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Charles Dumont : Ce n’est qu’un au revoir

Publié le 31 mars 2018

.photos:baptiste-descroix
© Baptiste DESCROIX Charles DUMONT et Florence

Les fans de Charles Dumont sont rassurés : il ne fera pas ses adieux à Bobino.

Pour fêter en beauté son anniversaire, il sera sur la scène de Bobino, à Paris, le 26 mars prochain.

Ce soir-là, le compositeur de Non, je ne regrette rien chantera Je suis venu vous dire au revoir.

Est-ce à dire que Charles Dumont a décidé de renoncer et de prendre sa retraite ?

Nous avons voulu en avoir le cœur net, et l’artiste nous a reçus dans l’appartement où il compose sur son piano depuis soixante ans. Florence, sa compagne, et un amour de petit chien au poil gris étaient là pour nous accueillir.


France Dimanche : Vous avez un nouveau compagnon !

Charles Dumont : C’est Shanti, la petite chienne de Marie-Charlotte. Nous l’avons en pension depuis le mois d’octobre. Ma fille est professeur de yoga. Elle travaille souvent à l’étranger et voyage beaucoup. Chanci veut dire « paix » en hindi. C’est une rescapée, qui était destinée à finir dévorée par les requins de l’île de La Réunion. Elle est très craintive, mais aussi très affectueuse avec nous.

FD : Le 26 mars prochain, vous faites vos adieux à Bobino ?

CD : On ne dit adieu qu’au moment où l’on meurt. Pour moi, c’est juste un au revoir.

FD : Vous n’avez plus envie de chanter ?

CD : Quand Michel Habert, Dave et Thomas Boissy, mes trois mousquetaires, m’ont proposé de remonter sur une scène parisienne, j’étais déprimé. Je venais d’apprendre le décès de deux proches, l’un de mes neveux que j’aimais comme un fils, un chirurgien, chef de service à Carcassonne, mort à 60 ans après avoir travaillé toute sa vie. Il avait soigné des centaines de malades et nous a quittés juste au moment où il allait pouvoir vivre un peu pour lui. Et en janvier, c’est Sophie qui est partie, la fille de Sophie Makhno, ma parolière. Celle qui m’a écrit Ta cigarette après l’amour. Celle qui a fait de moi un chanteur. J’aimais son enfant comme ma fille. Ces deuils m’ont plongé dans une grande tristesse. À ce moment-là, je voulais en effet dire au revoir. Je l’ai dit à Thomas Boissy, qui en a fait une chanson : Je suis venu vous dire au revoir. Ses paroles m’ont inspiré une musique et voilà…

FD : Vous avez repris goût à la composition et à la scène ?

CD : J’avais tellement peu le moral que je me disais que personne ne viendrait m’écouter. Et pourtant, Bobino affiche complet le 26.

FD : Vous ne prenez donc pas votre retraite ?

CD : Je me sentais fatigué. Je me disais que j’arrêterais bien, mais me voilà reparti. J’ai eu un coup de cœur pour cette chanson écrite par Thomas. Et j’aurai le plaisir d’être accompagné par un orchestre de cinq musiciens.

FD : C’est là, à Bobino, qu’Édith Piaf a donné son dernier tour de chant.

CD : Avec Théo Sarapo. Bobine, c’était le théâtre de Georges Brassens. J’ai chanté avec Édith en tournée, elle m’avait poussé sur scène. J’étais malade d’angoisse. Je le suis moins aujourd’hui, mais avant chaque spectacle, c’est la même torture. Elle m’avait piégé en me demandant de faire la musique d’un texte qu’elle avait écrit, Les amants. Je lui ai fait remarquer qu’il s’agissait d’un duo. Et elle m’annonce que c’est une chanson qu’elle veut interpréter avec moi. J’ai essayé. Et comme rien que l’idée me rendait malade, je lui ai dit que je ne le ferais pas. « C’est sûr ? Tu ne veux pas ? Eh bien notre collaboration s’arrête avec Les amants », me dit-elle, très sérieuse. Je ne suis pas rentré chez moi. Elle a voulu faire le disque tout de suite. Une grève a paralysé la France, et je croyais avoir gagné du temps. Mais Édith a décidé d’aller enregistrer notre duo en Belgique.

FD : Par la suite, vous n’avez plus chanté pendant plusieurs années.

CD : C’est Sophie Makhno qui m’a convaincu de m’y remettre. Au fond, j’ai été mis au monde trois fois, par trois femmes : ma mère, Édith et Sophie. Elle m’a écrit des chansons plus « psychanalytiques », elle a su analyser ma personnalité au travers de ses textes.

Dominique PRÉHU

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