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C'est le mois du Belge Canto...

Publié le 25 octobre 2020

Tandis que l'on fête les 400 ans du Manneken Pis de Bruxelles, on célèbre aussi le rayonnement tout aussi grand de la chanson de ce petit (plat) pays avec de nombreux anniversaires. Florilège.

Depuis plus d'un demi-siècle, de Django Reinhardt en passant par Jacques Brel, Salvatore Adamo, Sœur Sourire, la regrettée Annie Cordy, Arno, Frédéric François, Maurane ou Stromae, ce petit pays exporte un nombre impressionnant d'artistes qui ont su ouvrager la langue de Molière avec talent. La scène belge a toujours été bouillonnante et sa chanson, le symbole d'un éclatant ressort créatif qui a su obtenir un bon accueil en France, et ce jusqu'à ces dernières années avec Angèle, Roméo Elvis, Damso ou une nouvelle vague, incarnée par ICO, Glints, Lous and The Yakuza, Claire Laffut, Tessa Dixson et quelques autres. Une chanson foisonnante et éclectique, exigeante et populaire, singulière et excitante. Petit tour d'horizon des artistes qui jouissent toujours d'une belle popularité ou des titres saillants du plat pays dont on célèbre les anniversaires.


1. STROMAE Alors on danse… depuis dix ans !

Il y a dix ans, porté par le succès du titre Alors on danse, tableau sombre d'une société déshumanisée, paraissait Cheese, le premier album de celui qui allait devenir le phénomène belge planétaire. Cet échalas dégingandé au regard vert-de-gris, aux traits de statue abyssine et aux sapes acidulées de collégien des sixties mettait alors en déroute n'importe quel modèle de chanteur existant. Avec cette façon de chanter avec un engagement absolu, sur des musiques addictives qui s'inscrivent d'emblée dans nos cortex, il vocalise les humeurs inquiètes de son époque. Son second album Racine carrée le confirmera avec des tubes aux couplets tranchants comme des couperets dont les thèmes touchent à l'universel, maîtrisant comme peu l'art du punchline, ces formules en forme de coups de poing poétiques, à l'instar de Papaoutai (« Tout le monde sait comment on fait les bébés mais personne ne sait comment on fait les papas »). Un vrai chanteur-acteur, un tourneur-phraseur avec cette culture du texte déclamé et interprété de manière théâtrale, ce qui lui vaut d'être comparé à Brel.

Chez ce maestro, tout est affaire de maestria. Il fait surgir la poésie la plus élégante des mots les plus quotidiens, peint aux couleurs du temps les désarrois existentiels et les palpitations contemporaines. Il est capable de faire le pont entre le hip-hop (d'où il vient), l'électro, la chanson et une world music éclectique. Une vraie exception culturelle belge qui l'a propulsé sur le toit du monde de la musique. Ses fans se languissent d'un nouvel opus depuis sa pause en 2016, même si, dans l'ombre, il intervient en tant que producteur de nombreux artistes : Disiz, Vitaa, Caballero & JeanJass ou encore MHD. Sa dernière collaboration date de 2019 : un duo avec Coldplay dans l'album Everyday Life du groupe britannique.

2. MAURANE Sa voix… dort

Interprète à l'organe puissant et généreux, la chanteuse belge Maurane est morte le 7 mai 2018 à son domicile, à Bruxelles. À 19 ans, elle chante Brel. Elle est révélée au public en 1988 dans le rôle de Marie-Jeanne, lors de la deuxième version de la comédie musicale Starmania de Michel Berger et Luc Plamondon.

C'est en 1990, il y a trente ans, qu'elle prit véritablement son envol en solo à la faveur des titres Toutes les mamas, Tout pour un seul homme ou Pas gaie la pagaille. Mais c'est avec l'album Ami ou ennemi l'année suivante qu'elle devient une des chanteuses francophones les plus talentueuses, portée par le single Sur un prélude de Bach. Triste sort : elle fera son dernier voyage en laissant un album de reprises enre-gistré peu de temps avant sa disparition du réper-toire de son compatriote Jacques Brel. Elle comptait sur cet opus pour revenir sur le devant de la scène. Maurane aurait fêté un autre anniversaire : ses 60 ans le 12 novembre prochain.

