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Charles Dumont : “On a été victimes des pirates de la route !”

Publié le 7 octobre 2020

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Comme si cette pandémie ne suffisait pas, Charles Dumont, bientôt 92 ans, vient de subir une terrible agression…

Quand nous l'avions joint par téléphone durant le confinement, l'artiste nous avait confié être en bonne forme, mais aussi attendre avec grande impatience de retrouver la scène et son public. Et comme beaucoup d'entre eux, il misait tous ses espoirs sur la rentrée. Malheureusement, plus les jours passent et plus cet horizon de liberté semble s'éloigner… Le chanteur cadurcien prie toutefois quotidiennement afin que Dieu lui prête vie pour un dernier tour de chant. Et en plus du Covid, voilà qu'il a trouvé le moyen de se faire dépouiller en rentrant de vacances. Malgré tout, c'est avec une foi envers l'avenir et les hommes que Charles s'est confié sur ses craintes, ses espoirs, et surtout sa terrible dernière mésaventure.


France Dimanche : Bonjour Charles, comment allez-vous ?

Charles Dumont : Bien écoutez, vous êtes la première à le savoir, je sors de chez le médecin, car j'avais, depuis quelque temps, de sérieux ennuis gastriques, et tout va bien ! Je récupère donc doucement et n'attends qu'une chose : que le Covid nous laisse en paix et qu'on puisse enfin rouvrir les salles de spectacle. C'est terrible de ne plus rien pouvoir faire depuis des mois, d'être muet. Quelle tristesse ! Et puis, tout a tellement changé. Les gens ne sont plus les mêmes, ils ont peur. Tout le monde se méfie de tout le monde, et on ne peut même plus étreindre les personnes qu'on aime. Mon Dieu, mais quel cauchemar ! Tous les jours, je prie le ciel pour qu'un miracle se produise et que disparaisse ce foutu virus qui assassine le monde.

FD : Comment avez-vous passé l'été malgré tout ça ?

CD : Je suis d'abord parti me réfugier un peu en Normandie chez des amis, avant d'aller en Andorre voir ma fille Marie-Cha [Marie-Charlotte, ndlr], qui est mariée avec un grand violoncelliste andorran et attend une petite fille pour début octobre. On a passé un très bon séjour mais, malheureusement, il nous est encore arrivé une terrible mésaventure sur le chemin du retour. Comme on dit : « Il pleut toujours sur les mouillés ! » Eh bien voilà, c'est nous les mouillés…

FD : Que s'est-il passé ?

CD : Nous venions de quitter Barcelone et roulions tranquillement sur l'autoroute, lorsque nous remarquons derrière nous d'incessants appels de phare. Donc nous ralentissons un peu afin que le véhicule en question arrive à notre hauteur. Et là, nous voyons un gars qui nous fait signe de stopper. Il crie par sa fenêtre qu'on perd du liquide et qu'il faut absolument qu'on s'arrête, donc sortir à la prochaine aire. Chose qui pouvait être tout à fait plausible, vu que notre voiture est certes très belle, mais très ancienne. Nous nous exécutons. Le gars nous suit, jusqu'à venir voir avec nous sous l'auto en nous répétant : « Regardez, penchez-vous bien ! ». Ne remarquant rien de vraiment suspect, je finis par lui dire que ce doit être la condensation de l'air climatique qui rejette un peu d'eau, mais rien de grave. « Ah bon, très bien », répond-il, puis il repart… Et nous faisons de même.

FD : Jusqu'ici rien de vraiment anormal…

CD : Non, même un échange plutôt sympathique. Sauf que quelques kilomètres plus loin, lorsque nous nous arrêtons à nouveau pour prendre de l'essence et un café, c'est le choc ! Le sac à main de ma compagne a disparu, avec tous ses papiers à l'intérieur et près de 1 500 euros en liquide. Et que ce soit elle ou moi, nous n'avons rien vu, ni rien senti. Il devait y avoir un deuxième type planqué quelque part, qui a œuvré lorsque nous étions tous allongés sous la voiture. L'horreur ! Ce sont de vrais voyous professionnels, des « pirates de la route » nous a-t-on appris par la suite, avant de nous dire aussi que nous avions encore eu beaucoup de chance de ne pas se faire attaquer la nuit et physiquement. Ah sympathique, vive les vacances !

