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Charlotte Gainsbourg : Des souvenirs d'enfance traumatisants !

Publié le 3 avril 2021

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C'était un peu “Je t'aime moi non plus” chez les Gainsbourg. Difficile pour une jeune fille de se construire dans une ambiance familiale sulfureuse, en proie à tous les excès…

L'amour, aussi grand soit-il, n'a pas que le visage du bonheur. La fille adorée de Serge Gainsbourg, Charlotte, ne l'ignore pas. Car si elle a été adulée par ce papa pas comme les autres, qu'elle a aimé et aime toujours intensément, ses souvenirs d'enfance ne sont pas ceux d'une douce harmonie familiale. Non. Charlotte, qui avait 19 ans à la mort de son père, a vécu des moments difficiles avec ses parents lorsqu'elle était petite, des moments qui l'ont sans doute marquée à jamais, autant que l'amour immense qu'ils avaient pour elle. C'est ce que la comédienne et chanteuse a confié à nos confrères de Télérama à l'occasion des trente ans de la disparition de l'artiste, le 2 mars 1991.


Certes, on se doutait qu'un personnage tel que Gainsbourg, aussi complexe, autodestructeur, admiré et détesté, devait être un parent un peu différent des autres. Mais l'on ne pouvait imaginer les rapports qu'il entretenait avec sa fille dans l'incroyable maison du 5 bis rue de Verneuil, à Paris, où ils vivaient avec Jane Birkin. Serge avait créé cette bâtisse, dont les murs peints en noir plongeaient ses occupants dans une nuit sans fin, à son image. Pour une petite fille, cette noirceur, comme tous les objets bizarres qui la décoraient et auxquels Serge était très attaché, était un terrain favorable aux angoisses… « En réalité, la maison faisait un peu peur. J'y ai fait beaucoup de cauchemars », a expliqué Charlotte. Entre autres à cause d'un écorché devant lequel chacun devait passer pour aller aux toilettes ! Pire encore, une de leurs filles au pair avait inventé qu'il s'allumait la nuit et que ses yeux brillaient… De quoi finir de terroriser l'enfant qu'elle était !

Néanmoins, dans cette obscurité, les Gainsbourg ne passaient pas leur temps à dormir. Il régnait même une forte animation entre Serge et Jane, si l'on en croit Charlotte : « Avec ma mère, ils se mettaient pas mal sur la gueule, j'en garde des souvenirs cuisants, et elle n'était pas en reste ! ». Et ce type de rapports n'a pas pris fin lorsque leur histoire d'amour s'est terminée : « Même après leur séparation, quand il venait nous voir chez elle, les assiettes volaient », a-t-elle expliqué.

Une des raisons qui faisaient, peut-être, que ces deux êtres se laissaient aller à leurs pulsions pourrait bien être l'alcool. Comme le révèle Charlotte, l'un et l'autre en étaient de grands consommateurs, ce qui les désinhibait considérablement… « Ils buvaient beaucoup », a sobrement confié leur fille. Mais ce qui lui faisait le plus mal, c'était de voir son père si malheureux : « J'étais […] heurtée par l'alcool, par les états dans lesquels il se mettait. Je sentais qu'il se faisait du mal. Il s'accrochait à moi pour monter dans les taxis, je ne comprenais pas où il voulait aller, ce qu'il cherchait. C'était douloureux d'accepter qu'il se brûle. » Toutefois, la jeune femme a tenu à ajouter que, chez lui, cette habitude ne renforçait pas du tout son agressivité : « L'alcool ne le rendait pas violent, plutôt doux au contraire. Un peu larmoyant. »

Et, au sujet des larmes, la petite Charlotte en connaissait un rayon. Sans doute les retenait-elle lorsqu'elle voyait cet être qu'elle aimait et admirait tant se détruire sous ses yeux d'enfant. Mais c'est lorsqu'elle jouait la comédie, au cinéma, et qu'elle devait faire couler des larmes sur commande, qu'elle pensait à lui : « Quand j'étais toute jeune et que je tournais mes premiers films, il fallait que chaque scène de larmes soit conditionnée par une chose très personnelle. Je faisais monter les larmes en pensant à la mort de mon père, alors qu'il n'était pas mort », a-t-elle ainsi expliqué dans Vanity Fair.

Elle a beau avoir pleuré sa disparition bien avant l'heure, comme si elle avait tenté de se vacciner de la peine qu'elle ressentirait, Charlotte a été dévastée quand il s'est éteint. Des jours durant, elle est demeurée auprès de sa dépouille, dans le lit où reposait son corps froid… « On ne reste pas allongé à côté d'un mort pendant plusieurs jours. Moi je l'ai fait, et personne ne m'en a empêchée », a-t-elle révélé. Les semaines, les mois, les années qui ont suivi, refusant de partager son chagrin avec celui des autres – tous ces autres qui ne le connaissaient que par ses chansons –, empêchée par ceux qui se rendaient sur sa tombe, au cimetière du Montparnasse, de pouvoir le retrouver dans la paix, c'est dans la maison de la rue de Verneuil que Charlotte allait se recueillir et penser à lui. Une maison qu'elle espère encore ouvrir au public, tel un musée, même si certaines « pièces de collection » lui appartenant ont déjà disparu au gré de visites « secrètes »…

Quant à ceux qui cultivaient, en cette période où la parole se libère au sujet de terribles affaires d'inceste, un doute sur la nature de l'amour qu'éprouvait Serge pour sa fille, cette dernière leur cloue définitivement le bec : « Lemon Incest est une déclaration pure et innocente d'un père pour sa fille », dit-elle clairement. Et si son enfance a été peu commune, et sans doute compliquée, c'est aussi tout cela qui a fait d'elle la formidable personne et actrice qu'elle est devenue. On pourra s'en assurer encore une fois en allant la voir dans le film Suzanna Andler, de Benoît Jacquot, qui sortira bientôt…

Laurence PARIS

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