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Charles Aznavour : Chahuté par le public !

Publié le 30 août 2013

Les spectateurs de Narbonne étaient venus entendre Charles Aznavour pour un récital en hommage à Charles Trenet. Ils n’ont pas apprécié de ne le voir sur scène que pour cinq chansons.

« Remboursez ! Remboursez ! », « Men­songe ! », « C’est une escroquerie ! », « Une honte ! »… C’est par ces cris de colère que les 900 spectateurs du Théâtre de Narbonne, venus de toute la France pour assister à son concert, ont raccompagné Charles Aznavour en coulisses, le mercredi 21 août. À l’âge de 89 ans, « l’artiste de variétés du siècle » n’avait jamais vécu pareil affront.

Pourtant, il était arrivé la veille à Narbonne plein d’enthousiasme, pour fêter les 100 ans de l’enfant du pays, son maître, Charles Trenet. Marie-Claude Eglessies, maire adjointe de Narbonne en charge des festivités et du tourisme, lui avait donné carte blanche.

->Voir aussi - Charles Aznavour : Menacé de paralysie

Charles Aznavour, propriétaire depuis 1995 des éditions Raoul Breton, qui distribue une partie du catalogue du « Fou chantant », avait demandé à trois de ses poulains, Yves Jamait, Agnès Bihl et Alexis HK, d’assurer la première partie du concert, se réservant le final. Tous devaient interpréter des chansons de Trenet.

Oui mais voilà, la billetterie a omis de le préciser et c’est donc un « concert exceptionnel Charles Aznavour » que le sixième festival Charles Trenet de Narbonne a vendu à 45 euros la place. Ses fans, qui s’attendaient à le voir entrer sur scène à 21 heures, l’ont attendu deux heures, après la première salve de mauvaise humeur du public. « C’est Charles que je suis venue voir ! », s’est écriée une spectatrice.

Il s’est d’abord excusé : « J’ai perdu mes boutons de manchette, je suis jetlag [victime d’un décalage horaire, ndlr], j’espère donc que je ne vais pas m’endormir, et je suis complètement aphone. Je suis content de faire cette soirée, même si je suis fatigué et si je ne tiens pas sur mes genoux. »

Il a quitté la scène vingt minutes plus tard, après avoir interprété Ménilmontant, Le grand café et Que reste-t-il de nos amours ? en solo, puis Y a d’la joie en duo avec Yves Jamait et La mer avec Agnès Bihl et Alexis HK. Son public restait sur sa faim. Ils étaient venus entendre Aznavour, pas des chansons de Trenet !

Choqué

« Les artistes qui ont chanté sont très bien, a déclaré au Midi Libre l’une des spectatrices, mais ce ne sont pas eux qu’on est venus voir. On comprend très bien que Charles Aznavour soit âgé et fatigué, mais sur les tickets, sur le programme, il y avait écrit “concert Charles Aznavour”. On s’est fait berner… »

« Je suis à la recherche d’un emploi, a dit une autre. Je m’étais saignée pour pouvoir venir. » « Nous avons fait 1.200 kilomètres depuis Calais pour écouter Aznavour, s’est écriée une mère de famille accompagnée de ses enfants. Ils m’ont fait payer 45 euros pour eux aussi, sans tarif réduit ! »

« Ce fut un immense honneur de recevoir monsieur Aznavour, a tempéré l’organisatrice, toujours dans le Midi Libre. Il a fait ce qu’il a pu. Il avait répété un peu plus de chansons la veille, je sais aussi qu’il devait faire le Monsieur Loyal de la soirée en présentant les artistes au début, mais il a eu un coup de pompe […] Les spectateurs mécontents seront remboursés. Ils peuvent se présenter à l’office de tourisme, munis de leurs tickets. Monsieur Aznavour ne prend aucun cachet sur ce spectacle. D’ailleurs, le plus malheureux dans cette histoire, je crois bien que c’est lui. »

C’est une certitude ! L’artiste a été choqué par la colère de son public. Des coups, des mauvaises critiques, au début de sa carrière, il en a pris. Les chansonniers des années 50 l’avaient surnommé « Qu’a le son court » en référence à sa voix et à sa petite taille.

Il était « Charles, l’enroué vers l’or » pour Carmen Tessier, la chroniqueuse de France Soir et « Aznovoice » (« n’a pas de voix ») pour les critiques américains. Tout cela n’a jamais entamé son moral.

« La notoriété est moins importante que l’amour du public, qui, lui, est solide », aime à répéter Charles Aznavour.

Espérons que cette nuit de cauchemar à Narbonne sera bien vite à ranger au rayon des mauvais rêves…

Dominique Préhu

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