3. FRÉDÉRIC FRANÇOIS Un demi-siècle de chansons d'amour !

Dix ans après Adamo, un autre latin lover va faire chavirer le cœur du public (surtout féminin) avec ses ritournelles plus légères : Frédéric François. En 1970, il enregistre le titre Jean, adaptation de la chanson du f i l m britannique Les Belles Années de miss Brodie du réalisateur Ronald eame. Ce titre va l'aider à traverser la rontière franco-belge. Lucien orisse, le directeur des programmes d'Europe 1, la diffuse, lui permettant d'être classé pour la première fois dans un hit-parade. La suite, on la connaît : c'est connaît : c'est un chemin de roses pour le Belge d'origine sicilienne. De nombreuses géné-rations se sont retrouvées dans ses mots d'amour qui font son inusable succès. Un tour de force par les temps

qui courent, qu'il a fêté l'an dernier au Grand Rex, désertant l'espace d'une soirée son Olympia fétiche. À un stade de sa carrière d'une exceptionnelle densité où il pou r rait juste capitali5 ser sur un passé f lorissant, il continue de poursuivre son exploration du sentiment amoureux de manière inlass a b l e, avec des sorties d'a lbu m s t o u s l e s d e u x a n s ( le pro ch a i n est annoncé le 13 novembre). De sa long ue carrière demeurent de belles brassées de romances inscrites au panthéon de la chanson d'amour, dont le taux de pénétration populaire a c ontr ibué à l'enraciner dans la mémoire d'un p ub l ic f i d è l e, faisant fi des étiquettes dont on l'affuble.

4. LIO Star 80

En 1980, la mode musicale est au rock et au punk. Avec cette reprise de Peaches and Cream des Ikettes, le groupe des choristes de Ike and Tina Turner, Lio va faire le pont entre ces deux répertoires et la variété française. Sur fond de synthétiseurs survoltés, la chanteuse belge à la voix acidulée obtient un succès initial avec ce titre à double sens et équivoque. Une métaphore filée du Banana Split qui n'a donc rien à envier aux Sucettes que Gainsbourg avait fait entonner à France Gall en 1966. Toutefois, tandis que France Gall chantait en toute crédulité, la pimpante Wanda Ribeiro de Vasconcelos, devenue Lio, se délecte du texte. Et on reprend toujours, quarante ans après, en chœur : « Banana na na na na banana split Banana na na na na banana split ».

5. ADAMO La neige tombe toujours

Ce Belge d'origine sicilienne dont on ne finira jamais assez de louer la bienveillance, l'humilité et la générosité, est une star de la chanson d'expression française. En 1960, débarquant à Paris pour participer à un concours de Radio Luxembourg, il remporte la finale. Il découvre le succès en 1963 avec Sans toi ma mie et effectue sa première télévision grâce à Annie Cordy. Soixante ans qu'Adamo donne à la variété ses lettres de noblesse, et ses chansons tendresse font sa gloire. Ce tendre jardinier de l'amour, comme disait Jacques Brel, ne craint pas d'élargir le cadre, de se connecter aux humeurs de la marche du monde.

Adamo s'est toujours moqué d'être de son temps, chantant Tombe la neige ou Inch'Allah en pleine vague yé-yé. S'il continue de louer les nobles sentiments, son humanité balaie bien plus large que le spectre de la bluette sirupeuse et désarmée. Son vingt-cinquième et ultime album depuis 2018, intitulé Si vous saviez…, enregistré avec un orchestre symphonique, est sa plus belle échappée depuis son opus Zanzibar en 2003. Il illustre de la plus belle manière qu'il n'entend pas se contenter de compilations et d'hommages, déjà panthéonisé par ses confrères en 2008 avec l'album de duos Le Bal des gens bien.

