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Cerrone : “C’était une époque où on osait !”

Publié le 12 avril 2020

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© BESTIMAGE Cerrone

Pionnier de la musique électronique, créateur de morceaux d’une longueur anti-radiophonique et de pochettes de 33 tours aux créatures dévêtues, le roi du disco Cerrone fait toujours danser les foules. Rencontre avec un audacieux extralucide qui a eu la baraka!

Dans son appartement, les disques de platine qui ont rythmé, tels des métronomes, sa carrière, le disputent à ses œuvres picturales et aux photos en compagnie de Donna Summer, Nile Rodgers ou du dalaï-lama. Celui que l’on surnommait le « Bûcheron », tant il frappait fort sur sa grosse caisse, fils d’un cordonnier immigré italien, a eu les ambitions aussi amples que ses bas de pantalon de l’époque. Il revient sur cette période du disco où il devança les tendances et fit de la provoc sexy une marque de fabrique.

France Dimanche  : Qu’est-ce qui vous a donné le goût de la batterie ?
Cerrone : À 11 ans, j’étais turbulent. Pour me canaliser, ma mère m’a dit : « Si tu prends sur toi, je t’offre une batterie », et quelques mois après, j’ai convaincu des copains de monter un groupe.

Vous considérez-vous comme le roi du disco ?
C : Non, j’essaie juste de laisser la meilleure empreinte possible. Je ne me reconnais que dans une certaine musique disco, celle des origines comme Earth, Wind and Fire, Kool and the Gang, Chic ou Giorgio Moroder.

FD  : Celle d’avant le film Saturday Night Fever?
C : Tout à fait. Après, ce n’était ni plus ni moins que de la pop récupérée par la variété et les maisons de disques qui ont voulu tout mettre à la sauce commerciale. En 1976, lorsque j’ai publié Love in C Minor le terme de disco n’existait pas. D’ailleurs, ce n’était pas mon style. Je faisais du Cerrone avec de la batterie mise en avant. Un peu comme Nile Rodgers [du groupe Chic, ndlr] plaçait la guitare au centre ou Giorgio Moroder, les synthétiseurs. Dans le rap ou l’électro, beaucoup m’ont samplé car ils n’arrivaient pas à reproduire ce son de batterie.

FD  : Quels souvenirs gardez-vous de cette période ? 
C : C’était une époque de liberté, d’excès, de libération sexuelle, de folies où tout était permis. Une époque où l’on osait. C’était à celui qui irait le plus loin dans la provocation. On retrouvait cette émulation dans la boîte de nuit Studio 54, à New York. J’y côtoyais le peintre Jean-Michel Basquiat, le couturier Jean-Paul Gaultier, Andy Warhol ou Jean-Paul Goude. Tous ces gens étaient des artistes provocateurs.

FD  : Comment avez-vous réussi à ne pas sombrer ?
C : J’ai commis beaucoup d’excès mais toujours essayé de garder les pieds sur terre. Je n’ai jamais oublié d’où je viens : de la banlieue parisienne, fils d’un immigré italien, de Sora, entre Rome et Naples. Je sentais quand j’allais trop loin. Et puis, j’ai été père relativement jeune. 

FD  : Comment expliquez-vous que votre musique ait plus remporté l’adhésion outre-Atlantique qu’en France ?
C : Sans tomber dans les clichés, ma musique était considérée comme une musique d’ascenseur ici. Alors qu’aux États-Unis, elle était branchée et récompensée. En France, on aime mettre les artistes dans des cases.

FD  : De quand date votre réhabilitation en France ? 
C : Lors du bicentenaire de la Révolution Française commandité par Jack Lang dont j’ai produit les festivités. Puis, ensuite, avec le film Dancing Machine que j’ai produit.

FD  : Jusqu’à être tendance grâce aux DJ français…
C : Je dois aux jeunes et aux DJ ma longévité. Mon fils m’a poussé à revenir de Los Angeles en me disant que j’étais samplé en France, notamment dans les tubes des Modjo ou Daft Punk. Avec Bob Sinclar, on a fait alors le Cerrone by Bob Sinclar qui a été un carton. De là, je me suis produit à l’Olympia où j’ai fait la plus grande discothèque de Paris jusqu’à six heures du matin !

FD  : Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
C : Je rêvais de passer ma vie sur scène à faire des concerts. L’objectif a été atteint à un niveau que je n’aurais jamais osé imaginer. Chaque matin, j’ai des projets en tête. Je suis fier de vivre de ma passion sans avoir fait de concession. Ma chance a été d’être au bon endroit au bon moment.

FD  : Avec ce nouvel album* à succès et après un demi-siècle de ­carrière, vous avez toujours cette énergie d’adolescent…
C : Je n’ai jamais dit mon dernier mot. Je suis amoureux de mon métier et de la scène. 

FD  : Votre plus grande fierté ?
C : Quand des jeunes m’arrêtent dans la rue pour un selfie.

* Album DNA (Malligator Preference, Because Music)

Dominique PARRAVANO

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