FD : On ne vous y reprendra pas…

CD : Alors là non, faites-moi confiance ! Mais quand je repense à tout cet argent économisé pour nos vacances, qu'on avait, malgré tout, pris soin de ne pas trop dépenser en vue de cette rentrée compliquée qui s'annonçait. Florence s'était du coup privée de s'acheter des petits souvenirs en Espagne. Je lui ai dit qu'elle aurait vraiment mieux fait ! Car les voleurs n'en auraient rien eu à faire de sa petite robe ou de ses quelques babioles. Mais bon, c'est ainsi, que voulez-vous…

FD : Revenons à des choses plus gaies. Vous allez donc être grand-père ?

CD : Oui, pour la seconde fois et vous m'en voyez très heureux. Un peu de douceur dans ce monde qui perd les pédales ne fera pas de mal. C'est un vrai cadeau, surtout pour moi qui ne suis plus tout jeune, j'ai le sentiment que le ciel me protège un peu. D'autant plus en ce moment ! Quand je vois tous ces hommes et ces femmes qui se battent comme des fous pour sauver nos vies, c'est merveilleux. Ce vrai défi à la maladie, j'espère de tout cœur qu'ils le gagnent. C'est long, mais je suis sûr qu'ils remporteront la partie. Trop de gens sont encore imprudents. Porter un masque n'est pas drôle, certes, mais risquer de contaminer les personnes qu'on aime est bien pire. La prudence me semble aujourd'hui la meilleure des conseillères, et tant pis si on est un peu handicapé pour parler ou s'embrasser, ce n'est pas la fin du monde. Vive le masque !

FD : Avez-vous peur de ne pas pouvoir rechanter ?

CD : Évidemment. Arrêter de chanter va, un jour, s'imposer à moi. Le temps m'est compté. Il me reste deux voire trois petites années, donc j'aimerais en profiter et donner le meilleur de moi-même. On dit que le rossignol ne chante jamais aussi bien que lorsqu'il va mourir. Eh bien pour les chanteurs, c'est pareil. Plus on prend de la bouteille et de l'expérience, mieux on chante. Quelle tristesse donc de ne pas pouvoir donner ces derniers tours de chant. C'est pourquoi, j'espère que ce cauchemar va maintenant vite s'arrêter et que je referrai quelques galas. J'ai quand même eu l'immense chance d'offrir deux concerts cet été au premier étage de la Tour Eiffel, c'était merveilleux ! Et j'espère en donner encore quelques-uns… pour pouvoir faire comme le rossignol.

FD : Vos récents soucis gastriques vous ont-ils beaucoup inquiété ?

CD : Ça a été une horreur ! J'avais envie de régurgiter et m'étouffais sans arrêt. Des symptômes proches de ceux du Covid qui, en plus de me faire souffrir, me terrorisaient. En Espagne, j'ai heureusement été sauvé de ces affreuses douleurs par un remède de grand-mère : le charbon. Je ne connaissais pas du tout. Eh bien, c'est formidable ! Et après avoir fait toute une batterie d'examens chez un spécialiste, comme je vous le disais tout à l'heure, je n'ai rien ! Une très bonne nouvelle. Mais si vous saviez comme j'ai souffert. Et toutes ces contrariétés m'ont épuisé. Mon médecin m'a d'ailleurs conseillé de profiter de cette période creuse pour me reposer, et aussi me faire tester pour le Covid si jamais j'étais inquiet. Un contrôle que je vais passer, car je ne voudrais pas risquer de contaminer ma fille et son bébé, quand je retournerai les voir une fois que la petite sera née. Faire attention et se soigner, c'est respecter les autres. Donc soyons sérieux !

Recueilli par Caroline BERGER

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