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Caroline Pigozzi : Une journaliste dans l’intimité des présidents de la Ve République

Publié le 8 décembre 2018

Caroline Pigozzi, grand reporter à “Paris Match”, nous raconte les photos de son album privé.

«La sphère politique, c’est vraiment un monde que je connais depuis que je suis petite », confie d’entrée la journaliste de Paris Match Caroline Pigozzi. Habituée dès l’enfance à croiser les personnages influents – maires, députés, ministres ou encore ambassadeurs – que son père, l’industriel Henri Théodore Pigozzi, à la tête de la firme Simca, convie à sa table, elle en a développé un goût immodéré pour l’Histoire.

Mais, à presque 12 ans, elle perd subitement ce papa si charismatique, terrassé par une crise cardiaque. Tout s’écroule. Elle comprend alors que seul le métier de journaliste peut lui permettre de continuer à côtoyer cet univers. Une vocation précoce, à une époque où les femmes sont encore rares dans ce milieu.

Devenue journaliste politique, notamment au Figaro Magazine, elle noue très jeune des liens privilégiés avec certains de nos chefs d’État de la Ve République, tout en prenant soin, comme elle le dit, de ne pas « rentrer dans le système du pouvoir ». Aujourd’hui grand reporter à Paris Match, elle ne « couvre » plus la politique, mais suit de très près le Vatican.


« Maintenant, mes rapports avec les présidents ne sont plus qu’humains », avoue celle qui a partagé l’intimité des Chirac. C’est cette part d’humanité qu’elle a voulu nous dévoiler avec un très beau livre, co­écrit avec le journaliste Philippe Goulliaud (ancien correspondant permanent de l’AFP à l’Élysée) et intitulé Les photos insolites des présidents de la Ve République, dans lequel se succèdent au fil des pages, des images – 354 au total ! – aussi étonnantes qu’émouvantes (Éditions Gründ Plon). À feuilleter sans modération !
 

Valéry Giscard d’Estaing
« Il faisait tout pour me mettre à l’aise. »

« Un magazine italien m’avait commandé un reportage sur Giscard. À ce moment-là, il avait déjà quitté l’Élysée et était sur le point de présider le conseil régional d’Auvergne. J’étais une jeune journaliste à l’époque, mais il a tout fait pour me mettre en confiance et me rassurer. Après l’interview, nous avons décidé de prendre des photos au plateau de Gergovie, un site cher à son cœur.

Il n’était pas du tout cassant, à l’inverse de ce qui pouvait parfois paraître de l’extérieur. Au contraire, tout au long de la journée, il s’est montré formidable, se mettant très gentiment à ma portée alors qu’il savait très bien que j’étais impressionnée. Après la séance photo, nous sommes retournés chez lui, au château de Varvasse, à Chanonat. Il s’est montré tellement charmant ! La magie avec Giscard, c’est que quand il vous explique quelque chose, c’est toujours si finement énoncé que l’on se sent un peu plus intelligent. C’est comme une contagion. »
 

François Mitterrand
« Il était si intimidant ! »

« C’était au cours d’un dîner avec les Badinter, au Conseil constitutionnel, dans les années 85. Il était extrêmement intimidant, mettant tout de suite de la distance avec ses interlocuteurs. Mais il ne pouvait pas s’empêcher de faire du charme aux femmes. Ce soir-là, l’ambiance était très détendue et il s’est montré très aimable avec tout le monde. Mais moi, j’étais très tendue. Face à lui, je n’ai jamais été décontractée. J’avais sans cesse peur de dire une bêtise. Il était tout le contraire de Chirac, qui est un homme extrêmement chaleureux, très attentif aux autres.

Il adorait son chien, qui avait d’ailleurs tous les droits ! Je possède moi-même un teckel et je voulais à tout prix montrer Mitterrand en compagnie du sien. Ces animaux ont un caractère très dominateur, très “roquets”. Le président l’avait bien compris. Pendant les années 60, dans le patio de la villa d’Hossegor où il passait alors les vacances d’été, il donnait une leçon de bonne conduite canine à Lip, son teckel adoré, que sa femme Danielle serrait dans ses bras : “Tu sais très bien, Lip, que tu ne dois pas mordre plus d’une personne par jour.” C’est tellement vrai ! »
 

Jacques Chirac
« Déjà hilare au petit déjeuner ! »

