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Charles Dumont : “Mon premier cachet : une grenadine !”

Publié le 5 mai 2019

Charles Dumont, cet éternel jeune homme, qui a fêté ses 90 ans le 26 mars, s’est confié en exclusivité.

Alors que la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) vient de lui rendre hommage avec la diffusion d’un entretien réalisé par Éric Darmon pour la commission Mémoire & Patrimoine, le compositeur et interprète n’a pas fini de nous étonner. Loin de se reposer sur ses lauriers, Charles Dumont innove encore. Rencontre chez lui, dans son appartement de Saint-Germain-des-Prés, où sont nées toutes ses plus belles chansons d’amour.

France Dimanche  : Vous avez fêté vos 65 ans de carrière au Vigan, près de Cahors, votre ville natale…
Charles Dumont : J’y suis né le dimanche 26 mars 1929. Et cette ville m’a demandé d’être le parrain des festivités prévues pour les 900 ans de la cathédrale, le 12 septembre prochain. Il est possible que j’y chante le 14. C’est drôle : j’y ai été baptisé. La légende familiale veut que ma marraine, ma tante Georgette, m’ait laissé tomber sur les pierres froides de ce lieu de culte. Elle aurait prétendu qu’un tel accident annonçait une grande destinée. Ma tante aura été mon premier grand amour. Quand j’avais 7 ou 8 ans, elle m’emmenait partout. Je lui servais de chaperon. Son père, Lafont, le boulanger, l’autorisait à sortir accompagnée, mais elle devait rentrer avant minuit. J’étais son alibi, service qu’elle payait en bonbons. Comme le bal avait lieu à 10 km de chez nous, on prenait l’autocar. Un soir, nous sommes arrivés en retard. Son père nous attendait à la porte de sa boutique. Je me souviens encore de son air mauvais ! Il était très en colère !

FD  : Vous avez donc passé votre enfance à Cahors…
CD : J’y ai même fait mes débuts de chanteur, dans le bistrot de mon oncle Henri, situé de l’autre côté de la place, en face de la boulangerie ! Après sept ans de service militaire, il avait dû repartir pour la guerre de 1914-18. Il en avait gardé un gros défaut : il avait toujours soif. J’avais 5 ans. Il me faisait monter sur une table et me demandait de chanter Les bateliers de la Volga. Mon premier cachet fut une grenadine !

FD  : Vous restez très attaché à la capitale du Lot…
CD : J’aime cette ville, une merveille où l’on trouve des maisons bâties aux xiiie et xive siècles. La moitié du centre-ville date du Moyen-Âge. Parmi les enfants du pays, nous comptons un pape, le poète favori de François Ier,Clément Marot, deux hommes politiques, Gambetta et Maurice Faure, qui fut maire de la ville. On y vit bien, la table est excellente avec de très bons vins, le foie gras et les truffes. Autrefois, quand je rentrais à la maison, j’étais accueilli par ma famille. Hélas, aujourd’hui, ils sont tous morts. Chaque coin de rue me les rappelle et cela fait mal.

FD  : Votre père était votre héros…
CD : J’ai eu une enfance extrêmement privilégiée, protégé par mon père qui avait fait ses humanités et citait Platon comme s’il s’agissait d’un copain de régiment. C’était le dernier d’une fratrie de seize enfants. Il disait : « Je suis le seizième, mais pas le premier venu ! » Le châtelain du coin s’était pris d’affection pour lui. C’est ce qui lui a valu son surnom, le Baron, parce qu’il avait été élevé au château. Je n’étais pas très bon en classe, alors il a fait mon éducation, notamment en philosophie. Quand papa a acheté une concession, au cimetière de Cahors, il a choisi un caveau à deux places, pour ma mère et lui, en nous disant : « Vous irez ailleurs ! » C’est ce que j’ai fait. Et sur ma tombe sera inscrite comme épitaphe : « Je ne regrette rien, sauf la vie. »

FD  : Votre nouvel album, Chantez facilement !, a un aspect éducatif ?
CD : Il regroupe vingt chansons à succès, et inclut les paroles et la musique pour les apprendre, ce qui n’est plus très courant aujourd’hui, tout comme les petits formats. Il y a celles que j’ai composées pour Édith Piaf et les tubes qu’a écrits pour moi Sophie Makhno [décédée en 2007, ndlr], qui fut en quelque sorte ma psychanalyste et me connaissait mieux que moi-même. Ce disque m’a demandé beaucoup de travail, et m’a même gâché les vacances d’été. Mais je ne regrette pas le temps que j’y ai passé. C’est une espèce de testament. J’y tenais.

FD  : Vous avez d’autres projets : une comédie musicale et des récitals…
CD : Le 24 mai, au pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne, j’accompagnerai en voix off Piaf ! La belle histoire d’amour, composée de chansons d’Édith, avant d’interpréter quatre titres au piano. Ce spectacle met en scène une jeune chanteuse ukrainienne de 30 ans, élevée dans l’amour de Piaf, Viktoria Vasalati, une star dans son pays. Ensuite, je chanterai à Beaune, en octobre, puis en novembre à Toulouse pour deux concerts, si Dieu le veut.

Dominique PRÉHU

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