France Dimanche > Actualités > Charles Aznavour : Il met sa vie en danger

Actualités

Charles Aznavour : Il met sa vie en danger

Publié le 7 mai 2018

A bientôt 94 ans, Charles Aznavour a dû annuler un concert en Russie.

C’est l’une des dernières légendes de la chanson française, célébrée non seulement dans l’Hexagone mais aussi dans le monde entier.

Néanmoins, si sa passion pour son art reste intacte, Charles Aznavour doit désormais composer, chaque jour un peu plus, avec un ennemi aussi impitoyable qu’invincible : le temps qui passe, inexorablement.


Depuis des mois déjà, cet artiste d’exception sait qu’il doit se ménager, sans pour autant renoncer à aller à la rencontre, peut-être pour la dernière fois, d’un public à la fidélité sans faille.

A bientôt 94 ans (le 22 mai), la star sait bien entendu que les occasions de revoir ses fans se feront de plus en plus rares.

Mais, comme il n’est pas question pour lui de quitter ce monde sans les avoir salués, Charles ne se voit pas dans la peau d’un retraité.

Si personne ne lui souhaite de mourir sur scène comme Molière, le plus célèbre des Arméniens veut continuer jusqu’au bout à donner de la voix, une voix encore assurée et vibrante, qui avait retenti dans la salle rénovée de l’AccorHotels Arena de Bercy, à Paris, en décembre dernier.

Lors de ce concert, le chanteur avait plaisanté avec ses admirateurs, faisant preuve d’un sens de l’autodérision plus fort que jamais : « Je ne vous vois pas très bien. A mon âge, la vue baisse, je n’entends pas comme avant, je n’ai plus de mémoire, mais je vais chanter quand même. »

Après cette tirade, qui avait déclenché l’hilarité du public, Charles avait ajouté : « Bien sûr, vous n’êtes pas venus pour m’entendre chanter comme Pavarotti. Moi j’ai une voix cassée, depuis longtemps. D’ailleurs, je suis né enroué. »

Pas question pour lui de pleurer sur son sort, il préfère en rire, plaisantant sur ses mains qui tremblent, et sur les trois prompteurs géants, rebaptisés par ses soins « frères de travail », avant de prévenir les spectateurs qu’il pourrait être contraint de s’asseoir sur un tabouret pendant son récital, tout en précisant :
« Quand vous me verrez me pencher, c’est que je suis en danger. »

Résistance

Depuis cette mise en route, il a entamé une tournée comptant de nombreuses étapes en France, mais aussi à l’étranger, comme par exemple, en mars dernier, en République tchèque.

Si son talent est intact, ses plaisanteries avaient, hélas, un fond de vérité.

Car ce nonagénaire, qui reste un travailleur ne ménageant jamais son énergie, semblerait avoir cette fois poussé son corps au-delà des limites raisonnables. Telle est en tout cas la conclusion que l’on peut tirer des récentes informations rapportées par l’AFP.

La semaine dernière, Charles Aznavour a en effet été contraint, la mort dans l’âme, d’annuler un concert qu’il devait donner à Saint-Pétersbourg, l’ancienne capitale des tsars de Russie, après avoir été victime d’un tour de reins.

« Il s’est senti mal pendant les répétitions », a précisé Emma Lavrinovitch, directrice de la salle de concert où devait se produire cette vedette vénérée au pays de Poutine.

Son attachée de presse, Vincence Stark, a cependant précisé, peu après, que son client n’avait pas été hospitalisé suite à ce pépin de santé, et pourrait très vite rentrer en France.

Quand on connaît la volonté de Charles et sa résistance au mal, l’on peut imaginer qu’il envisageait déjà de fixer une nouvelle date pour aller à la rencontre de son public russe auquel il avait, bien malgré lui, fait faux bond au dernier moment.

De fait, le concert a d’ores et déjà été reporté au mois d’avril 2019.

Sera-t-il capable d’honorer ce nouvel engagement ?

Tous ceux qui l’aiment, et Dieu sait s’ils sont nombreux, ne peuvent que le souhaiter.

Sa longévité exceptionnelle (sa carrière a commencé en 1946) et son hygiène de vie toujours impeccable plaident en sa faveur, tout comme sa volonté de ne jamais décevoir ses fans.

Cependant, il est permis de se demander si cet éternel globe-trotteur, qui a reconnu que, malgré ses efforts, son corps et son esprit commençaient à pâtir des outrages du temps, n’exige pas trop de lui-même.

Au risque de mettre sa vie en danger ?

L’avenir nous le dira bientôt.

Mais comment ne pas comprendre que celui qui se voyait déjà en haut de l’affiche ne veuille pas y rester jusqu’au bout…

Claude LEBLANC

À découvrir