France Dimanche > Actualités > Charles Aznavour : Il a connu l'enfer du racisme !

Actualités

Charles Aznavour : Il a connu l'enfer du racisme !

Publié le 5 octobre 2007

 Il occupe depuis plus d'un demi-siècle le haut de l'affiche, et semble bien parti pour y rester ! À 83 printemps, Charles Aznavour continue d'enchanter un public aussi large que varié.

La bonne nouvelle, c'est que nous allons bientôt avoir le bonheur de le revoir sur scène. Le grand Charles est au Palais des Congrès de Paris du 9 octobre au 10 novembre, avant de partir en tournée à travers la France. Sa patrie d'adoption qui, contrairement à un autre Charles, Trenet, n'a pas toujours été le doux pays de son enfance...

Lorsqu'Aznavour voit le jour, à Paris, le 22 mai 1924, ses parents, Micha et Knar, tous deux d'origine arménienne, sont en attente d'un visa pour les États-Unis. Sa naissance bouleverse leurs plans. Pas question en effet de traverser l'Atlantique avec un bébé ! Aussi décident-ils de rester à Paris, où Micha, qui a une formation de baryton, et Knar, comédienne, ouvrent un restaurant. Parfois, ils poussent les tables et créent une scène, où, avec d'autres amis artistes et arméniens, ils improvisent des spectacles.

->Voir aussi - Charles Aznavour et Amel Bent : La fusion de deux âmes

Un peu de baume au cœur de ces déracinés, même si, comme l'a récemment confié le chanteur à Télérama, personne n'est dupe. « C'étaient des gens frustrés, le métier leur manquait. Ces spectacles leur regonflaient le moral pour quinze jours. Après, il ne restait plus qu'à recommencer. Chaque fois que j'y pense, je suis bouleversé. Je n'ai pas oublié cette époque où la plupart des amis de mes parents habitaient dans des gourbis invraisemblables aux portes de Paris. »

Tolérance

La pauvreté n'est pas le seul mal qui ronge la communauté arménienne. Il y a aussi le racisme dont ses membres sont victimes quotidiennement. Comme il l'explique, toujours dans Télérama : « L'antisémitisme et la xénophobie étaient beaucoup plus forts à l'époque. »

Jamais, en effet, Charles Aznavour n'a oublié ce jour où Micha, son père, est revenu à la maison le visage en sang : « Un type lui a cassé le nez avec un poing américain juste parce qu'il parlait russe dans la rue. »

Cet épisode douloureux aurait pu instiller la haine, ou le désir de vengeance dans le cœur du jeune Charles. C'est exactement le contraire qui se produit. « Je me sens naturellement proche des exclus et de ceux qui souffrent », dit-il, obéissant en cela à une tradition familiale.

Ainsi, durant la guerre, Micha et Knar ont, au péril de leur vie, accueilli et caché des soldats russes que les Allemands voulaient enrôler de force dans la Wehrmacht. Charles découvrira même, des années plus tard, que son père s'était engagé dans la Résistance...

Résister à l'injustice, la dénoncer sous toutes ses formes, telle aura aussi été la mission d'Aznavour. Avec des chansons, telle Comme ils disent, magnifique ode à la tolérance, et par des actes, comme en 1988, après le terrible tremblement de terre en Arménie qui fait plus de 50000 morts, et détruit des villes entières.

Le chanteur s'investit alors corps et âme pour venir en aide à ses compatriotes. Il enchaîne les galas caritatifs, et convainc des millionnaires américains d'origine arménienne de mettre la main au porte-monnaie. Ce qui lui vaut aujourd'hui d'avoir une statue de lui à Erevan, capitale de l'Arménie, ainsi qu'un musée Aznavour, actuellement en construction.

Des symboles qui le touchent, mais qui le font aussi sourire. Pour lui, ainsi que Charles Aznavour l'a confié à nos confrères de Télérama, la postérité n'existe pas. Cela reste à voir : en cinquante ans, ses chansons n'ont pas pris une ride. Et il y a fort à parier pour qu'on les chante encore dans un siècle !

Lili Chablis

À découvrir

Sur le même thème