Jane Birkin (jusqu'en 1986), alors mariée à «l'homme à la tête de chou».

C'est l'histoire de sa relation fusionnelle avec l'artiste, déjà évoquée dans son ouvrage Pourquoi ? (Éditions du Rocher), que raconte aujourd'hui BB dans sa préface au livre d'Alain Wodrascka, Serge Gainsbourg Over the Rainbow paru chez Didier Carpentier.

->Voir aussi - Brigitte Bardot : Son combat pour sauver un homme !

Une préface en forme de déclaration d'amour que nous reproduisons ci-après in extenso.

« Difficile de décrire en peu de mots la personnalité si étonnante de cet homme aux mille facettes que fut Serge Gainsbourg.

On n'arrête pas d'écrire sur lui, de parler de lui, de lui rendre des hommages mérités mais finalement personne n'a vraiment cerné la profondeur et la multiplicité de ce caractère si fort et si fragile, si tendre et si impertinent voire insolent, si vulnérable, si timide dans ses agressivités qui ont défrayé la chronique.

J'ai eu la chance extraordinaire de rencontrer un homme différent des autres, qui a mis son génie, son talent, sa disponibilité, sa tendresse, sa douceur, son admiration, au service de l'amour que nous avons partagé pendant peu de temps, hélas, mais qui fut une passion dévorante qui nous brûla. Cette force qui nous unissait fut très créative.

Un matin il me réveilla et me dit : "Je t'ai écrit cette nuit la plus belle preuve d'amour du monde." C'était Je t'aime moi non plus. D'une impudeur grandiose. À notre image !

« Après l'avoir enregistrée avec lui, en nous tenant la main, je ne pus malheureusement pas la sortir car étant mariée à l'époque, le scandale aurait été abominable. Ce fut donc Jane Birkin qui en hérita, et c'est tant mieux, car je l'aime beaucoup. »

Déchéance

« Il composa pour moi la fameuse Harley Davidson devenue un classique, bien que je n'aie jamais su conduire une moto, mais on s'en foutait, on s'amusait. Et puis Bonnie and Clyde, superbe chanson qui est classée elle aussi dans les "inoubliables"; il y eut Comic Strip et plein d'autres moins connues.

Après notre séparation, il m'écrivit, dans la détresse, un vibrant hommage Initials B.B., qui reste, pour moi, la plus belle déclaration d'amour qu'un homme m'ait jamais faite.

« Serge portait en lui, comme tous les Russes, la magnificence d'un prince, une classe innée, un mépris total pour la médiocrité, une extase de l'esthétisme, la recherche du sublime, une certaine quête de la perfection.

Il ne se contentait jamais d'à peu près.

Déçu par la vie, épuisé par ses multiples échecs amoureux, cet absolutiste bascula du jour au lendemain dans ce qu'il appela "Gainsbarre".

Son talent de compositeur, son génie de musicien s'en allèrent vers de troubles et négatives compositions qui reflétèrent ses états d'esprit en déroute mais n'en furent pas moins des succès planétaires.

« L'alcool, la détresse morale, la solitude de son âme se répercutèrent aussi sur son physique.

Incapable d'assumer le meilleur, il se laissa porter vers le pire. C'était un "jusqu'au boutiste" sans concession. C'est le pire qu'il choisit et eut raison de lui, malgré la naissance du petit Lulu, arrivé peut-être un peu trop tard et qui ne retint plus son envie de se détruire.

(Malgré son désespoir, il m'avait envoyé un chèque de 200.000 F pour ma Fondation, en 1989. Merci.)

Son suicide fut lent et quotidien, il laissa le temps faire son œuvre maléfique sur un organisme déjà très éprouvé, ne tenant plus aucun compte des dangers, des risques que toutes ses extravagances pouvaient engendrer.»

« Il est mort seul, le 2 mars 1991 après un défi à la mort qui dura longtemps. On le retrouva, ce matin-là, dans son bel hôtel particulier de la rue de Verneuil, au milieu de ses objets, de ses meubles, de son joli univers sur lequel il régnait avec une furieuse maniaquerie, ne laissant personne déplacer le moindre bibelot. Je pense qu'il règne toujours sur son univers car pour le moment tout est resté en place.

Jane Birkin et leur fille Charlotte veulent en faire un musée, mais le temps passe et seuls les tags sur le mur extérieur témoignent du souvenir éternel de ceux qui comme nous tous le consacrent comme "Immortel".»

Brigitte BARDOT La Madrague, juillet 2006

Dominique Préhu

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