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Bruno Crémer : "Il savait écouter !"

Publié le 20 août 2010

" Nous étions fiers à 20 ans d'être ses amis " Belmondo, Rochefort, Vernier, Rich, tous ses copains du Conservatoire ont interrompu leurs vacances pour rendre un dernier hommage à cet artiste exceptionnel, Bruno Crémer.

En ce vendredi 13 août, avant un weekend pluvieux, le soleil avait réservé ses derniers rayons à Bruno Crémer, disparu à 80 ans, une semaine plus tôt. Devant l'église Saint-Thomas-d'Aquin à Paris, plus de 700 personnes étaient venues lui rendre un dernier hommage, soutenir sa veuve Chantal, ses trois enfants et ses deux petits-enfants. Nombreux étaient aussi les artistes qui avaient interrompu leurs vacances pour saluer l'inoubliable commissaire Maigret.

Marchant à l'aide d'une béquille et soutenu par son ami Pierre Vernier, Jean-Paul Belmondo était venu saluer son vieux copain. À ses côtés, les autres survivants de l'exceptionnelle cuvée 1952 du Conservatoire d'art dramatique de Paris, dont Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Claude Rich, accompagné de son épouse, Catherine. Complices il y a un demi-siècle, ils avaient envoyé une gerbe en forme de pyramide, signée de leurs noms et portant cette mention : « À bientôt. »

->Voir aussi - Bruno Crémer : Adieu commissaire

« C'est une émotion très grande d'accompagner à sa dernière demeure un très grand ami, confiait Claude. Nous sommes entrés au Conservatoire ensemble et nous n'avons cessé de nous voir jusqu'à présent. Je n'aurais pas pu ne pas être là aujourd'hui. Nous n'aurions pas pu ne pas être là tous ensemble tant cet homme était dans nos coeurs. »

Jean-Pierre Marielle a ajouté : « C'était un grand acteur, et il n'y en a pas des masses. C'était un artiste ! »

Éloge

En l'église Saint-Thomas-d'Aquin, Pierre Vernier a lu un éloge funèbre écrit par Jean Rochefort. « Nous étions fiers à 20 ans d'être des amis de Bruno, s'est souvenu le comédien. Amis intimes d'un ami que l'on ne connaissait pas. Il parlait peu, mais sa voix nous subjuguait. »

Marie-Clémentine, la cadette des filles de Bruno, a pris la parole, des sanglots dans la voix : « Il nous a transmis le goût de l'astuce, de la légèreté, le plaisir de jouer. Il nous a surtout donné beaucoup d'amour. »

Tous, comme Niels Arestrup, Jacques Perrin, Monique Chaumette, Pierre Schoendoerffer, Jean-Claude Brisseau et Jacques Spiesser, ont ensuite accompagné Bruno Crémer vers sa dernière demeure, au cimetière parisien du Montparnasse, où est inhumé, entre autres, Claude Sautet, avec qui Bruno tourna Une histoire simple. Un titre qui ferait une parfaite épitaphe sur sa sépulture...

[box type="info" style="rounded"]Interview Jacqueline Danno

Jacqueline Danno a joué dans Maigret et les plaisirs de la nuit, réalisé par José Pinheiro en 1992. C'était l'une des toutes premières enquêtes du célèbre commissaire que Bruno Crémer a interprété. Pour France Dimanche, elle se souvient du comédien.

France Dimanche : Comment s'est passé votre tournage ?

Jacqueline Danno : Je jouais Rose, le rôle principal après celui de Bruno, avec Jean-Louis Foulquier, qui était formidable. Je me souviens que nous tournions dans un grand hangar mal chauffé à Aubervilliers, par un froid de gueux. Les mômes qui interprétaient les strip-teaseuses étaient gelées. La machine qui souf ait de l'air chaud faisait tant de bruit qu'on devait l'arrêter pendant les prises. Avec Bruno et Jean-Louis, nous leur préparions des grogs pour les réchauffer et nous leur frictionnions le dos. J'ai aimé travailler avec Bruno Crémer sur ce Maigret. Nous habitions le même quartier, à Montmartre, et je le croisais souvent en me rendant à La Souricière, le café des habitués du quartier.

France Dimanche : Il existait entre vous une réelle complicité...

Jacqueline Danno : J'ai éprouvé une grande joie à lui donner la réplique. Face à Bruno Crémer, je me retrouvaisenprésenced'unhomme, d'unêtre humain. Ce que j'ai apprécié chez lui, c'est sa dimension humaine, l'acuité de son regard. Il savait écouter. Quand il me regardait et que je le regardais, ce n'était plus Bruno, mais bien Maigret qui m'observait, et j'étais Rose. Il lisait en moi. S'il avait été commissaire, Bruno aurait fait avouer n'importe qui ! Il avait une telle bonté que j'étais en confiance. Quand nous avons tourné la dernière scène de cet épisode de Maigret, je me suis souvenue d'une de mes chansons, L'homme à la pipe, écrite par Michel Rivgauche. Il y était question d'un Maigret en Bretagne. J'ai suggéré à José Pinheiro de reprendre la dernière phrase de la chanson pour terminer letéléfilm. « Est-ce que je peux prendremon manteau monsieur le commissaire ?», tandis que Bruno sortait, refermant la porte sur une Rose qu'il n'inculpait pas. J'ai adoré le comédien avant d'estimer l'homme. Il n'y avait que lui pour entrer ainsi dans son personnage tout en restant lui-même.[/box]

Manu Dessalins/Dominique Préhu

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