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Caroline Cellier : Elle a rejoint son grand amour Jean Poiret !

Publié le 22 décembre 2020

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L'un des plus beaux visages du cinéma français nous a quittés à 75 ans. Retour sur la carrière de Caroline Cellier, une comédienne qui incarnait le romantisme et l'élégance…

Elle fut l'actrice la plus discrète, la plus difficile à cerner. Caroline, c'était un regard profond, scrutateur. De grands yeux qui savaient vous subjuguer d'un seul battement de ses longs cils dorés. C'était aussi une classe innée et une silhouette parfaite de sensualité au point de faire chavirer Bernard Giraudeau dans L'Année des méduses… Femme jusqu'au bout des ongles, elle avait cette aura de mystère, cette grâce naturelle qui la rendait tout simplement inoubliable et intemporelle !


Elle voit le jour, le 7 août 1945, sous le soleil de Montpellier. Fille d'un garagiste, ce ne sont pas les voitures qui vont la passionner mais bien le théâtre et le cinéma. Caroline le ressent au plus profond d'elle-même : elle est faite pour flirter avec la caméra et pour fouler les planches, pour être et paraître. Ainsi, l'année de ses 18 ans, la petite provinciale part à la conquête de Paris et suivre les fameux cours de René Simon. Cette même année 1963, elle effectue ses premiers pas sur scène dans On ne peut jamais dire.

Un an plus tard, elle fait ses débuts à la télévision dans La Mégère apprivoisée, avec Bernard Noël. Ne lui manque plus que l'émotion d'un plateau de cinéma pour parfaire son art. 1965 sera l'année de son premier film, La Tête du client, de Jacques Poitrenaud.

Dès lors, tous les metteurs en scène la veulent dans l'œil de leur caméra : Claude Lelouch, Claude Chabrol, Édouard Molinaro, aucun ne résiste à Caroline la charmeuse, Cellier l'enjôleuse.

En 1969, dans Que la bête meure, il faut bien toute la douceur de l'actrice pour contrer avec la violence du film. Face à la bête Jean Yanne, monstre de cynisme, et la victime Michel Duchaussoy, elle irradie, tout simplement.

Sa consécration arrive dans les années 80. Dans Mille milliards de dollars elle incarne avec justesse l'épouse de Patrick Dewaere. Mais c'est surtout L'Année des méduses qui lui permet de décrocher le César du Meilleur Second Rôle en 1985 et l'amour désormais inconditionnel du public.

Caroline continue d'enchaîner les rôles et les films. Mais pour elle, la vie est aussi ailleurs. Pour elle, l'existence se résume à un seul prénom. Jean… Poiret ! Les deux acteurs se sont rencontrés sur le tournage de son premier film. Caroline a alors tout juste 20 ans. Jean Poiret, lui, approche des 40. Marié à Françoise Dorin, il vient même d'avoir une petite fille. Mais c'était compter sans l'ouragan Caroline, qui d'un seul regard, d'un seul sourire enfantin, va faire chavirer le cœur de l'acteur. Fou d'amour, Jean Poiret va tout quitter. Pour sa Caroline chérie, il est prêt à tout recommencer, à tout oser, à tout espérer. Le 19 novembre 1978, un petit Nicolas voit le jour.

Le couple attendra pourtant presque vingt-cinq ans de vie commune pour finalement se passer la bague au doigt. Une cérémonie discrète mais très gaie, à la mairie du XVIe arrondissement.

Pour eux deux, le mariage ne signifie pas grand-chose. Car une simple signature sur un bout de papier ne pourra sans doute jamais résumer l'intensité des sentiments de Jean pour Caroline. Alors pour mieux renouveler ses vœux, pour mieux lui (re) déclarer sa flamme, l'acteur et metteur en scène lui offre un rôle magnifique : celui du personnage féminin dans l'adaptation du roman d'Alexandre Jardin, Le Zèbre.

Dans le film, Thierry Lhermitte est prêt à tout pour ranimer la flamme de la passion dans les yeux de Caroline. Dans la vie, c'est bien Jean, son drôle de zèbre, qui est prêt à toutes les folies pour la faire rire et sourire.

Méchant clin d'œil du destin : Jean Poiret décède trois mois avant la sortie du film. Une sortie d'artiste que personne n'avait vu venir. Son cœur a lâché… d'avoir trop aimé celle qui partageait ses nuits et ses jours depuis presque trente ans ?

Pour Caroline le chagrin est colossal, insupportable. L'actrice se terre et se tait pendant deux ans. La vie sans Jean n'aura plus jamais le même panache. Sans les pirouettes de son drôle de zèbre, Caroline s'ennuie. Mais le cinéma va la sauver et la sortir de la torpeur du deuil. Elle enchaîne de nouveau les rôles.

En 2010, l'actrice subit une autre épreuve : la mort de sa maman ! Une fois encore, elle se raccroche à son métier et tourne Thelma, Louise et Chantal de Benoît Pétré. Pendant la promotion du film, Caroline la pudique sort de son mutisme et se dévoile, outrepassant sa discrétion habituelle, dans les pages du Figaro. « Je suis plein de femmes à la fois. Mes rôles me font avancer aussi bien dans mon métier que dans ce que je suis. »

Pour la comédienne, vieillir, c'était aussi un métier. « Même si on a un coup de mou. Il faut toujours chercher du côté de l'énergie… Vous savez, à 50 ans aujourd'hui, on est encore très jeunes car, d'après ce que l'on nous dit, nous allons vivre jusqu'à 120 ans… On peut avoir peur de la maladie, d'être handicapé, mais on ne peut avoir peur de la mort. Depuis que je suis toute petite, je me dis qu'on va mourir demain. J'ai toujours eu cette lucidité. Alors profitons, avançons… Il faut avoir l'appétit des choses… » Hier encore, Caroline rêvait « d'aller nager avec des poissons et des tortues géantes quelque part sur une barre de corail africaine… »

Celle qui n'avait pas peur de mourir a été rattrapée par la maladie. La maladie qui aura eu raison de ce formidable appétit de vivre.

À l'aube de ce funeste 16 décembre, c'est son fils Nicolas qui a annoncé la triste nouvelle en postant sur les réseaux sociaux ce magnifique message d'adieu à sa mère adorée. « Aujourd'hui, on se quitte pour quelques minutes mais tu auras été et tu resteras éternellement ma force, mes fous rires, mes angoisses, ma dérision, mes coups de sang, ma chevalière des injustices, ma détectrice d'hypocrisie, ma lune, ma Moune, ma mère, ma bataille… »

Caroline est au ciel. Elle a enfin rejoint son grand amour. Deux drôles de zèbres au paradis pour l'éternité, voilà sans doute notre seule consolation d'avoir perdu cette perle du cinéma français.

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Clément FRANÇOIS

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