6. JACQUES BREL “Ne me quitte pas” a 61 ans

Plus de quarante ans après sa mort, Jacques Brel n'a jamais quitté la place unique et majuscule qu'il occupe dans l'histoire de la chanson française. Un auteur tourmenté et un interprète exalté dont la carrière fut brève et intense. Ne me quitte pas est son premier vrai succès. Le titre a choqué car on n'était pas habitué à entendre un homme renoncer à toute dignité par amour pour une femme qui le quitte. On prétend que Brel a écrit cette lettre d'amour en forme de supplique à l'intention de sa maîtresse Suzanne Gabriello partie dans les bras de Guy Bedos. Il va si loin que la phrase la plus violente de cette résignation « laisse-moi devenir […] l'ombre de ton chien » sera expurgée par des artistes lors de leur reprise de la chanson. C'est au point qu'à l'origine destinée à une interprète féminine, Édith Piaf dira : « Un homme ne devrait pas chanter des trucs comme ça ! » Cette chanson garde une part de mystère qui a contribué à en faire une œuvre culte. Elle a été reprise par de grands artistes dont Nina Simone.

7. ANNIE CORDY 70 ans de carrière !

Décédée le 4 septembre dernier à Vallauris près de Nice, Annie Cordy fêtait cette année sept décennies consacrées à la scène où elle ne voulait donner « que du bonheur ». Comment parler de cette reine du music-hall sans une armée de superlatifs ? En Belgique, l'artiste est un monument, presque aussi célèbre que son Manneken-Pis ! Au point que les Belges ont baptisé le parc entourant l'ancienne gare bruxelloise de Laeken où elle est née à son nom. En 2004, le roi Albert II l'a même fait baronne ! C'est l'une des premières Belges à avoir réussi en France où elle a débarqué en 1950 pour devenir meneuse de revue au Lido. Depuis, elle y avait gagné ses galons. Unanimement respectée avec toujours un bout de sa Belgique natale accroché à son phrasé qui a gardé une légère pointe d'accent. De la chanson au cinéma, en passant par l'opérette, la comédie musicale, le théâtre, elle a joué tous les registres avec un talent éclatant et le même souffle vital. Cette infatigable fantaisiste qui faisait preuve d'un perfectionnisme quasi maniaque a maîtrisé tous les styles, chevauché toutes les modes, enfilé tous les costumes : Hello Dolly, Nini la chance, La Bonne du curé, Tata Yoyo ou Madame Sans-Gêne. Quant au cinéma, il ne résista pas longtemps à son talent qui était de ceux qui habitent les comédiennes d'instinct, endossant à la perfection des rôles de composition plus graves, comme dans Le Passager de la pluie de René Clément ou Le Chat de Pierre Granier-Deferre. Un panthéon bien rempli pour celle qui a eu le talent d'en posséder plusieurs, envoyant sans complexe valser le corset des cases disciplinaires. Sa carrière d'une exceptionnelle densité aura été celle d'une artiste populaire, d'une remarquable sincérité avec son public, pour lequel elle incarnait une amie de la famille au long cours.

400 ans que le Manneken pisse !

Sacrée vessie ! Depuis 1619, le petit bonhomme en bronze haut comme trois pommes (55 cm), sculpté par Jean Duquesnoy, se soulage au sommet d'une fontaine à Bruxelles. Ce n'est qu'en 1620 qu'il fut installé à l'angle des rues du Chêne et de l'Étuve. Le Manneken-Pis, littéralement « petit homme qui pisse », est resté en place jusqu'en 1965. Mais, à force d'être volé – et retrouvé –, l'original a fini par être mis à l'abri au musée de la Ville. À l'occasion, une pièce de 2,50 euros a été frappée à son effigie. Chaque jour, ce sont près de 30 000 personnes qui défilent pour s'offrir un selfie avec lui.

Dominique PARRAVANO

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