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Charles Aznavour : Comment il a sermonné Johnny !

Publié le 16 juin 2016

  Au début des années 60, l’auteur de “La mamma” prend sous son aile celui qui deviendra l’idole des jeunes. Non content de lui écrire des chansons, Charles Aznavour donne un conseil à Johnny qui fera décoller sa carrière.

Le 18 avril 1960, un parfait inconnu, à la banane aussi gominée qu’Elvis Presley, participe à un télé-crochet parrainé par Line Renaud. Loin de se douter que sa vie va changer en un temps record, ce jeune homme de 17 ans s’est inventé des origines américaines. « Savez-vous pourquoi il s’appelle Johnny Hallyday ? » demande Line Renaud en s’adressant aux téléspectateurs. « Parce que son père s’appelle Hallyday. Son papa est américain et sa maman française… »

Comme l’explique le documentaire inédit Johnny Hallyday : l’invincible (diffusé le samedi 11 juin à 20 h 55 sur TMC), à l’époque, personne ne relève ce mensonge éhonté. Le succès du jeune rockeur va être fulgurant. Les ventes de Chante les filles, son premier super 45 tours, s’envolent.

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Fort de cette fantastique vague de popularité, il retourne en studio enregistrer de nouvelles chansons. Parmi elles, Souvenirs, souvenirs, qui devient l’hymne de l’arrivée du rock’n’roll dans l’Hexagone. Les jeunes sont dingues de leur nouvelle idole.

Charles Aznavour en duo avec Johnny Hallyday

Mais les critiques de la France bien-pensante, outrée par cette « musique de sauvages » se font de plus en plus virulentes. Très rapidement, la frénésie vire à l’hystérie. Associé à la violence des blousons noirs, Johnny véhicule une image désastreuse. Les salles où il se produit sont de plus en plus grandes, mais les émeutes s’y multiplient, obligeant les forces de l’ordre à intervenir.

Certains maires, craignant pour la tranquillité de leur commune, préfèrent annuler les concerts de cette vedette jugée bien trop subversive. Vogue, sa maison de disques, lui ordonne de calmer le jeu s’il veut poursuivre sa carrière. Johnny, très affecté, trouve alors refuge chez Charles Aznavour avec lequel il s’est lié d’amitié et qui l’héberge dans sa propriété de Montfort-l’Amaury.

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À 37 ans, Aznavour cartonne avec des chansons à texte comme Je m’voyais déjà. Auteur-compositeur-interprète, et aussi acteur dans des films d’auteur comme Tirez sur le pianiste de François Truffaut ou encore Le testament d’Orphée de Jean Cocteau, il fait figure d’immense artiste, à la fois populaire et intello. Johnny écoute les conseils de Charles d’une oreille attentive, touché qu’il lui prête autant d’attention.

Il lui explique l’importance des paroles dans une chanson. Johnny demande aussitôt à son mentor de lui proposer des textes. Celui-ci s’exécute et lui présente d’abord Il faut saisir sa chance, et surtout Retiens la nuit, que le rockeur chantera dans le film Les Parisiennes. Lui qui souhaite montrer une autre facette de son personnage va ainsi changer d’allure et, par une attitude plus sobre, plaire à un public plus large. Ce slow le fait basculer dans la catégorie des crooners respectables. On écoute désormais Johnny en famille.

Présence

Toujours attentif au bien-être de son protégé, Charles, qui possède un haras sur son domaine, lui propose une balade à cheval pour le faire renouer avec ses racines. Car, ne l’oublions pas, selon la version officielle, Johnny est franco-américain et a grandi dans un ranch. Mais, sur sa monture, le soi-disant cow-boy est loin d’avoir l’allure de John Wayne. « Tu n’as donc pas été élevé dans un ranch ? lui demande Charles. – Non, lui répond Johnny tout penaud. – Il ne faut jamais mentir au public », le sermonne Aznavour qui lui conseille de révéler au plus vite ses véritables origines.

Quelques jours plus tard, dans une interview à la télévision, Johnny se raconte de façon touchante. « Vous êtes américain ? lui demande la journaliste. – Non, confesse l’idole. Ma mère est française et mon père est belge »… Les téléspectateurs n’en sauront pas plus. Ce jour-là, celui qui s’appelle en réalité Jean-Philippe Smet n’osera pas dévoiler sa douloureuse histoire, celle d’un écorché vif abandonné par son père biologique.

Quelques semaines après sa naissance, ce dernier, Léon Smet, comédien, danseur et chanteur belge installé à Paris, s’est fait la malle. Sa maman, Huguette Clerc, ­mannequin-cabine happée par sa carrière, a été convaincue par Hélène, la sœur de Léon, déjà maman de deux petites filles, de lui laisser la charge de son fils.

Élevé par des femmes, Johnny n’aura de cesse de rechercher cette présence masculine qui lui a tant fait défaut. C’est pourquoi aujourd’hui encore, conscient du rôle décisif qu’a tenu Charles Aznavour dans sa vie, il le considère comme son père spirituel. Un « papa » avec lequel il partage aujourd’hui l’incroyable statut de monument de la chanson française. Rien que ça !

Sophie MARION

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