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Charles Dumont : "Je vis dans la lumière de Piaf"

Publié le 10 février 2012

Dans « Non, je ne regrette toujours rien », son livre qui paraît ce 25 janvier chez Calmann-Lévy, Charles Dumont nous raconte ses soixante ans d’amour pour sa femme Jeannine, et revient sur sa longue carrière. Il nous a reçus chez lui, près de l’Odéon, dans cet appartement qui a vu naître "Non, je ne regrette rien", une chanson qui a fait sa gloire. Et n’empêche pas quelques regrets…

France Dimanche (F.D.) : Vous avez une actualité chargée, entre la sortie de votre livre et l’Olympia le 19 février avec Georges Chelon.

Charles Dumont (C.D.) : Je passerai après Georges Chelon que j’admire. C’est un vrai parolier. Mme Piaf disait : « Quand il vous faut chanter après une première partie, il vaut mieux qu’elle soit bonne. Si elle n’est pas bonne, on en souffre pendant toute la deuxième partie. »

F.D. : Qu’est-ce qui vous a encouragé à écrire ?

C.D. : Je ne suis pas écrivain. Ce livre, je le dois à Isabelle Gaudon, de chez Calmann-Lévy, et à Fabienne Rosenberg-Le Beller. C’est la suite de "Non, je ne regrette rien", sorti en 1977 grâce à François Lapraz. J’ai éprouvé le besoin d’exprimer ma reconnaissance envers tous ceux et celles qui m’ont aidé. Quand Mme Piaf donnait un récital, elle citait l’auteur, le compositeur et l’arrangeur de chaque chanson. Elle n’avait pas honte de dire « merci ». Quand on me demande si je n’ai pas peur de vivre dans son ombre, je réponds que c’est dans sa lumière que je me produis. Je tire aussi un coup de chapeau à mon ami Michel Vaucaire, parolier de "Non, je ne regrette rien", et n’oublie pas non plus Robert Chauvigny, son arrangeur.

F.D. : Avez-vous un regret ?

C.D. : Oui, celui de ne pas avoir eu le courage dont a fait preuve Luc Plamondon lors  de la première de Lily Passion au Zénith de Paris, le 21 janvier 1986. Barbara s’appropriait les applaudissements, alors qu’il avait écrit avec elle cette comédie musicale. Elle ne remerciait personne. Alors il s’est levé et, de sa voix très claire, dans cette salle gigantesque, il a annoncé haut et fort que cette comédie musicale avait un coauteur : Luc Plamondon ! Au bout de sa quatrième intervention, il s’est fait sortir sans ménagement par les videurs du Zénith. Personne n’a réagi. Je regrette la timidité qui m’a empêché de prendre la défense de celui que je considère comme l’un des plus grands. La plupart des gens ont honte de montrer de la reconnaissance : pas moi. Avec ce livre, je veux d’abord remercier les deux grandes dames qui m’ont soutenu dans ma vie professionnelle, Édith Piaf et Sophie Makhno.

F.D. : Regrettez-vous votre brouille avec Édith ?

C.D. : Elle était exclusive dans ses amours comme dans ses amitiés. Nous n’avons jamais été amants. Je lui ai dit « vous » comme avec l’autre grande dame qui m’a offert ma seconde naissance avec "Ta cigarette après l’amour", Sophie Makhno. Pendant deux ans, j’ai fréquenté quotidiennement le boulevard Lannes, où vivait Edith. Lorsque j’arrivais à 17 h, elle se levait. Et je repartais après 2 h du matin. Quand je suis allé me reposer une semaine à la montagne, parce que j’étais épuisé, Édith ne me l’a pas pardonné. Un ami lui a alors présenté Théo Sarapo. Je ne le regrette pas une seconde.

F.D. : Votre femme n’a jamais été jalouse d’elle ?

C.D. : Je suis marié avec Jeannine depuis soixante ans. J’ai beaucoup de chance d’avoir une épouse aimante et sensible, qui m’a permis de m’occuper de mon foyer et de nos deux garçons, Frédéric et Philippe.

F.D. : Vous avez été un père au foyer avant l’heure.

C.D. : Ma femme était secrétaire à l’école des Roches. Je travaillais à la maison.

F.D. : Un autre de vos regrets : avoir dix ans de trop…

C.D. : J’aimerais que l’employé de mairie de Cahors qui a enregistré ma naissance le 26 mars 1929 se soit trompé de dix ans. Je ne me sens pas du tout de mon âge.

F.D. : Votre livre révèle que parmi les intimes du boulevard Lannes figurait un des journalistes de France Dimanche.

C.D. : Il venait deux à trois fois par semaine. Édith Piaf veillait à ce que l’on parle d’elle dans la presse.

F.D. : Et France Dimanche la payait pour avoir l’exclusivité…

C.D. : Oui. Édith Piaf recevait beaucoup de débutants célèbres. Annie Girardot, mais aussi Suzanne Flon, son ex-secrétaire, avec laquelle elle est restée très amie. Un soir, Suzanne s’est endormie sur les genoux d’Alain Delon. Pressé de partir, il a réveillé Suzanne. Édith ne l’a pas raté : « Quand on a la chance d’avoir Suzanne Flon qui s’endort sur ses genoux, lui a-t-elle asséné, on ne s’en va pas ! »

F.D. : Quelle chanson regrettez-vous de ne pas avoir écrit ?

C.D. : "Les feuilles mortes" de Prévert et Kosma.

F.D. : Et parmi vos chansons, quelles sont vos favorites ?

C.D. : "Mon Dieu" et "Non, je ne regrette rien", qui m’a été inspirée par la colère. Édith avait refusé nos chansons trois fois de suite et s’était montrée d’une grande mauvaise foi. Le lieu dans lequel j’ai composé la musique a joué un rôle. C’était l’appartement de Camille Desmoulins, que j’avais obtenu grâce à un fantôme ! La vieille dame qui habitait ici avant moi croisait dans l’escalier un homme qui portait la cape sur le costume des Montagnards. Elle a toujours cru que c’était le fantôme de Robespierre qui rendait visite à son ami Desmoulins. Terrorisée, elle a donné son congé. J’étais en colère parce que ce logement était au-dessus de mes moyens. Je n’avais dans le salon que mon piano et des caisses pour tout mobilier. Je ne voyais pas la vie en rose ! Cette chanson a été un cadeau du ciel. Oui, je suis heureux, avec ce livre, de pouvoir remercier toutes celles et ceux qui m’ont soutenu, et je déplore de ne pouvoir tous les citer.

Interview : Dominique Préhu

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