« En juin 2011, je passais le week-end avec les Chirac dans un hôtel en Corrèze. Le vendredi 10 juin, il avait annoncé au musée de Sarran qu’il voterait François Hollande à la présidentielle de 2012. Comme il a toujours faim, il prend son petit déjeuner aux aurores. L’officier de sécurité m’avait prévenue au dernier moment, et je me souviens m’être habillée en quatrième vitesse. Quand je suis descendue, je me suis retrouvée face à cette scène mémorable. Chirac devait contenir sa chienne Sumette pour qu’elle n’engloutisse pas toute la charcuterie disposée sur la table. À la lecture du Figaro, il était fort réjoui. Il riait beaucoup du coup qu’il avait fait. Non pas qu’il aime que l’on parle de lui, mais parce que sa petite sortie mettait un peu d’agitation dans le Landerneau politique.

Lorsqu’il était maire de Paris, il avait accepté de me marier civilement. Cette photo [page de gauche, ndlr] a été prise à l’Hôtel de Ville en juin 1985. Jacques Chirac avait accepté exceptionnellement de célébrer mon mariage civil. Mais son manque d’habitude du protocole de la cérémonie avait généré une situation très drôle. Au lieu de donner l’alliance à mon mari pour qu’il me la mette au doigt, c’est à moi qu’il l’a tendue. Bernadette disait : “Mais enfin, Jacques, ce n’est pas du tout comme ça que ça se passe !” En tant que journaliste politique, j’avais couvert les journées parlementaires du RPR et lui avais lancé sur le ton de la plaisanterie : “Ça serait formidable si vous acceptiez de me marier.” Il m’avait répondu : “Pourquoi pas”, et il avait tenu, à ma grande surprise, sa promesse. 

Par la suite, je l’ai beaucoup suivi et nous sommes devenus très proches. J’ai même écrit un livre sur son couple en 2002, Jacques et Bernadette en privé (Robert Laffont).


 

François Hollande
« Il m’a fait l’honneur de venir dîner à la maison. »

« J’ai des relations chaleureuses avec François Hollande que j’ai vu le week-end des 10 et 11 novembre derniers à la foire du livre de Brive-la-Gaillarde. Nous étions dans le même hôtel et, au petit déjeuner, nous avons échangé quelques mots. Dans la vie, c’est quelqu’un de très cordial, très ouvert aux autres, les mettant tout de suite à l’aise avec un sourire. Et puis, il est tellement drôle ! Son humour est presque surréaliste. D’un seul coup, au détour d’une phrase, il peut sortir un bon mot totalement inattendu. Sa compagnie est toujours très plaisante.

Il y a quatre ans, j’avais organisé chez moi un dîner avec des hommes d’église, dont Mgr Aupetit, devenu depuis l’archevêque de Paris. Il était pourtant encore en exercice, mais il s’y est rendu en toute simplicité. Je n’ai pas eu vent d’un quelconque repérage au préalable par son service d’ordre. J’ai juste fait en sorte que ses gardes du corps puissent avoir un repas froid, car en général ils restaient dans leurs voitures. C’était la moindre des choses ! »
 

Emmanuel Macron
« J’ai eu la chance d’être conviée à l’Élysée pour son premier dîner d’État. »

« Je connais bien Brigitte Macron, depuis plusieurs années déjà. Elle était très liée avec ma belle-sœur du temps où elles étaient toutes les deux professeurs au lycée Franklin, à Paris, et nous avons sympathisé. C’est une femme tellement souriante ! Le 25 septembre 2017, Emmanuel Macron, que je côtoie depuis cette période-là, a eu la gentillesse de me convier à l’Élysée pour son premier dîner d’État, donné en l’honneur de Michel Aoun, le président de la République libanaise.

Même si j’ai déjà été invitée au Palais à maintes reprises, à chaque fois, je suis émerveillée. Je n’en suis jamais blasée. J’ai même tendance à arriver la première et à repartir la dernière. Tout se déroule selon un protocole qui est tellement bien huilé. Le repas est somptueux, et ce qu’on a dans son assiette de Sèvres est toujours excellent, mais c’est la cadence à laquelle les plats défilent qui est impressionnante. Les fastes républicains sont tellement éblouissants. Ce soir-là, le président Macron s’est montré égal à lui-même, répondant du tac au tac aux uns et aux autres en toute franchise. »

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Sophie MARION

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