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Catherine Ribeiro : Terrassée par un AVC !

Publié le 24 mars 2020

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Surnommée "la Pasionaria rouge", la chanteuse rebelle des années 70 a été hospitalisée en Allemagne dans un état critique

Depuis quelques années, la voix de celle qu'on a appelée « la grande dame de la chanson engagée » ne résonnait plus sur les ondes des radios, et son beau visage fier et insoumis n'apparaissait plus à la télévision… Mais il y a quelques jours, nous avons eu des nouvelles de Catherine Ribeiro, de bien tristes nouvelles, hélas, qui nous apprenaient que cette artiste belle et rebelle a tout récemment été victime d'un AVC ! C'est sur les réseaux sociaux que le 26 février dernier l'une de ses proches a choisi d'informer le public de l'état de santé de l'ancienne yé-yé, ex-leader du groupe Alpes, publiant ce message terriblement sombre et alarmant : « Des vœux d'encouragements lui feraient le plus grand plaisir… Merci pour elle. » Cette personne allant même jusqu'à donner l'adresse de la clinique allemande où se trouve la malheureuse, pays où elle réside depuis 2010, pour que d'éventuelles missives encourageantes lui parviennent. Une requête qui en dit long sur la solitude et le désespoir de celle qu'on a nommé dans les années 70, la pasionaria rouge…


Cet appel au secours était suivi le samedi 1er mars d'une nouvelle publication en forme de constat fataliste, empreint d'une immense déception, qui a très probablement brisé le cœur de tous ceux qui l'ont lue : « Catherine Ribeiro se sent abandonnée de ses AMIES, de ses AMIS… Son appel n'a pas été entendu… Assez pitoyable, comme dirait la grande chanteuse. Sachez qu'elle ne sait pas encore voyager sur les réseaux internet et je ne sais pas prendre chacun de vos messages. Je passe encore des heures entières près d'elle. […] Son moral est suicidairement mauvais. Merci pour la seule belle carte postale qui lui est arrivée. »

Le suicide, cette âme torturée y a pensé plus souvent qu'à son tour, au point de passer à l'acte dès 1968, puis en 1992, en pleine interview avec nos confrères de Paris Match qui étaient venus la voir chez elle à Charleville-Mézières, dans les Ardennes. Alors que sa carrière battait de l'aile et qu'elle vivait un épouvantable drame personnel, la chanteuse libertaire avait accueilli les reporters dans un état d'ébriété avancé, leur avouant : « Je vais très mal. » Un peu plus tard, au cours de l'entretien un brin surréaliste, elle s'était saisie d'un pistolet à grenailles et s'était tiré deux coups dans la gorge sous le regard interloqué des deux journalistes.

Connue pour son répertoire engagé, la chanteuse avait aussi tourné avec Michael Lonsdale et Fabrice Luchini dans Né de Jacques Richard en 1975.

Alors très déprimée, Catherine ne parvenait plus à surmonter l'échec de sa carrière, malgré une période triomphale durant les années 60, avec la vague yé-yé où, grâce à Hugues Aufray et Pierre Delanoë, elle avait connu la gloire en interprétant des adaptations de grands succès de Bob Dylan. Sa notoriété s'était tout de même poursuivie au début des années 70, mais son combat féministe et contre les inégalités sociales lui a valu d'être évincée du devant de la scène par l'industrie du disque.

En 1982, Catherine avait eu la joie de retrouver son public à Bobino, à Paris. Le 10 mai de cette année-là, le président de la République François Mitterrand figurait parmi ses fans, aux côtés notamment d'Alain Krivine et Jacques Attali. Il était venu fêter la première année de son septennat et lui témoigner son admiration. Hélas, ce concert et cet honneur de la part du chef de l'État n'avaient pas empêché la chanteuse de retomber peu à peu dans l'oubli. Et, malgré un mariage d'amour avec Claude Démoulin, le maire socialiste de Sedan qui lui avait donné, à 44 ans, le bonheur d'être mère pour la deuxième fois avec la naissance d'un petit Jonathan, Catherine souffrait toujours de sa gloire disparue. Dans cette période bien sombre, une autre douleur est venue lui tordre les entrailles : sa fille aînée, Loana, née en 1971, était tombée dans la drogue, entraînant dans sa chute sa courageuse mère ! Dans les pages du magazine Marie Claire en 1993, quelques mois après sa choquante tentative de suicide devant témoins, Catherine Ribeiro avait raconté son parcours du combattant pour sauver sa fille des produits qu'elle n'avait cessé de s'injecter dès l'âge de 14 ans et demi. Une spirale infernale qui a bien failli l'engloutir à son tour : « Je n'avais plus de garde-fou, confiait la chanteuse. Je n'arrivais plus à analyser quoi que ce soit. Je ne savais plus quand j'étais dans la réalité. Je me rappelle m'être dit une fois : “J'ai l'impression que la drogue est entrée dans mon corps.” »

Pour sa fille, l'artiste brisée par cette lutte de chaque instant avait enregistré en octobre 1994, Héro zéro, dans lequel elle clamait sa haine pour ces substances qui dévorent ceux qui ne parviennent pas à s'en tenir éloignés : « C'est le cri d'une mère qui refuse de baisser les bras », disait-elle. Malgré tous ses efforts, la malheureuse sombrait davantage dans la dépression : « Je me sens comme brûlée de l'intérieur, aride, dévastée… Depuis des mois, je vis couchée », révélait-elle dans Marie Claire. Au cours de cette période, la pauvre se sentait déjà totalement abandonnée : « Autour de vous, […] le vide se fait, regrettait-elle. On vous fuit comme si vous étiez contagieux. »

À 78 ans, de nouveau frappée par un méchant coup du sort, Catherine Ribeiro, par la voix de ses proches, implore que, cette ultime fois peut-être, nous ne l'oublions pas…

Clara MARGAUX

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